PAUSE
Avec une curette mince, M. Poncet racla la paroi interne de la poche, de façon à en détruire l’épithélium, et procéda, à un tamponnement méthodiquefavec la gaze: iodoformée,de toute la cavité.
L'opération pratiquée, il perdit de vue le malade, qui dut suivant ses indications être pansé plusieurs fois jusqu’à complète guérison.
Pendant les premiers mois qui suivirent l'opération, M. Poncet n’eut pas de nouvelles de ce malade. Mais dix mois après, il en recevait une lettre datée de Narbonne, et dans laquelle le malade lui racontait qu'un certain gonflement s'était produit de nouveau dans la région sous-maxillaire opérée.
M. Poncet engagea le malade à venir à Lyon, mais son conseil ne fut pas suivi et depuis il n’en n’a pas eu de nouvelles.
D’après les renseignements donnés, il suppose une récidive, et il l’attribue à ce que certaines parties de la poche n’ont pas été profondément modifiées dans leur structure, en un mot à la persistance d’une portion de la paroi avec ses caractères habituels, ce qui serait probablement dû à l’insuffisance du traitement chirurgical consécutif, confié à un médecin de la localité.
OBSERVATION IV (inédite).
Due à M. le professeur Poncer.
Kyste congénital du plancher buccal et de la région sousmaxillaire droite (grenouillette congénitale).
Dans le courant de l’année 1884, Me X..., marchande de fourrures, vient, sur les conseils de M. Cusset, consulter M. Poncet pour une énorme grenouillette qui fait saillie non seulement sous le plancher buccal, mais qui déforme encore la région sous-maxillaire droite. Cette tumeur très fluctuante, et qui offre en effet tous les caractères d’une tumeur liquide, serait survenue san scause appréciable : son
accroissement a été plus rapide dans ces derniers temps; la tuméfaction provoque une certaine gêne fonctionnelle et parfois aussi quelques douleurs.
Le cathétérisme du canal de Wharton correspondant montre sa perméabilité ; il est soulevé par la tumeur, et fait une saillie plus marquée dans la cavité buccale qu’au dehors.
L'opération fut pratiquée avec l'assistance de M. le D' Cusset; M. Poncet aborda la tumeur par la voie buccale, qui lui paraissait être ici plus particulièrement indiquée, en raison de la saillie intra-buccale de la grenouillette, et aussi parce que la malade répugnait à l’idée d’une cicatrice cervicale. Il eut recours au procédé de Jobert de Lamballe, à la batrachosioplastie.
Après avoir incisé crucialement la muqueuse, sur une longueur de 12 à 15 millimètres, et disséqué chaque lambeau ; il incisa de même la paroi du kyste, et sutura séparément avec soin chaque bord de la muqueuse avec chaque bord correspondant de la paroi du kyste.
À l'ouverture de la poche, il s’écoula en abondance la valeur au moins d’un grand verre d’un liquide gras, analogue à de la semoule, d’une odeur sébacée détestahle. Un stylet introduit dans la poche'montra qu’elle s’étendait au loin du côté du pharynx. Cette extension de la tumeur, le peu d’épaisseur de sa paroi, d'autre part, la difficulté des manœuvres, contre-indiquaient toute tentative d’ablation, laquelle parut du reste à M. Poncet immédiatement impossible.
Les résultats de cette intervention furent simples; mais quelques mois après, l'ouverture s'était fermée, et M. Poncet dut recourir à une nouvelle opération du même genre, qui donna un excellent résultat définitif.
: OBSERVATION V (inédite).
© Due à l’obligean ce de M. JapouLay.
En novembre 1892, entre à l’'Hôtel-Dieu une jeune fille de 19 ans, qui porte sur le côté gauche du plancher buccal
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un gros kyste qui a débuté il y a un an par deux petites poches situées sous la langue. Cette tumeur fluctuante a un volume énorme ; elle remonte jusqu’à la base du crâne et au voisinage de l’apophyse styloïde, en dedans du maxillaire inférieur. ;
On fait une incision sur la tumeur, au niveau de la région sous-maxillaire, parallèlement au bord inférieur du maxillaire ; le kyste est ouvert, il en sort un liquide abondant, huileux, jaunâtre. Drainage. Guérison, pas de récidive.
OBSERVATION VI (inédite).
