TROISIEME PARTIE. l6l
disait troyenne, parents du peuple romain *.
Les inscriptions laissées par T. Quinctius Flami* ninus à Delphes , après la première guerre de Macédoine, nommaient aussi les Romains les fils d’Énée 1 2 3 : expression qui ne pouvait être nouvelle, puisqu’on osait l’inscrire sur un monument à la fois politique et religieux. Fabius Pictor et les autres annalistes qui parurent croire à l’arrivée d’Énée en Italie , furent donc les échos fidèles » non d’une invention des Grecs italiotes, ou d'une idée inspirée aux Romains par leurs études grecques, mais d’une opinion que l’on voit devenir vulgaire avant de l’avoir vue commencer. Elle dure encore , et au milieu des querelles du peuple de Rome moderne , il n’est pas rare d’entendre les Transtéverins s’écrier dans leur dialecte : Sema Romani, per Diol semo sangue troiano * !
Je n’ai pu me refuser, dans un tel sujet, à cette digression sur l’avant- scène mythologique de l’histoire de Rome : je reviens, avec Barthélemy, à l’histoire même.
1 Cic., in Verr., IV, 33 ; V, kl • d’où Pierre Chacon a rétabli dans l’inscription de la colonne rostt-ale, EoestaSos cognât os ravi . i romani. Ap. Græv. Ant. rom., t. IV, p.
1 Plutarque, Flamin., c. 13.
3 Micali , Storia degli ùntichi popoli Italiani, 1. 1 , p. 46 .
16a DES ANNALES DES PONTIFES.
Cet écrivain de sens et d’esprit, qui a le droit d’être sévère sur la vraisemblance, parce qu’il ne prétend pas, en ne tolérant qu’à peine l’histoire des rois et des consuls, posséder parfaitement celle des Opiques et des Pélasges, arrive de fable en fable aux mystères de la fondation de Rome ; et là, il ne respecte pas plus la nourrice des deux fondateurs, Acca Larentia, que les Annales ellesmêmes, il faut en convenir, ne l’avaient respectée; car les fastes prénestins de Verrius Flaccus, où doivent se trouver des fragments des Annales, traitent fort mal la femme du berger Faustulus *. a Faustulus, dit à son tour l’abbé Barthélemy, était un homme vertueux , que ses services avaient élevé au rang de premier berger du roi ; Acca n’avait pas de grandes vertus, mais elle avait de grandes faiblesses qui lui valurent beaucoup de douceurs pendant sa vie, et les honneurs divins après sa mort a . »
L’enlèvement des Sabines aux fêtes de Consus, jour mémorable consacré aussi par les fastes 3 , ne pouvait échapper à l’ironie : « Romulus prescri-
1 Au a5 décembre : Heine alii Rem. et Rom. meretricem , Herculis scortum , etc.
* Denys d’Halic., I, 84 ; Plutarque, Romul., c. 4-
3 Fastes prénestins, au 1 5 décembre, feriœ Conso.