PREMIÈRE PARTIE
comme ceux que Tite-Live, pour des temps fort anciens, paraît souvent raconter d’après des documents authentiques 1 ; les édits, qu’il fallait se hâter de faire connaître à tous ; des images de prospérité et de richesse, que les particuliers et les peuples aiment qu’on répande autour d’eux ; des procès, des condamnations, des supplices, presque dans les mêmes termes auxquels les historiens des Césars nous ont accoutumés ; des aventures amoureuses, comme celles dont nous verrons bientôt Cicéron, du fond de la Cilicie, chercher la nouvelle dans le journal de Rome a .
Cet exemple même est une preuve que la distinction que je viens de faire entre les différentes sortes d’actes ne saurait être toujours bien rigoureuse et bien précise : aussi je ne veux point dire que les actes surtout de l’état civil, du forum, des camps, du sénat, ne fussent pas très-souvent compris dans les actes dont il me reste à parler, dans les actes diurnaux , acta diurna, nommés encore acta popu/i, urbis , urbana, publica , ou simplement acta ; mais ils n’en faisaient point nécessairement partie, et il était même impossible qu’ils fussent insérés d’une manière complète dans ces tables
1 Tite-Live, XIX, 63; XXIV, 47, etc.
’ Cic., Epùt./am.,\ III, 7;et II, i5 : In actis non crat.
quotidiennes, où tant d’autres détails réclamaient quelque place. Arrivons donc enfin à ces actes publics de chaque jour, à ces véritables journaux.
Le plus ancien texte latin où l’on peut croire qu’il en soit fait mention est, si je ne me trompe, un fragment de l’historien P. Sempronius Asellio qui , après avoir été tribun militaire sous le second Scipion au siège de Numance, prise et détruite l’an de Rome 620, écrivit, au moins en quatorze livres, l’histoire des guerres puniques et celle des Gracques. Aulu-Gelle, qui parle souvent de P. Sempronius *, et qui se montre avec raison plus indulgent que Cicéron 3 pour le style d’un vieux soldat, s’exprime en ces termes : « Écrire l’histoire, non par années, mais par jours , c’est faire ce que les Grecs appellent une éphéméride, mot dont nous trouvons la traduction latine dans le premier livre de Sempronius Asellio, lorsqu’il établit ainsi la différence entre des annales et une histoire : Les annales indiquaient seulement, dit-il, le fait et Vannée du fait, comme ceux qui écrivent un journal ( diarium) , que les Grecs nomment éphéméride. Mais nous pensons que ce n est pas assez de dire qu’une chose
' Aulu-Gelle, II, i3; XIII, 3, etc.
’ Cic., de Legib., I, a.