Due à l’obligeance de M. JABouLay.
En 1891, se présente à l’Hôtel-Dieu une femme de 35 ans, atteinte d’une grenouillette gauche qui récidive pour la troisième fois. Le canal de Wharton ne peut être cathétérisé.
La tumeur est incisée au niveau de la région sous-maxillaire ; on tombe sur une masse formée par trois kystes disposés d'avant en arrière, sans communication entre eux, semblables à une tumeur polikystique, On les incise, il en sort un liquide abondant, gélatineux, tremblotant, à peu près semblable au contenu des kystes congénitaux. Excision de quelques débris de la poche ; tamponnement à la gaze iodoformée. Guérison : pas de récidive.
Après l'exposé de ces trois observations de grenouillette commune, dont le contenu montre toute l’analogie avec les kystes congénitaux, étudions comparativement et la grenouillette vulgaire, aiguë ou chronique, et les kystes mucoïdes, et voyons s'il est possible de leur attribuer une origine commune.
Tout d’abord, le siège de ces tumeurs est identique ; elles se développent sur les parties latérales du plancher buccal et ce n’est que lorsqu'elles ont acquis
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un volume considérable qu’elles occupent toute la région. Elles reposent sur le mylo-hyodien, et sont recouvertes par la muqueuse buccale qui leur est peu adhérente. Ce sont dans les deux cas des kystes arrondis, ou plus ou moins déformés par les organes voisins, et d'aspect identique. ;
A l'examen microscopique, l’intérieur de ces kystes est tapissé par un épithélium cylindrique qui par place peut manquer et qui en d’autres points est en voie de prolifération. Recklinghausen a observé dans quelques cas des cils vibratiles, et Robin a noté la présence en quelques endroits d’épithélium pavimenteux. Cet épithélium le plus souvent cylindrique, qui revêt la paroi kystique, évolue comme un épithélium ordinaire; les cellules les plus superficielles tombent, se mélangent au contenu de la tumeur, et sont remplacées par d’autres cellules nées de la prolifération de la couche profonde. C’est là une évolution commune à toutes les surfaces de revêtement, et point n'est besoin d'attribuer, ainsi que le fait Suzanne (thèse de Bordeaux, 1886-87), cette prolifération à une inflammation du kyste; dans quelques cas, cette inflammaion peut se produire, mais c'est rare.
Cet épithélium repose sur une paroi conjonctive plus ou moins riche en vaisseaux, à l’intérieur de laquelle on a remarqué la présence de cavités kystiques, (dans le cas de grenouillette) remplies d’un liquide muqueux, qu'on à regardé comme des lobules glandulaires, communiquant parfois avec la grande cavité par, de petits conduits tantôt normaux, tantôt dilatés
SU et tapissés par des cellules caliciformés. Mais ce sont là des caractères communs avec les kystes mucoïdes ; dans ces tumeurs en effet, il y à également une paroi conjonctive renfermant des vaisseaux ainsi que des cavités kystiques secondaires, qui ont fait donner à ces kystes le nom de multiloculaires ; on y a noté aussi la présence de petites glandes, et ce fait ne présente rien d'anormal si l'on songe que l’on -à affaire à un kyste revêtu d’une membrane muqueuse.
Mais c'est surtout le contenu des kystes mucoides et des grenouillettes qui présente de grandes analogies et qui fait qu'on peut rapprocher l’une de l’autre ces deux variétés de tumeurs.
Dans les deux cas, ce contenu est visqueux, trans- -parent, plus ou moins jaunâtre, d’une consistance très différente de la salive et se rapprochant plutôt de celle du blanc d'œuf.
Il renferme des cellules épithéliales polymorphes, des cellules colloïdes et des globes hyalins et dans quelques cas de petits grumeaux analogués à de la semoule (Cornil et Ranvier). Au point de vue chimi- ‘que, il est tout à fait différent de la salive, il ne contient pas de sulfocyanures alcalins, ni de ptyaline ; “est riche en mucine et en albumine, et est incapable de transformer les féculents en glucose. Il possède parfois une odeur désagréable, analogue à celle de la matière sébacée.
