‹ Des journaux chez les RomainsChapitre 34 sur 109 · TROISIÈME PARTIE. l5l · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. l5l

tait comme vrais que les faits vraisemblables. Mais il y a surtout un mémorable fragment d’un autre contemporain de Caton, d’un des plus an* ciens historiens de Rome, P. Sempronius Asellio, que l’auteur du système des épopées romaines, soit à dessein , soit par oubli, ne cite nulle part } et qui prouve que, dès ces premiers temps littéraires, on avait assez de critique pour faire un sage emploi, dans l'histoire, des registres chronologiques des pontifes, a Voici la différence, dit-il, entre un annaliste et un historien. L’annaliste fait un simple journal des événements; l’historien, de plus, en recherche les causes. Les Annales ne suffisent pas pour exciter à la défense de la patrie, pour détourner de mal faire. Dire sous quel consulat telle guerre a commencé, le succès des combats, le nom du triomphateur, et négliger les décrets du sénat, les lois proposées au peuple, les motifs de toutes ces actions , c’est faire des contes pour les enfants, ce n’est pas écrire l'histoire »

1 Verum inter eos, qui Annales relinquere voluissent , et eot, qui res geslas a Romanis perscribere conati estent, omnium rerum hoc interfuit. Annales libri lantummodo quod factum, quoque anno gestum sit , en demonstrabant , id est eorum quasi qui diarium scribunt, quam Grœci it pv](xép(da vacant. Nobis non modo satis esse video, quod factum esset , id prO-

On trouve dans ce texte précieux de Sempronius la lenteur et l’inexpérience de style que Cicéron lui reproche mais une vue pénétrante, une haute raison. Un tel homme ne croyait pas plus sans doute que les modernes compilateurs 4’histoire romaine aux aventures merveilleuses de la prêtresse Silvia, ou aux entretiens de la nymphe Égérie.

Polybe, le judicieux Polybe ne parlait pas autrement dans ce nouveau texte publié seulement en 1827 d’après les manuscrits du Vatican : «Que sert-il aux lecteurs de parcourir des guerres, des combats, des prises et des soumissions de villes , s’ils ne pénètrent les causes pour lesquelles les uns ont réussi et les autres ont échoué? L’issue des événements peut amuser l’esprit ; mais l’étude

nuntiare ; sed ctiam , quo consilio quaque ratione gesta essent,

demonstrarc Nam neque alacriores ad rempublicam

defendundam , neque segniores ad rem perperarn faciundam Annales libre commovere quidquarn possunl. Scribere aulem hélium quo initum consule, et quo modo confcctum sil, et quis triumphans introierit, et quœ in eo bello gesta sint iterare ; non prœdicare autem interea quid senatus decreverit , aut quœ lex rogatiove lata sit, neque quibus consi/iis ea gesta sint : id fabulas pueris est narrare , non historias scribere. P. Sempr. Asellio , ap. A. Gell., V, 18.

* De Legibus , I,a.

Page 1