‹ Des journaux chez les RomainsChapitre 69 sur 109 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

soit en faisant porter aux archives publiques , et probablement aussi publier dans les actes, des sénatus-consultes rédigés chez lui par ses amis *.

L’usage de publier les actes du sénat avec ceux du peuple ou les actes diurnaux de Rome, observé peu régulièrement sans doute dans l’intervalle entre le premier consulat de César et sa dictature, repris alors avec plus de suite, dut être arrêté bientôt par le désordre des nouvelles guerres civiles, par la terreur des proscriptions, et plus encore par la prudence d’Octave qui, s’appliquant à consolider avec adresse le despotisme que l’audace d’un autre avait conquis, et pacifiant tout, la curiosité publique, l’éloquence, l’histoire, comme la liberté a , ne laissa écrire et parler que ceux qui parlaient ou écrivaient pour lui.

Devenu, lui aussi, maître absolu, comme chef du parti du peuple, selon cette règle prophétique établie par le génie de Platon 3 , Auguste toléra l’ancienne publication des actes du peuple, quelquefois allégués pour son règne 4 , et qui du-

1 Cic., Philippic., V, 4 i Epist.fam., XII, i.

* Tacite, de Oratorib ., c. 38.

3 Républ., VIII, i3.

4 Pline, VII, if.

rent être soumis dès lors à cette rigoureuse censure que nous leur voyons imposée par Tibère et par Domitien; mais, quoiqu’il permît aux jeunes fils des sénateurs ce qui leur était interdit depuis Papirius, d’assister aux séances avec leurs pères 1 , il défendit expressément que l’on continuât de publier les actes du sénat a . Peutêtre n’osa-t-il pas en abuser aussi insolemment que César. Peut-être même , par politique ou par pitié, voulut-il épargner à ce conseil , jadis roi, l’aveu public de l’abdication de son pouvoir : comme si ce pouvoir n’avait pas été pour jamais détruit, et dans la réalité et dans l’opinion, le jour où un vétéran des légions de César, entrant tout armé dans le sénat , et demandant le consulat avant l’âge pour le fils adoptif de son général, pour le jeune Octave, s’était écrié en montrant son épée : « Faites-le consul, ou ceci le fera sans vous 3 ! »

Il y eut, peu de temps après, le sénat de Tibère. Un seul fait rappellera qu’on n’était point libre alors de publier toutes les paroles ni toutes les nouvelles : Dion Cassius raconte qu’un grand

* Suétone, Aug., c. 38.

* Ne acta srnatus publicarentur. Id. , ibid., c. 36.

J Id., ibid., c. a6.

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