I. — Diagnostic
De l'examen attentif des observations que nous avons pu réunir, il ressort surtout ce fait, d’ailleurs cité : c’est qu’à partir de l’instant où la dégénérescence se produit, le kyste prend un accroissement notable de volume. Son existence qui, jusque-là, avait pu être méconnue, se révèle d’une façon tragique. Des douleurs irradiées, violentes, se propageant parfois dans la jambe correspondant à l’ovairé atteint, des phénomènes de compression du côté des viscères, se produisent par suite de l'augmentation rapide de la tumeur ; l’indication de ces douleurs dans le membre inférieur se retrouve bien nette dans douze de nos observations. Le plus ordinairement, la patiente souffrait d’une certaine gène depuis quelques mois, parfois depuis plusieurs années, elle ressentait même des douleurs dans un des flancs, sans s’en inquiéter toutefois ; et brusquement les choses ont changé; la tumeur est devenue plus perceptible et des névralgies intenses ont fait mander le praticien. Nous croyons que, dans ces cas, il est bon de songer à la possibilité d’une dégénérescence, bien que les signes puissent se montrer aussi dans une évolution simplement plus rapide du kyste.
Un aulre signe peu signalé, nous a-t-il semblé, mais qui paraît avoir son importance, consiste dans la perception possible . de frottements au palper, et dans les constatations de l’immobilisation progressive de la tumeur, lors de cette période troublée. Résultats de l'irritation de la capsule par l’envahissement du néoplasme, et des adhérences consécutives, ils éveillent l’idée d'une suractivité fonctionnelle.
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De même la production d'une ascite plus ou moins considérable qui n'existait pas auparavant, sera un bon symptôme de malignité. | 1
L'âge de la malade doit entrer aussi en ligne de compte et nous
pensons, d'après nos recherches, que, passé cinquante ans, tout changement rapide dans l'allure clinique d’un kyste dermoïde soupçonné et suivi auparavant, est un bon indice de dégénérescence probable. En effet, notre statistique qui porte sur 32 cas de kyste dermoïde dégénérés, renferme 19 personnes âgées de 45 à 65 ans et seulement 5 dont l’âge ne dépasse pas 28 ans. Dans près de la moitié des cas, la dégénérescence s'établit donc après la ménopause. |
= Bien souvent, cependant, le diagnostic ne se pose que quand l’état général est définitivement touché et que la tumeur maligne a dépassé les limites du kyste et envahi peu à peu les organes du bassin. On assiste alors au cortège de la généralisation avec ses conséquenses, anorexie, amaigrissement, œdème, cachexie, et l’on demeure impuissant contre de tels ravages.
IT. — Pronostic.
En face d’un kyste dermoïde, cliniquement constaté, le pronostic doit être des plus réservés. Comment répondre en effet de l’évolution d’une tumeur qui se trouve pour ainsi dire en état . perpétuel d’imminence maligne et dont les autres complications sont si diverses et si fréquentes. Bien que la première terminaison soit plus rare avant 30 ans, il ne faudrait cependant pas s’autoriser du jeune âge de la malade, pour la croire moins probable. Il vaut toujours mieux mettre, les choses au pire et craindre dans tous les cas une généralisation.
IT. — Marche, durée, terminaison.
Ce que nous avons dit déjà peut faire augurer de limprévu que l’on peut rencontrer dans la marche des kystes dermoïdes dégénérés et de la variabilité de leur durée et de leur terminaison.
Plusieurs facteurs entrent ici en jeu et leur variation amènent forcément des différences notables : malignité plus ou moins grande du néoplasme, résistance faible ou longue de la capsule du kyste, mode de généralisation, soit par simple contact, ou ‘ par propagation veineuse ou lymphatique. Tout cela est à considérer et l’on comprend qu'aucune règle précise ne puisse être donnée. Disons simplement qu'après des étapes successives de durée variable, représentées par un développement plus grand de Ia tumeur, par la formation d’adhérences multiples, surtout dans le petit bassin, la production d'ascile et d’ædème dans les membres inférieurs et la paroi abdominale, par l'apparition de complications pleurales et un amaigrissement progressif, l'affection continue, le plus souvent sans arrêts, sa marche envahissante et se termine fatalement par:la cachexie et le marasme. Ce schéma un peu bref nous paraît seul capable de donner une idée rapide et précise à ce sujet et résume assez bien les tableaux
cliniques si variés que les observations présentent d'ordinaire.