PREMIÈRE PARTIE
que j’ignorais non-seulement qu’ils eussent été nommés rois, mais qu’ils fussent au monde x . » On voit que le bulletin des sénatus-consultes sous la dictature, s’il existait encore, ou s’il venait à se retrouver dans les ruines de l’ancien Capitole ou du trésor de Saturne, pourrait être un document assez embarrassant pour les historiens.
Parmi les sénatus-consultes rédigés alors dans le sénat ou ailleurs, de gré ou de force, mais certainement publiés, en l’honneur de Jules César dictateur, il y en eut, dit-on, qui furent gravés sur des colonnes d’argent en lettres d’or 2 : ceuxlà ne se retrouveront jamais.
Il est aisé de reconnaître que la politiqwe de César, par cette publication jusqu’alors inusitée des actes du sénat, vrais ou faux, voulut dès ce moment les confondre avec ceux du peuple. César, en qui Sylla voyait plus d’un Marius, combattit toute sa vie le sénat, son ennemi implacable, et qui fut son meurtrier. Le sénat, défiant et soupçonneux comme toutes les assemblées oligarchiques, d’autant plus révéré que sa voix descendait rarement dans la foule , et puissant surtout par cet esprit de suite que rendent pres-
1 Cic., Epist.fam IX, i5.
1 Dion, XL1V, 7 .
que impossible les fantaisies de l’opinion publique, avait trouvé longtemps une garanlie de sécurité , un droit au respect des peuples, un instrument de pouvoir, dans le secret de ses délibérations : César lui arrache d’abord cette arme qui aurait pu protéger encore le patriciat déchu, cette arme qui lui était nécessaire autrefois, lorsqu’il gouvernait l'Ttalie et toutes les conquêtes romaines, lorsqu’il décidait de la paix et de la guerre, lorsqu’il envoyait Scipion combattre à Zama, Popillius tracer un cercle de sa baguette autour d’Antiochus. Enlever au sénat le secret , ce privilège de quiconque dirige la guerre et les traités, c’était déjà dire qu’il ne gouvernait plus. Mais c’est peu pour César d’avoir affaibli son ennemi : vainqueur, il continue de se venger; le dictateur achève ce qu’avait commencé le consul; par cette publication que sa haine prévoyante avait jadis instituée , et que la force vient de remettre en sa main souveraine, il assure encore mieux l’humiliation du sénat; il lui fait dire et décréter tout ce qu’il veut.
Le complice de César, celui qui voulut être son successeur,leconsulAntoine,osacommeluisejouer du nom et de l’autorité de ce corps naguère toutpuissant, soit en altérant les copies des décrets