Tout cela ne serait pas suffisant cependant d’après : Chauvel pour nier l’origine glandulaire de la grenouillette, parce que la glande ayant subi des modifica-
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Mais il n'est pas prouvé que le séjour à l’intérieur du kyste altère la salive, et que les modifications de la glande changent les qualités chimiques du liquide. En tout cas, ces objections ne peuvent pas expliquer pourquoi la tumeur ne change pas de volume pendant le repas, et pourquoi les fistules salivaires, qui habituellement, une fois établies, sont très longues à se fermer, s’oblitèrent très rapidement, dans le cas qui nous occupe, que l'ouverture du kyste soit spontanée ou artificielle.
Tout cela nous montre que la grenouillette n’est pas due à la rétention de la salive dans la glande, et qu’il est peu probable qu’elle ait pris naissance à l'intérieur de cette dernière.
Si le liquide contenu dans la grenouillette n’est pas de la salive, d'où peut-il provenir? Pour la grenouillette, Suzanne admet qu'il se produit une gêne circulatoire et une augmentation de tension dans les vaisseaux de la paroi du kyste due à la gêne circulatoire produite par l'accroissement de la tumeur et à l'irritation provoquée par sa présence dans les tissus voisins. Il se produirait alors une transsudation séreuse dans l’intérieur de la poche, et le liquide exsudé viendrait diluer les produits provenant de la . dégénérescence du revêtement du kyste, et lui donne. rait sa Consistance muqueuse; ce fait expliquerait aussi que ce contenu soit tout à fait différent de la salive normale.
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Cette hypothèse peut paraître acceptable, mais elle n’est appuyée sur rien, sauf sur la présence de quelques globules rouges et blancs dans l’intérieur de la tumeur. C’est une preuve que l’on ne peut invo- quer, car On peut trouver les mêmes éléments dans le contenu des kystes congénitaux. Il est plus vrai d'attribuer au contenu de la grenouillette la même origine qu’au liquide des kystes branchiaux, et d’en faire un produit de sécrétion et d'évolution normale.
L'accroissement des deux kystes se fait d’une façon analogue ; il est progressif et dà à la dégénérescence et à larénovation des cellules, lesquelles vont contribuer à former le contenu. L’accroissement de la paroi conjonctive peut s'expliquer par des phénomènes inflammatoires causés par la présence de la tumeur au milieu des tissus voisins et amenant la néo-formation du tissu conjonctif. Enfin, si l’on a affaire à un kyste multiloculaire, on peut parfaitement admettre que l’augmentation de volume de la poche principale tient à la réunion de cette dernière avec une ou plusieurs cavités kystiques secondaires, par suite de l’accroissement de chacune d'elles.
Il n’y a pas de différence entre les symptômes de la grenouillette chronique et ceux des kystes branchiaux (mucoïdes). Leur marche estidentique, le début est insidieux et le kyste n’est souvent reconnu que lorsqu'il a pris un certain volume ; il se développe surtout à l’âge adulte ou à l'adolescence, mais s’observe quelquefois aux autres époques de la vie, enfin, quand il a commencé à se développer, sa marche est progressive.
Dans quelques cas, on assiste à un accroissement rapide.de la tumeur ; celle-ci prend une marche aiguë et constitue alors la grenouillette, que l’on attribue à des causes bien différentes (calculs; corps étrangers, rupture des canaux salivaires, etc.). Mais dans un certain nombre de cas, ce développement suraigu peut être regardé comme produit par une inflammation du kyste, et c’est là un fait que l’on observe fréquemment dans les kystes congénitaux. |
La grenouillette, aussi bien que ces dernières tumeurs, récidive souvent; cela tient à ce qu'en opérant on n’a pas fait une ouverture suffisante à la tumeur, qu’on n’a pas ensuite modifié sa paroi ; celleci continue à sécréter et à se transformer, et l'ouverture se fermant rapidement, il se forme un nouveau kyste.
Après l'étude comparée que nous venons de faire de la grenouillette et des kystes mucoïdes, on peut voir combien sont nombreuses leurs analogies, leurs ressemblances. Suzanne l'avait déjà remarqué, lorsqu'il admet dans sa thèse, pour la grenouillette, bien qu’il la regarde comme développée dans la glande sublinguale, un processus en tout semblable à celui des kystes mucoïdes de l'ovaire. Aussi est-il permis de dire avec notre maître, M. le professeur Poncet, que dans la plupart des cas la grenouillette commune n'est autre chose qu’un kyste congénital.