‹ Des journaux chez les RomainsChapitre 77 sur 109 · DISCUSSION SUB DE FAUX JQUENAUX ROMAINS · texte numérisé non relu

DISCUSSION SUB DE FAUX JQUENAUX ROMAINS

Le sens de la phrase où Suétone paraît dire que la publication des actes du peuple ne commença qu’au premier consulat de César, ne laisserait aucun doute , et il serait évident qu’il ne l’a dit que des actes du sénat, s’il fallait regarder comme authentique le texte, depuis longtemps connu, des deux séries d’actes publics ou de journaux qui se rapportent à l’an 585 et à l’an G91 de Rome, et qui décideraient la question beaucoup mieux que nos citations et nos conjectures puisqu’ils seraient antérieurs, les uns de trois ans, les autres de cent neuf ans au premier consulat de César. Pourquoi donc ne les ai-je pas fait entrer jusqu’à présent dans ces recherches? C’est qu’ils ne me semblent prouver que l’habileté d’un docte faussaire, et que, malgré la confiance qu’ils ont obtenue jadis, et même de nos jours, je crois qu’il est temps de 11c plus en alléguer l’autorité. Comme il n’est point convenable de condamner

d’un seul mot l’opinion contraire , qui a eu d’illustres partisans, et qui est loin d’être abandonnée, cette seconde partie a été réservée à l’histoire et à l’examen de ces prétendus actes publics.

Il circula des copies des uns et des autres longtemps avant qu’ils fussent imprimés. Juste Lipsc, dès 1 58 r , cite quelques lignes des premiers dans ses notes sur Tacite 1 ; et Marc Welser, en iSqG, dans une lettre àCamerarius, où il ne lui parle aussi que des premiers, les lui communique sur la foi d’Ortelius, de Vivès, ou de tout autre plutôt que sur la sienne a . Il paraît que l’on ne connaissait alors que les sept premiers articles, regardés encore comme extraits des livres lintéens des pontifes ; mais déjà commençait, sur leur véritable origine, cette lutte qui a duré jusqu’à nous : tandis que Juste Lipse les donne sans hésiter pour un texte ancien , Welser n’est pas éloigné de les croire composés de son temps.

Enfin ces premiers articles furent imprimés; ils le furent dans ce grand ouvrage rédigé quelquefois avec trop peu de goût et de critique,

1 Annal., XV, 43, cd. d’Anvers, i58i, pag. 455.

* Ortelii, aut Vivis , aut cujusvis poilus fide mitto. M. Velscri Opéra, Nuremberg, 168 a, p. 85i.

SECONDE PARTIE

dans les Annales de Pighius, à la page 378 du tome second, publié par André Schott en i6i5. De qui les tenait Pighius? Tout en disant que c’est le fragment d’une très-ancienne table , il avoue qu’il en doit le manuscrit à Jacques Susius, et qu’on l’avait trouvé dans les papiers de Louis Vives *. Ici reparaît Louis Vives, nommé déjà parWelser. C’est donc de la foi qu’on voudra bien accorder à Vivès, de qui sont venus ces premiers fragments et ceux qui bientôt les suivirent, que dépendra la foi que l’original peut mériter.

* Antiquissimœ tabula: fragmentum , cjusdem anni [ 585 ] dierum septem acta urbana nobis pulchcrrime rcprœscntans ; cujus exemptant exscriptum , inter schcdas Ludovici Vivis olim rcperturn , nobis communicavit vir eruditione singulari, antiquitatisque investigandœ studio non minus quam nobilitate commendandus Jacobus Susius. Steph. Vinantl. Pigliii Annal, magistrat, et provinc. S. P. Q. R., t. II, p. 378. Dans les Mémoires pour seivir à t histoire littéraire des Pays-Bas , 1. 1 , p. 7, Paquot indique seulement Nie. Suvs, ou Susius, jésuite de Bruges, mort en 1619; mais Valère André, Bibliolheca Belgica , éd. de 1643, p. 43 o, n’avait pas oublié Jac. Susius, auteur de poésies latines imprimées à Anvers en i 5 go; et les savants du seizième siècle l'ont cité. Obcrt Giphanius dit de lui à Jos. Scaliger, vers 1578, dans le recueil épistoluire de Burmann, t. II, p. 3 o 6 : Est hic vir nobilis , et mss. librorum valde studiosus.

a64 UES JOURNAUX CHEZ LES ROMAINS.

