ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Au point de vue de leur aspect général, cés kystés ne présentent rien de bien particulier. Constitués par üne poche unique, absolument lisse extérieurement, rarement accidentée intérieurement, à laquelle adhèrent quelques particules des tissus environnants, ils possèdent parfois des diverticules que l’on peut apercevoir à un examen macroscopique, et surtout un pédicule plus ou moins fibreux qui les rattache tantôt à l'os hyoïde, tantôt à la base de la langue.
Leur volume est extrêmement variable, Streckeisen, dans ses recherches sur lé cadavre; en a rencontré de la gros» seur d’un grain de chènevis, d’un pois, et parfois d’une cerise. Dans l'immense majorité des cas, il est compa, rable à celui d’une noisette ou d’une noix. Mais il peut êtré aussi beaucoup plus considérable, et alors on a une tuméur qui, située dans la langue, transforme cet organe en une véritable cavité kystique, développée au devant du cou, constitue une saïllie non seulement disgracieuse, mais
absolument gênante..
Le plus communément, leur forme est arrondie ou comparable à celle d’un ovoïde ne présentant ni saillies ni dépressions, et par suite, complètement lisse et réqulier. Dans certains cas, on peut constater des modifications de cette forme générale, modifications dues à l’adaptation de la tumeur aux contours de l’espace laissé libre par les organes qui l’environnent.
Leur coloration est en général d’un blanc jaunâtre, qui n'a rien de bien caractérisque. D'ailleurs, elle peut varier suivant l’épaisseur des parois et les altérations consécutives du kyste.
En considérant la situation du segment de canal thyrolingqual aux dépens duquel ces product:ons morbides se développent, on peut les diviser en trois catégories absolument distinctes et très commodes pour l'étude :
1° Aystes linquaux.
2° Kyste sus-hyoïdiens.
30 Aystes sous-hyoïdrens.
Les premiers font généralement saillie sur le dos de la langue, au voisinage même du foramen cœcum. Mais dans certains cas, ils produisent un qonflement diffus de la base de l'organe, et semblent émerger de sa partie fixe, lorsque, après un certain temps, ils viennent faire saillie à sa face inférieure, sur le plancher buccal. C’est dans ces circonstances qu'ils peuvent avoir une apparence bilobée, due à la barrière que le frein lingual oppose à leur développement.
Les seconds ont été divisés par Streckeisen en quatre
groupes distincts :
1° Pré-hyoïdiens, plus superficiels que le muscle mylohyoïdien, sous-cutanés par conséquent.
2° Supra-hyoïdiens, entre les jénio-hyoïdiens ou dans leur épaisseur. |
3° Epi-hyoïdiens, entre les génio-glosses, au-dessus des muscles précédents.
4° Intra-hyoïdiens, dans la concavité de l’os hyoïde.
Ce que nous savons de la nature de ces kystes, de la formation de l’os hyoïde et des anomalies que présente parfois le canal thyro-lingual dans son évolution, peut jusqu’à un certain point justifier cette classification. Mais elle n’en est pas moins artificielle, car, comme le font si bien remarquer MM. Lannelonçque et Ménard, les kystes qui semblent sous-cutanés sont en réalité profondément placés. Ils le sont en effet, à leur origine, et leur situation plus ou moins superficielle, lorsqu'on est appelé à les voir, n’est que secondaire.
Les kystes de la troisième catégorie, bien que le plus souvent situés dans l’espace thyro-hyoïdien, peuvent se rencontrer en un point quelconque de l’espace qui s étend entre l’os hyoïde et l’isthme thyroïdien. À mesure qu'ils se développent, ils s’insinuent entre les deux muscles sterno-hyoïdiens que sépare une légère traînée celluleuse, et viennent faire saillie sous la peau, car le plan résistant du larynx ne leur permet pas de s'étendre en arrière.
