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PREMIÈRE PARTIE

pour le parti de César dans la querelle décidée à Pharsale , et qui périt dans une émeute qu’il avait excitée contre César; en un mot, un de ces caractères trop communs dans les temps de guerres civiles, et qui perdent au jeu sanglant des intérêts et des ambitions un talent et un courage qu’ils auraient dû réserver à la patrie.

Dans plusieurs des dix-sept Lettres ingénieuses, vives, originales, qui nous restent de lui, et dont les unes renferment de simples nouvelles de société , les autres des révélations plus importantes sur les causes de la grande lutte qui se préparait alors, il dit lui-même qu’il envoie en Asie comme un journal de Rome * ; et il s’attire en effet le reproche de prendre ses nouvelles dans la compilation de Chrestus J . Nous pouvons donc savoir , en lisant ses Lettres , quelles étaient , de l’an 702 à l’an 70$ de Rome, et les nouvelles du journal fondé en quelque sorte ou renouvelé par César, et celles de la compilation de Chrestus,

1 Commentarium rerum urbanarum. Apud. Cic. Epist.fam ., VIII, a, 11.

* Ibid., II, 8 : Quid? tu me hoc tibi mandasse existimas, ut mihi gladialorum compositiones , ut vadimonia dilata, et Chres ti compilalionem mitteres , et ea , quœ nobis , quuni Romce su mus, narrare nemo audeat?

Si3a DES JOURNAUX CHEZ UES ROMAINS.

Grec d’ailleurs inconnu, qui était peut-être un des rédacteurs de la feuille où Célius allait chercher ses histoires de gladiateurs, ses causes célèbres, ses anecdotes de théâtre, toutes les aventures dont il voulait amuser son ami.

Je sais bien que dernièrement encore M. Orelli 1 * a mieux aimé expliquer, comme PaulManuce, cômpilatio Chresti par un vol dont l’esclave ou l’affranchi Chrestus se fût rendu coupable ; mais je persiste dans l’autre sens, qui est à peu près celui de Middleton 1 , de Schütz 3 4 , et des derniers éditeurs du lexique de Forcellini * , sens que je n’aurais pâs osé peut-être donner moi-même, mais que je dois m’empresser d’accepter.

Voici quelqties-uns de ces bruits de ville que Célius emprunte aussi quelquefois , comme il l’avoue, des nouvellistes qui se tenaient dans le forum au pied de la tribune, sübrostmni 5 ; la fausse nouvelle de la mort de Cicéron , qu’on disait assassiné en route, mensonge du genre de

1 Onomastic. Tullianum , p. x 44 i Zurich, i836.

* The Life oj Cicero , sect. 7 , tom. II, p. 16 a, éd. de Bâle. Il traduit : and Chrestus’s news-lelter.

* Lexican Ciceronian., au mot Compilaiio.

4 Au même mot.

5 Célius, ap. Cic. Epist.fam., VIII, 1 .

ceux dont les gazettes modernes ne se garantissent pas toujours, quoiqu’elles aient des moyens plus sûrs de s’instruire , et sans doute plus d’amour de la vérité; des récits exagérés de quelques échecs de César dans les Gaules 1 ; beaucoup de procès a ; Messalla injustement absous, et son avocat qui était son oncle, Hortensius, accueilli au théâtre par les murmures, les buées, les sifflets 3 ; l’année suivante, la mort d’Hortensius4 ; les intrigues des comices 5 ; le divorce de Dolabella, et les soins officieux de Célius pour lui faire épouser Tullie 6 ; d’autres divorces, d’autres mariages ; Servius Ocella surpris en adultère , où? Vous lie le saurez pas ; ubi hercule ego minime vellem ? ; plusieurs déclamations, assez ordinaires dans cette sorte d’écrits, contre les vices et la corruption du siècle 8 ; plusieurs portraits, où on laisse voir que Pompée manque d’esprit 9, et

* Ibid.

J Ibid., 8, 12.

3 Ibid., 2.

4 Ibid., i3.

5 Ibid., 3, 4, 14 .

8 Ibid., 6 , i3.

7 Ibid., 7 .

8 Ibid., 6 , 17 .

* Ibid., 1 , ï5.

a34 DES JOURNAUX CHEZ LES ROMAINS.

César de probité 1 ; l’Italie envahie par César 2 , et les premiers cris de guerre retentissant déjà dans les murs de Corfinium.

Cicéron lui-même, écrivant les nouvelles de Rome soit à Quintus son frère, soit à Attieus son ami, peut donner aussi quelque idée de l’immense variété de faits dont se composaient les actes du peuple : ses Lettres, pour une suite de plus de vingt ans , remplacent cette collection perdue; elles forment comme un journal, trop pressé de suivre les événements pour ne pas les devancer quelquefois; mais c’est une ressemblance de plus avec un journal.

Enfin, si nous voulons connaître la nature et la forme des actes diurnaux vers les dernières années du septième siècle de Rome , nous avons mieux que des conjectures ; plusieurs textes authentiques nous en ont été transmis par les scholies d’Asconius Pédianus, qui consultait encore, sous Caïus et Claude, le journal du temps de César.

Le plus ancien fragment conservé par Asconius qui* dans ce que nous avons de ses notes, ne commence, il faut bien l’avouer, à citer les

■ Ibid., 5.

* Ibid. , l5.

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