Vives, savant hardi, quelquefois téméraire, ami d’Érasme et de Budé, mais qui n’a point conservé un rang aussi glorieux dans l’histoire littéraire du seizième siècle , était espagnol ; et l’on sait de combien de monuments suspects l’Espagne et le Portugal inondaient alors le champ de l’érudition. Des vers latins en l’honneur de la conquête de l’Inde sont enfouis par Henri Cajad au cap Roca de Cintra, et, peu de temps après, exhumés et admirés comme un antique oracle sibyllin. De fausses chroniques sont fabriquées par de doctes religieux, Roman de Higuera, Lupian Zapata, qui veulent illustrer leur pays ou leur couvent. Les inscriptions apocryphes de Morales , de Ponce, de Resende, d’André Schott lui-même, qui adopta l’Espagne pour patrie et qui fut l’éditeur de Pighius , se répandent en Europe , et usurpent une place dans le Trésor de Gruter. Le prétendu marbre de Vivès ne serait qu’une fausse inscription de plus.

C’est, en effet , dans un recueil d’inscriptions, dans celui de Reinesius, en 168a, que ce texte fut ensuite reproduit, non sans quelques variantes, ni sans quelques aveux d’incertitude x .

* Thorn. Reinesius, Sjrntrgma Inscription., class, IV, a, 3 , 4, etc., p. 3/io — 343.

SECONDE PARTIE

Grévius , plus confiant , n’hésita pas à en opposer le témoignage à Suétone dans sa seconde édition de cet historien, en 1691 ; et il se félicita d’appuyer les trois premiers fragments de l’autorité d’une copie que lui avait envoyée d’Angleterre le célèbre Locke, qui la tenait de lord Carbury, à qui Eeverland, comme celui-ci le dit à Henri Dodwell, l’avait communiquée *.

Mais le crédit du journal vint surtout de ce même Dodwell qui, en iGga ,dans l’appendice de ses Prælecliones Camdenianœ 1 , aux sept jours déjà connus ajouta trois joursde l’an de Rome 691 et un de l’an G98, d’après une copie d’Adrien Eeverland, faite sur celle d’Isaac Yossius, transcrite elle-même, disait ce dernier, sur un exemplaire du conseiller Paul Petau , grand-oncle du savant jésuite. Ce vénérable conseiller, si l’on en juge par les catalogues qu’il a rédigés des médailles et des autres monuments de son cabinet, ne mettait pas beaucoup plus de critique dans ses collections que dans ses ouvrages.

Is. Vossius, de qui l’ont eût attendu plus de défiance, ou du moins une confiance plus éclai-

1 II. Dodwell, jippcnd. ail Prœlect. Camdcn., Oxford,

1 Ibid., p. 665, 690.

rée , ne doutait pas qu’il n’eût là quelques restes des livres lintéens des pontifes 1 * ; comme si les Annales des pontifes étaient la même chose que les livres lintéens du temple de Junon Monéta , comme si les pontifes avaient jamais pu raconter dans leurs Annales les petits faits dont s’occupent si complaisamment ces journaux. Juste Lipse en avait parlé de même en i58i mais sans doute sur de courts extraits. Vossius n’avait pas non plus une idée très-nette de ces fragments qu’il possédait en manuscrit 3 4 ; car, au même endroit où il s’imagine y reconnaître les livres historiques des pontifes, il les nomme assez bien des éphémérides , après avoir commencé par y voir un extrait des livres lintéens des magistrats romains A

Dodwell,qui d’abord les attribue lui-même aux pontifes 5 ,mais qui bientôt les désigne, comme Pighius , par un titre plus convenable , diarium ,

1 ln linteis pontijiciun libris hœc olitn scripta. Is. Vossius,

ad Catull., Londres, 1684 , p. 333.

3 J. Lipse, ad Tacit. Annal., XV, 43.

3 Quœ penes me sunt, dit-il dans ses notes sur Catulle, p. 334.

4 E libris linteis magistratuum romanorum. Ibid., p. 73.

s Dans ses Prœleetiones, p. 333.

SECONDE PAftTlE.

