‹ Des journaux chez les RomainsChapitre 60 sur 109 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

donné la puissance ; mais le récit de ses actions appartient à tous , c’est une langue nationale que tous ont le droit de parler, et qui doit retentir aussitôt chez tous les peuples. L’histoire alors sort du sanctuaire, elle devient profane, ou, comme on le dirait d’un autre âge, elle se sécularise. Il y avait loin des Annales aux actes diurjjaux ; de l’étroite tablette où le pontife indiquait en peu de lignes les grands événements de l’année entière, et encore plus, du clou sacré enfoncé dans le mur du temple , si l’on veut n’y voir qu’une image de la durée, à l’histoire minutieuse et infatigable des plus petits faits de chaque jour : cet intervalle est franchi.

Sans doute cette coïncidence de la fin des grandes Annales, dont le terme est fixé par Cicéron au pontificat de P. Mucius, vers l’an 6a3 , avec le commencement immédiat d’un journal régulier, n’est qu’une conjecture; mais elle n’a rien d’invraisemblable, si l’on réfléchit tant aux circonstances politiques de cette année-là et des suivantes qu’à d’autres textes qui paraissent venir à l’appui du premier.

Et d’abord , il est digne d’observation que cette année 6a3, où déjà C. Gracchus se préparait aux luttes prochaines de son tribunat, soit précisé-

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aa6 DES JOURNAUX CHEZ LES ROMAINS.

ment celle où l’on croit que la loi Atinia ouvrit le sénat aux tribuns du peuple ' , et où dut commencer ainsi, pour les débats de ce grand conseil, et en général pour toutes les affaires, une nouvelle publicité.

Ensuite, à ce premier témoignage, celui de Sempronius, on peut essayer d’en ajouter d’autres.

Dans l’esprit du grammairien Servius, les Annales et les journaux se confondent , lorsqu’il dit que les Annales comprenaient tous les événements mémorables jour par jour, per singulos dies a . Ces mots, qui ne sont vrais que des actes diurnaux, semblent prouver que, de ces deux sortes de mémoires, les uns avaient succédé aux autres avec assez peu d’interruption pour qu’on fut excusable de ne pas les distinguer toujours, surtout après un si long temps; et il est à croire que les journaux du dernier siècle du gouvernement consulaire entraient pour beaucoup dans ce recueil historique en quatre-vingts livres que Servius désigne par le titre commun d’ Annales.

Pline l’ancien, sur un fait de l’an 63g, une pluie „ de lait et de sang, prodige semblable à ceux que les Annales enregistraient, s’exprime ainsi : Reta-

• Àulu-Gelle, XIV, 8; Pline, VII, 45.

* Servius, adÆn ., I, 373.

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