PREMIÈRE PARTIE. i5j
interrompue, et qu’elle se maintint aussi régulière que celle de nos journaux. Et cependant il est certain quelle triompha, sous quelque forme qu’on se la représente, de bien des obstacles et des dangers , puisque , suspendue en vain par un ordre suprême d’Auguste tout-puissant *, et bientôt reprise , à condition d’être censurée par Tibère et par Domitien a , elle dura, comme l’attestent Yopiscus 3 et les codes 4, jusque vers les derniers temps du despotisme romain.
À ces divers motifs de penser que les journaux, pour leur conserver le nom qu’ils avaient déjà , ont été en usage à Rome non-seulement avant l’Empire, mais avant l’année 6g4; aux textes nombreux que j’ai recueillis, pour éclaircir ce point, dans les débris qui nous restent de l’antiquité latine , on peut ajouter enfin une raison morale, qui semble dominer toutes les autres. C’est la nature même de l'esprit humain.
Dans un gouvernement où l’ambition était excitée et tenue en éveil à tous les instants, où l’iin-
f Suétone, Au"., c. 35 *
* Dion, LVn, 21 ; LXVIJ, il,
3 Vopisc., Prob., c. 2.
4 Préambule du code Théodosien, Cesta in senntti uvbis Romx , etc.
a 58 DES JOURNAUX CHEZ LES ROMAINS.
mense chaîne des intérêts et des espérances embrassait au loin tous les rangs des citoyens , où l’ascendant de l’homme public se formait de l’appui unanime des tribus, des municipes, des colonies, et même des nations étrangères, la parole, ce grand instrument politique, ne suffisait pas aux communications entre les patrons et les clients, entre Rome et tous les peuples. Comment, surtout depuis que l’industrie grecque vint exploiter la fortune de Rome, comment supposer qu’un affranchi, un Grec ingénieux et actif, un Chrestus, n’imaginât pas de rapprocher par une rapide correspondance tous ces membres du vaste corps dont les suffrages donnaient la puissance et la gloire ? Admettons que le sénat se fût obstiné pendant plus de six siècles à envelopper presque tous ses actes d’un impénétrable silence : il y allait peut-être de sa domination. Mais le sénat, depuis les Gracques et Marius, n’était point Rome tout entière. Est-ce que le peuple qui, souvent oublié dans le sénat, régnait du moins au forum , et qui n’avait pas intérêt à étouffer dans cette étroite enceinte la voix de ses tribuns, ses plébiscites, ses jugements, ses élections, avait dû attendre si longtemps du caprice ambitieux d’un consul une tardive publicité? est-ce qu’il n’avait jamais songé à faire re-