Urbis (Huma *, croyait si fermement que c’était l’antiquité qui les lui avait transmis, qu’il les ho* nore d’un très-long commentaire , où il les «assimile aux plus sûrs documents de l’histoire, et que, dans son grand traité de Veteribus cyclis *, il persiste à les alléguer comme authentiques. Cet infatigable chronologiste, qui passa toute sa vie à combiner des chiffres et à refaire des calendriers, est peut-être excusîtblo d’avoir saisi avidement celte lueur douteuse dans l’obscurité des annales romaines, de n’avoir point voulu qu’on lui ôtât cette faible consolation de tant de pertes, et de s’être obstiné à défendre, par amour pour une science devenue si pauvre, les précieuses lignes qui lui apprenaient ou paraissaient lui apprendre quelques dates.

Après lui, voici quelques-uns de ceux qui croient aux actes publics de Yivès et de Petau.

Le journal de Leipzig 3 fit une courte analyse de l’appendice de Dodwell, sans aucune expression de doute ni sur les anciens actes, ni sur ceux qui venaient d’être publiés , et qu’il appelle aussi fragmenta rnarmorea , quoique l’éditeur lui-même

1 Dans son appendice, p. 6 64, etc.

* Oxford, 1701, p. 483 , 5 o 5 , etc.

3 Acta eruditorum , avril i 6 g 3 , p. 161.

a68 UES JOURNAUX CHEZ LES ROMAINS.

se garde bien de dire qu’il les eût jamais lus sur le marbre. Le Journal des savants 1 ne donna que le titre de l’ouvrage.

Thom. Hearne, clans son édition de Tite-Live a , en 1708, transcrit simplement les mêmes actes.

Sam. Pitiscus 3 ,en 1713, renvoie sans observation au tome II, p. 378, des Annales de Pighius.

Fr. Oudendorp, dans sa préface de Julius Obséquens (Leyde, 1720), pour justifier les anciens historiens d’avoir raconté tant de prodiges , s’autorise de ces fragments que* d’après Grévius, il croit extraits des actes du sénat; mais bâtons-nous d’ajouter que depuis, en 1701, devenu plus habile critique, il les déclare entièrement faux 4 .

Nie. Funck , en 1730, cite deux fois sans aucun soupçon les actes anciens et nouveaux, qu'il appelle , comme Grévius, un très-beau monument de l’antiquité 5 .

* Dans le Supplément de 1707, p. 5 a 8 .

a A Oxford, t. VI, p. a 5 o.

3 Lexic. Antiquitat. romanar., 1. 1 , p. 19, 663 , etc.

4 Alli censent partim vera , partit n intcrpolala. Tota supposiUtta esse eredam, donec œnca tabula ipsa vere antiqua producatur. Oudendorp, ad $uct. Cœs. c. ao.

5 Hoc antiquitatis pulehcrrimum monumentum. N. Funccius, de Virili cetatc Ling. lat., part, a , p. ao et 7G.

SECOKDE PARTIE.

Drakenborch, en 1738, au début de son long travail sur Tite-Live, s’appuie de l’autorité grammaticale des premiers fragments *, condamnés ensuite par son collaborateur Duker a .

En 1739, Muratori, qui paraît n’avoir connu que les actes joints par Grévius à son commentaire de Suétone, les insère comme vrais dans son grand recueil d’inscriptions , sous ce titre : Fragmentum actorurn antiquissimùrum senatus romani ; et dans sa note, où il les rapporte faussement à l’an 58 o, il s’écrie avec une sorte d’entbousiasme que ce sont là de beaux vestiges de la plus ancienne érudition romaine 3 ! Mais il est étonnant qu’il ne se souvienne pas d’avoir déjà vu ces actes dans Reinesius, et qu’il ignore l’existence de ceux que Dodwell avait publiés. On doit s’étonner aussi que , maintenant encore , les derniers éditeurs du lexique de Forcellini^, lui prêtant une faute qu’il n’avait point faite, invoquent cette douteuse autorité d’après les Inscriptions de Muratori.

1 I, 45 , tora. I, p. 187.

1 Ibid., t. V, p. 764, 765, 816, 84 1.

! 5 Prceclara hic hahcs vestigia vetustissimœ romance erudi -

tionisl Muratori, Nov. Thesaur., t. II, p. 610.

4 Aux mots Ampliatus , Ce do, etc.

Les notes de J.-A. Fabricius sur Dion *, publiées parReimarus en 1740, attestent que le docte auteur de la Bibliothèque latine avait conservé sur ce point la même confiance qu’il laissait déjà voir dans quelques mots de cet ouvrage corrigés depuis par Ernesti a . Ni Reimarus, ni le dernier éditeur de Dion, M. Sturz, n’ont fait ici sur le commentaire aucune observation.

