TROISIÈME PARTIE. X
blancs*. Là devaient se terminer ses voyages; les oracles l’avaient prédit. Il prit possession de la contrée, et commença par tracer l’enceinte d’une ville. 11 voulut ensuite savoir à qui ces lieux appartenaient avant son arrivée Latinus était
très -vieux, et n’avait qu’une fille très-jeune, nommée Lavinie.... Énée l’épouse.... Il est attaqué par les Étrusques et les Rulules. Le combat se donna sur les bords du Numicus, petit ruisseau dont les eaux étaient employées par préférence au culte de Vesta , et qui s’épuisa , dit-on , un jour que les libations devinrent plus fréquentes *. Énée, au milieu de l’action, fut poussé dans le
ruisseau, et s’y établit si bien qu’il s’y noya 3
Telle fut sa gloire, que des îles, des promontoires quittèrent leurs anciens noms, et prirent ceux de ses cousines et de ses nourrices, de son pilote, de son trompette; enfin, quoique, suivant la remarque d’un écrivain judicieux, on ne puisse être enterré que dans un endroit 4, plusieurs villes se félicitent de conserver son tombeau. »
Ces épigrammes sont justes, et je dois les ac-
1 Denys d'Halicarnasse, I, 56.
1 Servius, ad Æn., VII, i5o.
8 Denys d’Üalic., 1 , 64.
4 ld., I, 54.
l6o I)ES ANNALES DES PONTIFES.
cepter pour les chroniques pontificales, qui n’avaient pu manquer assurément de consacrer l’origine troyenne de Rome, la truie et ses trente petits, les rapports d’Enée avec Évandre et Latinus, toute cette mythologie nationale dont Virgile est le poète. Mais les pontifes étaient excusables sans doute : ils adoptaient une tradition née avant eux, et l’écrivaient comme sous la dictée du peuple. On ne saurait dire assez combien les préjugés de cette origine troyenne étaient profondément enracinés, et le sont peut-être encore, du nord au midi de l’Italie, dans les croyançes populaires. Si l’on montrait jadis avec orgueil, à Circeii, la coupe d’Ulysse 1 , Padoue n’a point cessé d’être fière de son fondateur Anténor, dont elle a cru longtemps posséder la tombe; et j’ai entendu en Sicile les villageois du petit bourg de Palomba, sans avoir lu Virgile ou Homère, s’appeler encore discendenti di T/via, tandis que leurs voisins, qui certes ne connaissent pas plus qu’eux la truie miraculeuse de l’Enéide, ajoutaient en plaisantant : Onde sono tanti porci. Rome ellemême encourageait de telles idées par son exemple. C’est ainsi qu’elle avait proclamé les habitants de la ville sicilienne de Ségeste, que l’on ' Strabon , V, 3; t. II , p. 199 de la trad. fr.