Qu'ils appartiennent à l’une ou à l’autre des trois catégories que nous avons établies, ces kystes occupent Île plus souvent la ligne médiane. Il arrive parfois qu'ils sont
un peu déviés à droite ou à gauche, mais c’est l'exception. \
Dans tous les cas, ils sont reliés par un prolongement soit à l’os hyoïde seul, soit à la base de la langue et à l'os hyoïde, soit àce dernier et à la pyramide de Lalouette. Ce pédicule, parfois creux et constituant un véritable canal, est le plus souvent plein avec toute l'apparence d’un tractus fibreux.
Outre ces connexions, dont l'Émbryologie nous donne une explication suffisante, ces tumeurs liquides contractent quelquefois des adhérences avec les tissus voisins ; mais ces dernières sont toujours secondaires et dues à linflammation et à la suppuration de la poche kystique.
Considérés en eux-mêmes, ces kystes présentent à étudier : 1° Une parot ; 2° Un contenu.
La parot est le plus souvent résistante ; son épaisseur atteint et dépasse même un millimètre. Sa face externe, comme nous l’avons déjà signalé, est en général lisse, et très peu adhérente aux parties voisines. Sa face interne n’est jamais complètement lisse et unie, mais présente assez souvent des sinuosités, des plis, des diverticules plus ou moins nombreux.
Sur des coupes pratiquées après durcissement, et colorées au picro-carminate d’ammoniaque, on trouve que cette paroi est constituée par des éléments inconstants, libres musculaires, débris de bourses muqueuses, tissu thyroïdien, restés adhérents au kyste lors de son extirpation, et des éléments constants qui sont, en allant de dehors en dedans :
1° Des lamelles concentriques de tissu connectif ou élastique, dont les plus externes prennent mieux la colora-
lion qué les internes.
2° Un épithélium de forme et d'aspect particulier. Ses cèllules sont petites et transparentes ; elles possèdent un noyau assez petit, mais parfaitement net et se colorant bien. De forme allongée, elles présentent une petite extrémité tournée du côté de la paroi, et une grosse, en forme de plateau finement strié, qui regarde la cavité du kyste.
À la surface libre de ces cellules, on distingue très fréquemment des cils vibratiles. Mais ces derniers peuvent manquer, soit que le kyste ait suppuré, soit que son revétement interne ait été altéré par un vice de technique. Dans tous les cas, on retrouve toujours dans cette couche interne, les caractères d’une muqueuse.
Le contenu de ces kystes est assez variable. Le plus souvent visqueux, filant, analoque à du blanc d'œuf non cuit, rappelant également le mucus utérin ou nasal, il est parfois citrin, de consistance huileuse, et tache le papier. Suivant qu'il est mélangé à une plus ou moins grande quantité de sang, il peut être également rouge brun ou couleur chocolat. D'ailleurs, dans sa coloration pas plus que dans sa consistance, il ne faut chercher un caractère pathognomonique. Sa quantité est en raison directe du volume du kyste, et comme ce dernier, n’atteint Jamais des proportions considérables. Les éléments figurés qui flottent dans ce liquide sont des plus variés. On y trouve des cellules cylindriques avec ou sans cils vibratiles, des leucocytes, quelques hématies, des cristaux de cholestérine et des granulations amorphes. Lorsque le kyste a suppuré, on y rencontre également les microbes ordinai-
res de la suppuration.
La composition chimique de ce liquide n’a malheureu-
sement jamais été étudiée, Aussi est-il à souhaiter que cette lacune soit promptement comblée. | Au point de vue bactériologique, le contenu de ces kystes a été étudié par le professeur Lannelonque, et nous ne pouvons mieux faire que citer ici ses conclusions : « Nous croyons donc pouvoir conclure de ces recherches que les kystes mucoïdes, tant que leurs paroisont conservé les caractères des tissus normaux et que leur cavité n’a pas été mise en communication avec l'extérieur, ne renferment pas de microbes, ou du moins ne renferment pas de microbes cultivables dans les milieux qui sont
actuellement d’un emploi ordinaire en bactériologie. »