PREMIÈRE PARTIE
On ne peut douter, d’après tous ces témoignages d’Asconius, combinés avec celui du Dialogue des Orateurs sur le recueil de Mucien 1 , que les Discours du forum ne fussent au moins analysés dans le journal de la ville ; et on aurait dû remarquer depuis longtemps que Cicéron y lisait en ^o3, au fond de sa province d’Asie, ceux du tribun du peuple Curion a .
Voilà les seuls textes certains qui nous restent des actes du peuple avant l’établissement de l’Empire. Ce commentateur des deux plaidoyers pour Scaurus et pour Milon est bien certainement Asconius Pédianus. Les auteurs de la plupart des autres scholies publiées sous ce nom , et particulièrement de celles qui ont paru de nos jours, sont de simples grammairiens, qui n’avaient plus ou qui négligeaient de tels documents historiques.
La dictature de César, qui dut être le triomphe des journaux du peuple et du sénat, ne nous en a point laissé de fragments incontestables : elle nous
rapporte au chap. 6 du plaidoyer pour Milon a été citée avec raison par Chapman, Essai sur le sénat romain, p. 264 de la trad. fr.
* De Oratorib., c. 37. Voy. plus haut.
1 Cic., Epist. ad Atlic., VI, 2.
a4o DES JOURNAUX CHEZ LES ROMAINS.
fournira seulement un fait qui appartient à leur histoire. César, selon Dion Cassius, fit mettre dans les actes, au jour des Lupercales ( le 1 5 février de l’an 709), qu’il avait refusé le diadème; et l’auteur grec emploie ici le mot par lequel il exprime d’ordinaire les actes du peuple, i; Ta ûttO l avyf l u,aTa ‘.Son interprète Fabricius*se trompe donc en y voyant les actes du sénat, que Dion désigne clairement quand il veut en parler, t« tîqî {J ouXrjç ùico(AVTfj*aTa 3 . On pourrait hésiter s’il n’a point, en cet endroit, indiqué les fastes, lorsqu’on lit cette accusation contre Antoine dans la seconde Philippique : « Il a osé faire inscrire dans les fastes au jour des Lupercales : Marc- Antoine consul a déféré la royauté, par C ordre du peuple, à César, dictateur perpétuel ; César ne l’a pas acceptée 4 .» Mais il est possible que l’historien et l’orateur aient voulu parler de deux choses différentes, et que César se fût contenté de publier le fait dans %
« Dion, XLIV, ix.
a Ad. h. I.
5 Dion, LXXVIII, aa.
* Cic., Philippic., II, 34 : Al etiam adscribi jussil in /astis ad Lupercalia , « C. Cœsari dictatori perpetuo M. Antonium « consolent populi jussu regnum detulisse , Cœsarem uti no - « laisse. »