Plusieurs jurisconsultes du dernier siècle, L.-A. Hamberger 3 , Heineccius 4 , God. Hoffmann 5 , ne rejettent pas non plus le témoignage de ces journaux romains. Abr. Wieling 6 les croit seulement interpolés.

On a vu que Chr. Sax , en 1743, n’était pas éloigné de les admettre 7 , quoiqu’il ait semblé se rétracter plus tard 8 ; hésitation dont les vicissitudes do cette question offrent plus d’un exemple.

' Lin, 19.

* Biblioth. lat., TV, 3 , 8.

3 De Edicto perpetuo, c. 3.

4 Histor. edictor., II, 1.

8 Histor. juris, I, i, period. 4 , etc.

8 Lection.jur. civ., II, 28.

1 Miscellan. Lipsiens. ndv . , t. II, p. 638.

* Dans les mêmes Mélanges, t. III, p. 25y, et dans ses notes

SECONDE PARTIE. 371

En France , l’abbé Sallier, dans sa controverse sur l’histoire romaine avec M. de Pouilly,en 1723, 11’a pas craiut de compromettre le succès de sa cause en appelant à son aide cette preuve équivoque , qu’il fallait du moins examiner *. Foncemagne , la même année , en parle avec la même estime a .

Loin d’exprimer quelque doute, Jos. Bimard de Labastie, dans sa critique du Trésor de Muratori 3 , lui reproche , non d’avoir donné les fragments de 16 1 5 , mais d’avoir ignoré ou négligé ceux de 1692 , qu’il regarde comme tout aussi dignes que les autres d’être compris dans un recueil d’anciennes Inscriptions*

Crevier,le continuateur de Y Histoire de Rollin , arrivé au premier consulat de César, croit aussi qu’il ne fit que renouveler l’usage des actes du peuple; mais il s’appuie, pour le croire, sur les

intitulées, Periculum animadversionum in aliquot classica marmorum atmayua-ra, Leipzig, 17/(6 , réimprimées dans le Supplément de Donati nu Trésor de Muratori, Lucques, 1775, 1. 1, p. 60/,.

* Ment. de l’Acad. des Inscr., t. VI, p. 3 /(.

* Ibid., t. V, p. 58 .

* Observationes ad nonnulla loca not’i Thcsauri , etc., dans le même Supplément de Donati, 1. 1 , p. 495.

fragments (le ceux de l’an 585 , quoique son prédécesseur et son maître n’cn eût rien dit *. '

Le président de Brosses qui , dans son mémorable travail sur Salluste, pour combler les nombreuses lacunes de l’histoire romaine, cherchait partout des faits comme Dodwell cherchait des dates, et s’emparait un peu trop vite de ceux qu’il croyait avoir trouvés , de Brosses , qui aurait dû se contenter de citer a les actes de l’an 6 g 5 et de l’an 701, réellement lus par Asconius , allègue à plusieurs reprises , d’après Dodwell , ceux de l’an G91 sur quelques Discours d’IIortensius, sur des troubles excités par les restes du parti de Catilina en Étrurie, et sur l’absolution de P. Sylla 3 .

Un autre membre de cette Compagnie , M. Bouchaud , dans son mémoire sur les édits des préteurs 4 , défend très-vivement l’authenticité des deux séries de fragments, quoiqu’ils s’accordent mal avec l’ancienne tradition sur la date de la loi qui obligea les préteurs à juger toute l’année d’après leurs édits, appelés dès lors perpétuels.

' Crevier, Hist. rom., t. XII, p. io 3 .

1 Hist. de la rt’p. rom., t. III, p. 3 a/| , 33 o.

5 Ibid., t. II, p. 590; t. III, p. 197, 222.

4 Mém. de l’ Acad, des laser., t. XLI , p. Go et suiv. Voy. aussi t. XLII, p. 171.

SECONDE PARTIE. a ^3

Il y avait longtemps que ces textes avaient besoin d’ètre défendus; car, dès avant l’apparition de la première partie dans les Annales de Pighius, ils furent attaqués. Marc Welser écrivait à Camerarius, en i5qG, qui! n’y reconnaissait, comme lui, rien de cette antiquité vénérable qu’on osait leur attribuer ». Il serait trop long d’extraire les jugements portés, depuis, sur ces journaux par tous ceux qui les ont ainsi repoussés comme 1 œuvre d un faussaire : Walter Moyle 1 , cité et approuvé par Gibbon 3 ; Tunstall 4; Mathieu Egizio, dans son explication du séuatus-consulte sur les bacchanales 5 ; Wesseling, dans un examen spécial de la question 6 ; Duker Beaufort 8 ;Can-

* Eg° plone tecum sentio, hœc fragmenta neque coloris, nrque succi esse pro œtatc, quant affectant. M. Welser, Epist. 5 o, p. 85 o.

