‹ Des journaux chez les RomainsChapitre 86 sur 109 · KAL. MAI · texte numérisé non relu

KAL. MAI

Coss. i». Galliam. froeecti. ad. C. Caesarem.

SECONDE PARTIE

ag3

Q. Hortensius, vers le soir, a parlé au peuple de la censure, et de la guerre des Allobroges, Les restes des complices de Catilina s’agitent en Étrurie.

Un cabaretier des Trois-Tavernes est tué par des gladiateurs ivres sur la voie publique.

ii° Pompée et Crassus;

consuls pour la seconde fois.

Calendes de mai

Les consuls vont joindre dans la Gaule C. César. ‘ i er mai de l’an de Rome 698; avant J. C. 56 .

994 DES JOUKÎTAtne CHEZ 1 ES ROMAINS.

A cette lecture , il se présente d’abord une observation générale sur les sept articles de journaux qu’on veut regarder comme transmis jusqu’à nous depuis l’an de Rome 585. C’est que la forme du langage, malgré quelques rares archaïsmes, n’y a aucune vraisemblance : on voit du premier coup d’œil que ce ne sont pas là des actes conservés sur le bronze, comme les tables d’Héraclée, comme le Discours de Claude, ou sur le marbre, comme les actes, aujourd’hui encore si nombreux, de la confrérie des An'ales. Si le bronze ou le marbre avaient été , en effet , chargés de faire vivre dans l’avenir ces pages d’un journal romain de l’an 585, elles auraient un peu plus de rapport, pour la diction et pour l’orthographe, avec les monuments incontestés qui nous restent du même siècle, avec le sénatus-cousulte contre les bacchanales rédigé dix-huit ans seulement auparavant, avec celles des épitaphes des Scipions qui sont presque du même temps ; et l’on s’apercevrait un peu plus qu’on lit des nouvelles écrites dans la langue du peuple de Rome un an après la mort d’Ennius, vingt ans avant celle de Caton. Mais comme il serait possible que le texte eut été rajeuni par une longue suite de copistes , ainsi que tant d’autres textes anciens , n’insistons pas sur

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l’ensemble du style, et passons aux détails des faits.

i° C’est la comparaison des circonstances exprimées dans ces premières lignes et dans quelques-unes des n 0 ’ 4 et 5, sur le départ des généraux pour la seconde guerre de Macédoine , avec le récit de Tite-Live 1 , qui éveilla des soupçons dans l’esprit d’Ernesti sur l’authenticité de ces fragments. Il avoue qu’il songeait d’abord à les faire servir de pièce justificative au texte de l’historien 1 , comme autrefois Pighius 3 et Christophe Sax 4 ; mais il reconnut bientôt qu’ils avaient été composés sur ce texte même, et que l’autorité qu’on leur accordait, loin d’être un appui pour Tite-Live, ne pouvait se maintenir à côté de lui. En effet, le plagiat est frappant; car plusieurs des expressions qui se ressemblent, quelque soin que l’imitateur ait pris de les déguiser, sont du siècle de Tite-Live, et non de celui de Caton l’ancien. Ernesti pouvait ajouter que Tite- Live est imité encore ailleurs : l’accusé Q. Mipucius est, non pas absous , mais renvoyé à un autre

* XLIV, 19, ■xi.

* J. -A. Ernesti, Excurs. ad Suet. Cœs. c. ao.

3 LU' ius ex ditirnis urbanis, dit Pighius dans ses Annales, t. II, p- 379.

* Miscellan. Lipsicns. nova, t. III, p. ■xh’].

a<)6 DES JOURNAUX CHEZ DES ROMAINS,

jugement, ampliatüs ; ce mot ne se trouve que dans Tite-Live 1 , et dans des auteurs qui le copient souvent ,Valère-Maxime a , Aurélius Victor 3 . Le nom du préteur Cn, Bébius est aussi fourni par Tite-Live 4 .

