‹ Des journaux chez les RomainsChapitre 54 sur 109 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

pendant l’affaire des conjurés , et qu’il fit aussitôt répandre en Italie et dans les provinces 1 : nouvelle preuve que, même avant César, on publiait quelquefois les actes du sénat.

Mais ce n’était là qu’une exception.Dans le cours ordinaire de l’ancien gouvernement romain , malgré la liberté apparente et les clameurs du forum ; malgré les Rostres, où un sénateur daignait venir, en quelques grandes circonstances, raconter au peuple les décisions du patriciat; malgré les tribuns qui n’obtinrent que fort tard d’assister, avec leur droit d’opposition, aux assemblées du conseil suprême, le sénat, héritier des rois, soulevait rarement le voile du lieu sacré où méditait sa prudence, où s’agitaient ses passions; rien ne diminuait aux yeux du vulgaire la grandeur des maîtres du monde; et c’est ainsi que Prusias , dans son respect et sa terreur, les confondait avec les dieux de leurs temples 3 .

La même force inconnue qui avait préparé en secret la chute d’Antiochus ou de Persée,sans qu’on se doutât, à Rome même, que le sénat délibérait sur eux, réglait dans le silence, par ses décrets souverains , en face de la tribune et des comices , la

1 Cic.,/>ro Sulla, c. 14 , i5.

1 Diou Cassius, fragm. 16 a, 1 . 1, p. i54, éd. de Slurz.

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religion, les mœurs, toute la discipline intérieure de l’État. L’Italie, aussi bien que les provinces lointaines, n’apprenait souvent les ordres de cette puissance mystérieuse que par l’arrivée d’un édit qu’il fallait faire à l’instant graver sur une table de bronze, comme celle qui, vers le milieu du dixseptième siècle , fut heurtée par la charrue d’un laboureur au fond de la Calabre, et qui se trouve maintenant au musée de Vienne; copie authentique du sénatus-consulte de l’an 567 contre la célébration des fêtes de Bacchus; témoignage contemporain qui s’accorde et avec l’ensemble du récit de Tite-Live , et avec les peintures de quelques-uns des vases grecs que nous rend aussi de temps en temps le même sol d’où le sénatus-consulte est sorti

Et plus tard, cet ordre qui enjoint au préteur de chasser de Rome, en 592, les rhéteurs et les philosophes 2 ; cette décision qui , en 636 , fixe les limites entre les Génois et quelques peuplades voisines 3 ; ce décret qui ordonne à l’un des con-

1 Tite-Live, XXXIX, 8 — 19; fac-similé du décret dans l’édition de Drakenborch, t. VII, p. 197. Voy. Bœttiger, Opus cala, p. 216, etc.

1 Suétone, de CL r/iet., c. i; Aulu-Gellc, XV, 11.

3 Grut., p. 204, etc. A Gènes, au tribunal de commerce, derrière les juges.

suis (le l’an 65 , 1 \ d’offrir de grandes victimes à Mars, dont les lances se sont agitées dans son temple ‘;ces récompenses décernées à plusieurs Grecs, en 676, pour leurs services pendant la guerre Sociale a ; ce pardon , d’une date moins certaine, accordé au peuple de Tibur qui s’est justifié 3 ; enfin , tous ces nombreux sénatus-cousultes recueillis par Brisson au second livre des Formules, sont encore d’autres extraits, rendus publics parce qu’ils étaient obligatoires, des actes du sénat.

Les sénateurs des villes municipales 4 et les décurions des colonies 5 faisaient rédiger de même et quelquefois publier les actes de leurs séances.

Quant aux actes des collèges ou confréries, on peut s’en faire une idée plus complète que de tous les autres par la collection que Marini a formée des actes des fratres Arvales , principal

1 Aulu-Gelle, IV, 6.

1 Grul., p. 5 o 3 ; Brisson, de Formai., p. a66, éd. de 1 583 .

3 Gmt., p. 499 ) 12 ! K-ircher, F et. et nov. Latium , III, 6; Volpi, Fet. Lai., t. X, p. 61, etc. L’inscription sur bronze, que l’on croyait perdue depuis un siècle, fut retrouvée à Rome par Visconti : v. Iconogr. rom., t. I, p. i3i, éd. de Milan.

4 Brisson, de Formul., p. 297; Marini, Atti , p. 4 îi.

5 Voy. les Cénotaphes de Pise publics par Noris, et dans les Inseript. de Gori, t. II, p. 10.

ai4 DES JOCRNAUX chez les romains.

sujet de ce riche ouvrage de critique où tant d’autres sujets sont traités. C’est surtout quand on étudie ces soixante -sept tables de marbre, dont la plupart ne sont que les procès-verbaux des cérémonies de ce collège, que l’on se demande si le peuple qui inscrivait ainsi sur la pierre ou le bronze les plus modestes sacrifices de ses prêtres, les noms des titulaires de ses plus petites . fonctions civiles ou religieuses, et jusqu’à ceux de ses gladiateurs, pouvait négliger d’inscrire quelque part, et de transmettre aussitôt à la connaissance de tous, les décisions de ses assemblées, les victoires de ses légions.

N’oublions pas non plus, après tous ces actes que l’on peut considérer, en partie du moins, comme publics, les actes privés de la maison des empereurs, acta ou commentarii principis ’, dont le rédacteur, nommé souvent dans les inscriptions ah actis a commentariis 3 , a memoria Augusti 4 , et,

■ Commentarii principales , Tacite, Hist., IV, 4 o; diurni commentarii, Suétone, j 4 ug c. 64; commentarii, Trajan, ap. Plin. Epist., X, 106.

1 Muratori, Inscript., p. 3 i 5 , 3 .

3 Gruter, Inscript., p. 307, 1, etc.

* Reinesius, Inscript., p. 399; Muratori, p. 89a, 1 1 ; Lampride, Alex. Sec., c. 3 i.

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