‹ Des journaux chez les RomainsChapitre 76 sur 109 · PREMIÈRE PARTIE. 2 5y · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. 2 5y

tentir aussitôt ses félicitations ou ses menaces jusqu’aux derniers confins de son empire? est-cc qu’il avait toujours compté sur Castor et Pollux pour faire parvenir aux sept collines quelque nouvelle des fils de Mars? À qui persuadera-t-on qu’un général dans sa province lointaine, Sylla combattant Mithridate , Pompée luttant contre Sertorius , ne pût apprendre que de la complaisance de ses amis les vicissitudes d’une ville où se réglaient ses destinées, et que lui qui faisait partir tous les jours des rapports au sénat et au peuple, il n’en reçût aucun sur les délibérations souveraines, sur les commotions civiles, qui d’un moment à l’autre pouvaient en faire un vainqueur ou un vaincu, un dictateur ou un proscrit? et que même aux portes de Rome, dans leurs villa de Tusculum ou de Tibur, les chefs de cette grande nation gouvernée par les comices n’eussent pas soin de se faire apporter chaque jour le bulletin des discours de Saturninus, le nombre des voix obtenues par Vatinius ou par Caton?

C’est ce même besoin des esprits , ces mêmes sollicitudes de la vie politique, qui firent naître la gazzetta vénitienne, d’abord manuscrite 1 , et

1 Voy. Ménage, Origini delta Lingua ilaliana, Genève, i685, pag. a/|6, au mot Gazzetta.

a6o DES JOURNAUX CHEZ LES ROMAINS.

qui chez nous ont fait circuler les nouvelles à la main , longtemps avant que l’imprimerie pût librement répandre les faits de chaque jour, de chaque heure , avec une prodigieuse rapidité.

On peut être trompé par les calculs de l’érudition, souvent incomplète, défectueuse , et dont les richesses s’accroissent si lentement; il est rare qu’on le soit par les témoignages tirés du cœur et des passions de l’homme. L’érudition même , par ses conquêtes récentes, nous autorise à une autre induction non moins spécieuse; et lorsqu’un texte inattendu des Lettres de Fronton à Marc-Aurèle vient de nous apprendre qu’il y avait des relais de posteau temps de Caton l’ancien ", il est bien permis de croire qu’il y avait des journaux avant César.

' Epist. ad Antonin. imp., 1,2, pag. i5o de l’cd. de Rome.

SECONDE PARTIE

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