PREMIÈRE PARTIE
On a voulu faire entrevoir ici une des causes de sa ruine. Dès que le chef du parti du peuple, de ce parti représenté enfin pleinement par César consul, avait eu la force de faire accepter au sénat la publicité entière de ses actes, le sénat avait été perdu. Pourquoi ? c’est qu’alors encore le sénat, ' (avec la souveraineté religieuse, une grande part de l’autorité législative, le droit de guerre et de paix , la libre disposition du trésor, des provinces, des armées , de la dictature même, exerçait un pouvoir presque despotique, et qu’un tel pouvoir ne saurait se passer du secret.
S’il faut m’excuser d’avoir ainsi poursuivi jusqu’à son dernier terme l’histoire des actes du sénat depuis leur première publication , je puis dire qu’il est fort difficile de les distinguer toujours de ceux du peuple, et de reconnaître avec certitude quand ils se séparent ou se confondent. A cette vue générale sur les uns et les autres, il serait encore plus difficile de joindre toutes les vicissitudes particulières à travers lesquelles les ' actes diurnaux ou journaux romains, principal objet de ces recherches, se perpétuèrent jusqu’à la fin de l’Empire, et dont je n’ai pu rappeler qu’un petit nombre en commençant. Mais de telles études sur les derniers siècles de la domi-
a5o DES JOURNAUX CHEZ LES ROMAINS.
nation romaine, où l’existence de cette sorte d’actes n’est douteuse pour personne, sont en dehors de la présente discussion.
11 s’agissait surtout de faire voir, au moins par des probabilités, que la publication des actes du peuple dut être antérieure au premier consulat de César, où commença seulement celle des actes du sénat, et que le témoignage de Suétone, bien compris, n’a rien de contraire à cette opinion, puisqu’un historien qui dit que César voulut que les actes du sénat fussent publiés aussi bien que ceux du peuple, ne dit point qu’avant César ceux du peuple ne l’eussent jamais été. Voilà pourtant ce que lui font dire les interprètes, et ce que prétend soutenir dans une longue digression son éditeur Ernesti *, dont l’autorité est trop grave pour ne point mériter quelque attention.
Son premier argument pour croire que les actes du peuple n’ont point commencé avant l’année 6y4 de Home, c’est que les fragments d’actes publiés comme vrais par Pigbius et par Dodwell , et qui seraient de l’an 6g r , ou nlêmë de l’an 585, sont évidemment faux. Je ftd’’dis point le contraire ; mais la fausseté de ces frflg-
1 J.-Aug. Ernesti, Excurs. ad Suelon. Cæs., c, ao; et dans ses Opuscula, Levde, 176a, p. 45 .