Des savants n’auraient pas du se laisser prendre à une telle illusion; car ce n’est pas en ce seul genre qu’on s’est exercé à refaire quelque chose d’ancien avec des textes historiques. Les numismates savent bien que les légendes de plusieurs médailles fausses ne sont que la copie de paroles célèbres, et que les mots de César, Feni, vidi, vici, empruntés de Suétone par le Padouan, ont servi à tromper des amateurs crédules 5 . C’est encore avec l’histoire qu’ont été fabriquées plusieurs inscriptions, comme celles que l’on a consacrées à Décius, d’après Aurélius Victor 6 ; à L. Siccius Dentatus, d’après Pline et Aulu-Gelle’;

* XLIII, a.

1 Val. Max., VIII, i, n.

3 Aur. Vict., de Vir. il/., c. a/|,

4 XLIV, i 7 .

1 Voy. Charles Patin , ad Suet. Cces., c. 38 ; Jobert, Science des médailles , éd. de 1739, t. I, p. 433 .

* De Fins illustr., c. a 7 . Gruter, p. a6, 11.

1 Pline, VII, a8; Aulu-Gelle, II, 11. Reinesins, p. 448.

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à L. Cécilius Métellus, d’après le même Pline 1 ; à Néron persécuteur des chrétiens, d’après Tacite et Suétone®, etc. J’ai lu, entre Savignano et Césène, au bas du pont du Pisatello, qui n’est peutêtre pas le Rubicon , l’inscription que Biondo avait vue, mais que ne retrouva point Léandre Alberti, où l’on fait déclarer ennemi public par le sénat et le peuple tout homme de guerre qui , les armes à la main , passerait cette limite de l’ancienne Italie : ce n’est aussi qu’une réminiscence assez confuse et assez incorrecte des récits de l’histoire 3 . Deux ou trois exemples d’un tel plagiat ne suffisaient-ils pas pour avertir ceux qui défendaient les actes par leur ressemblance avec Tite-Live, qu’ils s’exposaient ainsi à trahir leur cause?

Les remarques de détail sur ce premier article, où l’auteur s’essaie à contrefaire l’antiquité, pour-

' VII, 45 . Gruter, p. 377, 4 .

* Tacite, Annal., XV, 44 ; Suétone, Ner., c. 16. Gruter, p. a 38 , 9.

5 Voy. L. Alberti , Descrizione di lutta Italia, éd. de i 5 Gi, fol. 3 oi; Oberlin sur Vibius Sequester, p. 176; Eustace, Classical tour trough Italy, éd. de i 8 i 5 , 1 . 1 , p. 174 ; Forsyth, Remarks on Italy, éd. de 1824» t- II, P- 102; Wilson, Tours upon the Continent, t. III, p. 2g3; Valéry, Voyages en Italie, t. III, p. 256 et a 5 g, etc.

ayB des journaux chez les romains.

raient être infinies. Bene marie est de Cicéron 1 * ; mais coactus in Hostilia n’est peut-être pas fort correct. One vient-il d’onu, ou est-ce l’affectation d’une ancienne forme de langage pour ubi ? Faut-il lire ensuite laureatus , comme dans l’exemplaire de Vivès, ou Laurentiœ, pour Larmtiœ , comme dans celui de Paul Petau et de Vossius ? Ce surnom de Scapula , déjà connu par de nombreux exemples 3 * , et qui, dans Tite-Live 3 , est le surnom d’un Cornélius , convient-il également à un Minucius? Pourquoi cette cause où parla contre lui P. Lentulus n’est-elle indiquée par aucun des commentateurs du Brutus 4 , ni par aucun de ceux qui ont recueilli les fragments des orateurs romains 5 ? Ces incertitudes et ces variantes sont de peu d’intérêt dans la question.

Laissons même de côté les discussions historiques, épuisées surtout par Wesseling 6 ; le doute

1 Epist. ad Allie., IV, g; XIV, 18 .

1 Cic., pro Quint., c. 4; ad Allie., XII, 38, 40 ; Epist. fam., IX, i3; l’auteur de l’ouvrage de Bella hispanico, c. 33; Appien, Bell, civ., II, io5; Dion Cassius, XLIII, 39 .

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