TROISIÈME PARTIE
lettrés, d’illustres sénateurs, comme les appelle l'historien. Mais, à l’aspect de leur pays ravagé, dé leurs monuments détruits, de leurs propriétés enlevées, au milieu de cette instabilité violente et de cette dévastation sauvage, tout sentiment un peu élevé, toute idée un peu étendue s’évanouit ; tout intérêt pour le passé ou l’avenir cessa : .ceux qui étaient vieux et usés crurent à la fin du monde ; ceux qui étaient jeunes et actifs prirent parti, les uns dans l’Église , les autres parmi les. barbares eux-mêmes. Le clergé seul , confiant dans ses croyances, et investi de quelque force, continua de mettre un grand prix à ses souvenirs, à ses espérances; et comme seul il avait des pensées qui ne se renfermaient pas dans le présent, seul il prit plaisir à raconter à d’autres générations ce qui se passait sous ses yeux. »
A ces graves réflexions oserai-je ajouter que les grands pontifes de Rome profane, en conservant par l’écriture les traditions d’un peuple qui ne savait encore que vaincre et conquérir, eurent surtout l’intention de donner à leur culte, c’est-àdire à leur puissance, l’autorité de l’histoire et la sanction du passé, tandis que ceux de la Gaule chrétienne voulurent surtout, en se faisant les annalistes de leur nation, créer un avenir pour
Ie9 barbares qu’ils civilisaient, et qu’ils forcèrent d’y travailler eux -mêmes par toutes les vertus nouvelles que la religion pouvait leur donner? Les Annales du pontificat romain, qui n’était qu’une magistrature patricienne de plus, devaient avoir pour étude d’enchaîner les esprits par un frein nouveau , celui des usages, des exemples de l’antiquité , more majorum , exemplo parentum , mots qui tous se rapportent au passé ; tandis que les Chroniques des humbles religieux, souvent sortis des rangs du peuple, jettent à travers leurs récits d’intrigues et de batailles les mots de conversion, de pénitence, de dépouillement du vieil homme, d’abomination des mœurs anciennes, niôts qui tous expriment l’innovation, le progrès, l’avenir.
C’est en avoir assez dit sur ce parallèle, nécessaire peut-être pour relever la question des grandes Annales, mais qui, si nous le poursuivions, nous conduirait à des considérations d’un autre ordre; il vaut mieux résumer, en finissant, les principaux points de ce mémoire :
I. Les Annales des ppntifes étaient des espèces de tables chronologiques tracées d’abord sur des