‹ Des journaux chez les RomainsChapitre 33 sur 109 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

temps les moins crédules, n’y épargnaient point le merveilleux ‘ ; car l’orgueil des familles n’en était pas moins avide que celui des peuples, et les Jules étaient fils de Vénus, comme les Romains étaient fils de Mars.

Si j’ai dit qu’il n’était pas besoin d’anciens textes pour bâtir un système sur cette idée de traditions poétiques , c’est qu’elle s’offre d’ellemême à tous ceux qui étudient les origines des nations. L’Inde n’a pour histoire que des poèmes. Les Hébreux se transmettaient le passé dans leurs cantiques. La Grèce place Homère à la tête de ses historiens. Au siècle de Tacite, les Germains continuaient de chanter Arminius ou Hermann; plus tard, l’épopée des Nibelungen a immortalisé Ermenrich et Siegfried. Les bardes racontaient à l’avenir les belles actions de la Gaule. Charlemagne avait fait recueillir les chants historiques des Francs , seules annales de son peuple. Celles du Nord se transmettaient dans les poésies des scaldes. En Espagne, en Écosse, on retrouve le même usage. Les Romains seraient-ils exceptés de cette loi commune , qui fait naître partout l’histoire chantée avant l’histoire écrite, les contes

1 Suétone, Cœs., c. 6.

|5o DES ANNALES DES PONTIFES.

populaires avant les récits authentiques, les miracles avant les faits? En vain M. W. Schlegel doute que ce peuple grave, occupé de lois et de conquêtes, ait jamais eu l’exaltation poétique de l’Orient, ou niême du Nord. Cette objection, qui paraît s’appliquer assez mal aux anciens habitants d’un pays comme l’Italie, tombe devant le témoignage de Caton.

Pourquoi nier ces poésies nationales des Romains, qu’ils nous attestent eux-mêmes? Ce qui est important, c’est de savoir jusqu’à quel point ces traditions, ou poétiques, ou, puisqu’on le veut, symboliques, conservées par les chansons de table, les mémoires des familles, les inscriptions des pontifes, ont envahi l'histoire, et si les premiers historiens romains n’avaient pas eux-mêmes assez de discernement pour les reconnaître et les juger.

Or, nous l’avons vu, Caton, fort peu indulgent pour les Annales patriciennes du souverain pontificat, dut les contrôler par les autres annales italiennes qu’il avait toutes rassemblées. Pison fut si loin d’être dupe de ce mélange de vérités et de fictions que, dans son histoire qui jouissait d’une assez grande estime, il cherchait déjà pour les fables des interprétations naturelles, et p’admet-

Page 1