‹ Des journaux chez les RomainsChapitre 42 sur 109 · TROISIÈME PART · texte numérisé non relu

TROISIÈME PART

ter la généalogie des rois jusqu’à la famille de Priam , et que nos anciens conteurs en vers et en prpse, au treizième et au quatorzième siècle, regardaient comme la plus pure source de l’histoire.

On sait toutefois combien ces Chroniques sa-, crées; souvent fort incomplètes, souvent aussi dictées par d’étroits intérêts d’ordre ou de parti, ont besoin d’être contrôlées et par d’autres monuments , et par une critique attentive. S’il y a des lacunes et des incertitudes dans les cinq premiers siècles de l’histoire de Rome, n’en trouve-t-on pas dans les cinq premiers siècles de la nôtre ? Tous les historiens sont venus tard ; l’éducation des peuples est difficile et lente. Celle des Romains dut être longtemps arrêtée par l’ardeur guerrière qui leur fit mépriser les arts de la paix, par les catastrophes de tout genre qui les obligèrent à recommencer plusieurs fois leur fortune, par la politique défiante de l’oligarchie patricienne , amie du silence , et qui ne cessa de l’imposer au génie romain que lorsqu’il fallut combattre Pyrrhus et Carthage. L’homme qui fut le premier chez eux un orateur digne d’être cité 1 , qui écri-

‘ Cic., Brut., c, j 6.

vit le premier sur l'agriculture 1 , qui fut aussi le premier un véritable historien , ou qui avait pu voir du moins Fabius Pictor et Cincius, les premiers annalistes réguliers , Caton l’ancien, mourut l’an 6o5 de Rome, cinquante ans seulement avant la naissance de César : « Tant nous sommes encore voisins, dit Pline, du commencement de toutes choses 1 ! » Mais en Grèce même, Hérodote ne parut que plus de six cents ans après la fondation d’Athènes; et rien ne nous engage à croire que les autres peuples anciens, malgré les prétentions de quelques-uns, aient eu beaucoup plus tôt des historiens dignes de ce nom.

Chez les nations de l’Europe moderne, quoique le souvenir puissant des deux antiquités , de Rome surtout, qui avait porté au loin sa littérature avec ses armes, ait laissé moins d’intervalle entre l’établissement des nouvelles sociétés et leurs historiens, cependant Grégoire de Tours est postérieur de près de deux siècles aux premières conquêtes des Francs dans les Gaules ; Isidore de Séville, de deux siècles aussi à l’invasion des Visigoths en Espagjie; le véuérable Bède, de près

■ Pline, XIV, 5.

* Tarn prope ab origine rerum sumus ! Ibid,

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