TROISIÈME PARTIE
de trois siècles aux Saxons conquérants de l’Angleterre.
Il est juste de ne voir en cela qu’un motif de comparer les grandes Annales de Rome à nos grandes Chroniques, et non pas un prétexte pour dédaigner les unes et les autres. Le dédain nous est en quelque sorte interdit par le respect des deux peuples pour cet héritage de leurs aïeux. Les registres de l’abbaye de Saint-Denys, rédigés par un moine chroniqueur d’office, furent longtemps comme les archives historiques de la nation, écrites au nom de l’État, véritables Annales publiques 1 ; et lorsque Philippe-Auguste ordonna qu’on y fit entrer les récits de son historiographe Rigord, qui en effet y sont traduits, le roi voulut, dit Rigord lui-même dans sa préface, qu’ils fussent joints aux monuments publics, ut in publica venirent monumenta. Scipion dit aussi, dans les nouveaux textes de Cicéron , en donnant au même mot le même sens, lorsqu’il parle des lois de Numa : Quus in monumentis habernus J . Dans les contestations et les procès, on s’en tenait à l’au-
1 Annales publici, toXitixûJî üro[Avr 1 ixaTtÇôu.£voi, ditPolybe, V, 33.
* Cic., de Rep., II, i/J.
17a des annales des pontifes.
torité des grandes Chroniques, comme à Rome on consultait les grandes Annales.
Ces Chroniques étaient alors l’histoire par excellence, la véritable, la seule histoire; et M, de la Curne, dans nos Mémoires, citant un passage où le moine de Saint-Denys raconte que Char* les YI, indigné contre le patriarche d’Alexandrie, ordonna que les perfidies qu’il lui reprochait fussent notées dans les Annales , croit qu’il faut entendre par là les Chroniques de Saint-Denys Ainsi j’ai cru reconnaître que plus d’une fois, lorsque Yarron, Pline, Tite-Live, indiquent les anciennes Annales, ou simplement les Annales, ils veulent parler de celles des pontifes.
Les Annales de Rome et nos Chroniques dç France ont atteint leur but : elles sont également parvenues, à force d’environner de merveilles l’enfance d’un grand peuple, à rendre sa maturité féconde en merveilles nouvelles, çt à faire de quelques traditions douteuses , de quelques fables même, comme l’image anticipée, comme l’oraclp de deux brillantes destinées, de deux gloires immortelles , Rome et la France ; car c’est ici surtout, c’est dans l’histoire que, par une secrète
1 Mém. de l’ Acad, des Inscript ., t. %V, p. 5g5.