’ De P/iilopatridis ver a œtatc , c. 4.

3 Décline and f ail of the Roman Empire, c. 44; t. VIII, p. aia , de la tr. fr.

* Epist. ad Middlcton p. 33 .

* Naples, 1729, et dans le Tite-Live de Dratenborch ,

t. VII, p. 199.

* Probabilia , Utrecht , 1731, p. 354 .

1 Ad Tit. Liv. Drnkeub., XLIV, 18, 19; XLV, 3 , 16.

Dissertât, sur l incertitude des cinq premiers siècles de l'hist. rom., i" 5 o, p. 87.

*y4 DES JOURNAUX CHEZ LES romains.

negieter 1 ; J.-Dan. Ritter *; J. -A. Ernesti 3 ) Gaet. Marini 4 , etc. Pour compléter cette liste, il faudrait y joindre ceux qui , invités par le sujet de leurs recherches à se servir de ces textes, les ont dédaigneusement passés sous silence, tels que Freinsheim dans ses suppléments de Tite-Live, Rollin, Middleton, Hooke, Luzac,et la plupart des critiques modernes,

'Toutefois il paraît que ces autorités si graves n’ont point suffi. De nos jours encore , plusieurs savants ont été moins indécis que celui qui, après avoir lu les excellentes observations de Wesseling, se bornait à dire que, sur toutes ces difficultés, il serait bon de recommencer l’examen 5 ; et ils ont cru sans réserve à l’antiquité de ces nouvelles. Le troisième et le quatrième article du diarium de Pighius ont été transcrits deux fois, tradùiti et longuement commentés avec une admiration confiante, sans un seul mot sur leur origine, dans

* Ad Heineec. Syntagtn., I, 9, a 3 .

» Præfat. ad Heineec. H.st.jur,

3 Excurs. ad Siict. Cars. c. ao, Leipzig, *748; Oputcula , prolusinnes , I.evde, 1 762 , p. 43,76, 8a.

* Aui degli Arvali, p. 120, i 5 i, Rome, 1796.

3 Eqnulem de tota hac quœstinne ampliandum este existimo. Cbr. Sax, Misccllan. Lipticns. nov., t. II, p. 638 .

SECONDE PARTIS. 1^5

une dissertation de l’abbé de Térier, chanoine d’Aix, communiquée par Faims de Saint-Vincent aux Annales encyclopédiques de Millin 1 . Le second article est au nombre des preuves accumulées par M. Fr.-Guill. Schubert dans ses recherches un peu diffuses sur les édiles *. Quelques phrases de ces textes viennent de fournir des exemples de locutions latines, soit à M. l’abbé Furlanetto dans sou édition du lexique de Forcellini, soit aux éditeurs allemands de ce lexique. Et même , dans les derniers volumes de nos Mémoires, les actes de Pighius passent encore pour de vrais journaux romains.

Une nouvelle discussion sur ce point, plus complète, plus rigoureuse, n’était donc pas tout à fait inutile; elle aurait même peut-être quelque intérêt , si elle faisait voir ce que les anciens critiques n’ont pas assez expliqué, comment un érudit du seizième siècle a pu, dès ce temps-là, ressusciter un genre d’écrit alors presque oublié en Europe et devenu depuis si vulgaire, des journaux;si elle parvenait à prouver que cette docte fiction qui a séduit tant d'bommes habiles, et en

* Août 1817, t. IV, p. a8i ; décembre 1818, t. VI et dernier, p. 194.

