‹ Des Kystes du Canal Thyro-Lingual: Contribution à l'Étude des Affections Congénitales de la Langue et du CouChapitre 18 sur 30 · OBSERVATION XV · texte numérisé non relu

OBSERVATION XV

Fistule prélaryngée thyro-hyoïdienne. — Houel, — Bulletin de la Société de Chirurgie, 22 avril 1874, 8e série, t. III, p. 220.— Et Gas. des Hôpitaux, 30 mai 1874, n° 62, p. 4gr.

Le jeune F..., âgé de douze ans et demi, se présente à la consultation de M. le D' Houel, en novembre 1867, pour une ulcération siégeant à la partie inférieure de la région sus-hyoïdienne, au niveau de la portion médiane de l’os hyoïde. C’est un enfant petit pour son âge et présentant les signes d’une constitution scrofuleuse. Sa naissance a eu lieu après une durée de gestation normale, et il ne semble pas que pendant sa grossesse sa mère ait éprouvé quelque accident notable.

Il était âgé de sept ans, quand sa famille s’aperçut pour la première fois qu’il portait sur la ligne médiane antérieure du col, au sommet de l’angle formé par les muscles sus-hyoïdiens et la ligne verticale du larynx, une petite tumeur de la grosseur d’une noisette. Bien que ses parents, personnes instruites et intelligentes, aient montré dans le cours de la malidie, des qualités précises d'observation, il est probable que la tumeur existait avant qu'ils en fissent la découverte; l’étude qu’on en fit ultérieurement vient à l’appui de cette opinion ét permet d’admettre que cette tumeur était congénitale.

Cette tumeur, assez dure, mais fluctuante, prit un dé-

veloppement assez notable pour qu'on consultât un chirurgien, qui, croyant à une .adénite suppurée et siégeant contre la règle ordinaire, sur la ligne médiane, y pratiqua une inéision. Il fit sortir une petite quantité d’un liquide transparent et assez cohérent pour s'échapper sous la forme d’une grosse goutte visqueuse. Cinq ou six cautérisations furent pratiquées avec l’azotate d'argent dans le fond du sac. La plaie ne se fermait pas et donnait issue à des gouttelettes de liquide que les parents comparent, pour Ja transparence, à du blanc d’œuf un peu fluide ou à de la salive épaisse.

A âge de 9 ans, l'enfant fut présenté à M. Blache, qui institua le traitement anti-scrofuleux qu’indiquait bien la constitution de l'enfant, et prescrivit des applications de glycérine et d’eau de noyer sur la plaie. L'enfant acquit de la force, mais l’ulcération du cou persista avec son écoulement particulier. Deux ans après, M. Demarquay consulté, conseilla de continuer la glycérine et ordonna de faire avec un caustique fumant (les parents ne peuvent donner de renseignements plus précis) des cautérisations qu’on n’osa pas pratiquer.

En novembre 1867, l'enfant fut conduit à la consultation de M. Houel : il était alors âgé de 11 ans et demi. M. Houel reconnut immédiatement la nature de l'affection dont il avait eu la bonne fortune d’observer plusieurs cas; mais comme le mal affectait des caractères en dehors de la forme commune, il fit voir le malade à M. Néläton qui confirma son diagnostic.

Il s'agissait d’un de ces kystes congénitaux sous-hyofïdiens, que Boyer a le premier signalés, et sur la nature desquels il ne s’est pas prononcé. |

Ces kystes congénitaux, une fois ouverts, prennent et conservent l’apparence d’une fistule, plus ou moins large, mais assez facile à reconnaître. Dans le cas actuel, le

kyste avait la forme étalée. La nature et la persistance

de l’écoulement et l’histoire de son évolution avaient su'fi à M. Houel pour le reconnaître.

On voyait alors au niveau de l’angle formé par la région sous-hyoïdienne avec le cou, sur la ligne médiane, une petite ulcération, à peu près circulaire, large comme une pièce de cinquante centimes, et dont la surface rougeâtre avait un aspect tomenteux et chagriné tout spécial, Cette ulcération reposait sur une plaque indurée, dépendance manifeste de la peau, que le doigt pouvait suivre jusqu’à l’os hyoïde, au-dessous duquel elle semblait s’enfoncer. La surface était humectée par un liquide qui peut être comparé au mucus normal des glandules du col utérin. L’issue de ce liquide était encore activée par des pressions sur linduration, au point où apparaissait une gouttelette. C’est en vain qu’on chercha un trajet avec un stylet fin ; on ne put rien trouver. Cette exploration pratiquée à diverses reprises, n’amena jamais de résultat. On avait vu plusieurs fois les diamètres de cette sorte de plaie diminuer spontanément, mais jamais elle ne s’était fermée : elle avait oscillé seulement entre des dimensions plus ou moins grandes.

En avril 1868, M. Houel pratiqua l'opération. Deux incisions semi-circulaires réunies circonscrivirent dans leur concavité la surface du kyste, à plus de deux millimètres de la périphérie, et furent portées assez profondément pour qu’on vit le tissu adipeux sous-jacent.

M. Th. Anger, qui avait assisté M. Houel dans l’opération, fit l'examen microscopique de la portion de substance extirpée. Son examen devait porter sur deux points essentiels : 1° il devait rechercher quelle était, la nature du tissu morbide ; 2° il devait s’assurer si les limites de ce tissu avaient été assez largement dépassées pour qu’on pût espérer une quérison.

Une étude très attentive lui montra du tissu lamineux et adipeux sur toute la surface profonde du kyste et lui

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