’ De Romanorum tedilibus , Kœnigsbcrg, i 8 a 8 , p. 319.

a fait hésiter quelques autres , était tout simplement un assemblage de réminiscences, un pastiche d’après l’antique comme le faux traité de la Consolation, comme ces fausses inscriptions, ces fausses médailles dont le prestige n’est pas entièrement détruit , et que le compilateur, quel qu’il soit, prenant le fond des choses dans les historiens , n’a fait que suivre pas à pas , pour la forme de son journal, la trace profonde qu’il trouvait de cet usage dans la correspondance libre et familière de Célius sur les nouvelles de Rome, dans Cicéron, dans Tacite, dans Suétone, dans les deux Pline, et surtout dans les scholies anecdotiques d'Asconius Pédianus, qui avait beaucoup consulté les vrais journaux.

On en jugera d’après le texte de Pighius et de Dodwell, suivi de quelques remarques. Je 11’indique au bas de ce texte que les différences les plus notables entre la copie de Vives, dont Pighiuss’est servi, et celle de Vossius, que Dodwell a eue sous les yeux. Les articles des quatre derniers jours, publiés jusqu’ici par Dodwell seul, et assez peu connus aujourd’hui, n’ont point de variantes : il paraît aussi qu’on 11e leur avait point donné, comme à ceux des sept premiers, la forme du marbre, selon l’expression de Bouchaud qui les croit co-

SECONDE PARTIE

piés sur le marbre 1 ; c'est-à-dire l’apparence d’une inscription. La traduction que je place en regard est presque littérale. Heureux de laisser au génie calculateur de Dodwell les épines de ses combinaisons chronologiques, j’adopterai en note par anticipation, pour ces onze jours, la concordance du calendrier de César, en continuant de suivre, pour les années, les fastes capitolins.

* Mcm. de VAcad. des Inscript. , t. XLI, p. 60.

* V. K. APRILEIS.

FASCES. PESES. AEmILIVM.

Bere. mane. Sacrificavit. ad. ApQLLitns.

OVE. ÏEC1T. J LAVREATVS.

Hora. octava. sesatvs. coactvs. 5 iw. Hostilia.

S. C. EACTVM. * EST. VTI. PRAETORES. EX. SVIS. PERPP.TVIS. EllICTIS. 1VS. DICERfcWT.

*Q. MlXVClVS. SCAPVt.A. ACCVSATVS. DE. H.

a. P. Lestvlq. ipv»- # Cs. Qaeriv*. PS* v*§.

DEPEIÏSVS. A. 7 C. SVLPICIO.

sebtestIs. cokdemratvs. xv.

AMPLIATV5. XXX11I.

a° IV. X. APBILKIS.

FASCES. PERES. LlClWIVM.

* FVEGVRAVIT. TORVIT. ET. QVERCVS. TACTA. IR. SVMMA. Vf.LIA. PAVLI.VX. A. MKRIBIE.

RlXA. AD. IaNVK. 1HF1MVM. I». CAVPORA. ET..

*cavpo. ad. Vrsvm. oaleatvw. graviter.

SAVC1ATVS,

» Pighius ex l.udov. Vivis apographo.

* Exemplar Poseianum , Layrentiae.

3 Pots. udd. EST.

4 Pots., VT PKAET.

» Pots., T.

6 Pots., G.

1 Pots., T. '

» Voss., TVLMIXATIT.

* Abêti cavpo a Pose.

SECONDE PARTIE. *79

i° Le 5 <les calendes d’avril *.

Les faisceaux à Émilius.

De grand malin il a sacrifié au temple d’Apollon; couronné de laurier, il a immolé une brebis.

A la huitième heure 1 2 , le sénat a été réuni dans la curie Tlostilia : sénatus-consulte, qui ordonne aux préteurs de rendre la justice d’après leurs édits perpétuels.

Q. Minucius Scnpnla, accusé de violence par P. Lentulus (levant Cn. Béhius, préteur dp la ville, et défendu par C. Sulpicjus, a été condamné par quinze voix, renvoyé à un plus ample informé par trente-trois.

a 0 Le 4 des calendes d’avril *.

Les faisceaux à Licinius.

Il a éclairé, il a tonné, et un chêne a été frappé au haut de Vélia, un peu après midi,

Rixe dans une taverne au bas de la rue de Janus; le cabarelier de l'Ours casqué a été grièvement blessé.

1 28 mars de l’an de home 585 , avant J. C. 169, sous le consulat de L. Émilius Paultus, le célèbre Paul-Émile, et de C. Licinius Crassus.

1 A deux heures après midi.

* 29 mars.

»8ô 'DES JOÜRIUÜX CHEZ LES ROMAÏWS.

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