‹ Des Kystes du Canal Thyro-Lingual: Contribution à l'Étude des Affections Congénitales de la Langue et du CouChapitre 23 sur 30 · SYMPTOMES · texte numérisé non relu

SYMPTOMES

À côté d’un certain nombre de symptômes communs à toutes ces tumeurs liquides, quelle que soit leur situation, il en est de particuliers à chacune d’elles. Aussi croyonsnous utile d'étudier séparément, au point de vue de leur symptomatologie, les kystes linguaux, les kystes sushyoïdiens et les kystes sous-hyoïdiens.

Lorsqu'ils se développent chez de très jeunes enfants, les premiers révèlent immédiatement leur présence par les troubles qu’ils apportent à l'allaitement. Le petit malade ne présente alors le plus souvent qu'un gonflement diffus de la base de la langue, ou une légère saillie sur la face dorsale de cet organe, saillie qui siège à peu près au sommet du V. Chez les adolescents et les adultes, ils produisent si peu de troubles fonctionnels, sont si peu apparents au début, que ceux qui en sont porteurs restent parfois de longues années sans consulter un médecin, et ne s’y décident qu’au moment où surviennent des déformations disgracieuses et gênantes. Si on les interroge, on apprend alors, du moins dans la plupart des cas, que

la tumeur dont ils veulent être débarrassés, a fait son apparition bien des années auparavant, parfois même, très peu de temps après la naissance. Mais à ce moment elle était très petite, demeurait stationnaire, ne causait aucune gêne, en un mot, n’atlirait presque pas l'attention. Ce n’est que depuis peu qu’un besoin continuel de déglutir, besoin qui ne peut être satisfait sans une certaine gêne, s’est fait sentir. Inquiets, croyant à une affection du larynx, ils viennent alors consulter. En les examinant, on trouve tantôt une petite tumeur au niveau du foramen cæcum, sur le dos de la langue, tantôt un qonflement plus ou moins prononcé de toute la base de cet organe, tantôt enfin, une saillie plus ou moins nette sur le plancher de la bouche, mais saillie qui semble émerger de la partie fixe de la langue. Lorsque cette saillie est assez volumineuse, elle peut présenter un aspect bilobé. C’est qu’alors le frein lingual s’opposant à son développement en avant, la divise en quelque sorte par le milieu. Dans tous les cas, la muqueuse ne subit jamais de changements bien nets, et presque toujours conserve son aspect rosé. Au toucher, elle paraît lisse, douce, mobile sur les plans sous-jacents, ce qui indique bien nettement qu’elle n’a pas contracté d’adhérences avec la paroi du kyste. On a dit que ces kystes pouvaient être parfois absolument transparents. Cette particularité ne peut s'expliquer que par une véritable dissociation ou un écartement des muscles, suivi d’un amincissement très prononcé de la muqueuse.

Malgré la palpation la plus attentive, il n’est pas toujours possib'e de délimiter nettement la tumeur. Dans la

majorité des cas, on trouve une tuméfaction plus ou

moins étendue, de consistance molle, donnant souvent la sensation de la véritable fluctuation. Lorsque cette dernière n’est pas absolument franche, la pression du doigt laisserait, d’après Linhart, une empreinte assez persistante à la surface du kyste.

Les déformations dues au développement exagéré de ces tumeurs liquides rappellent de très près celles que lon trouve chez les sujets atteints de macroglossie dimensions considérables de la lanque qui fait saillie hors de la bouche, déviations des arcades dentaires, déformations des maxillaires.

Les troubles fonctionnels qu’elles déterminent sont en rapport avec leur volume. Chez le nouveau-né, un kyste même très minime, qêne considérablement la succion, et c’ést là, comme nous l'avons déjà dit, le premier signe qui attire l’attention. Chez l’adulte, au contraire, les fonctions de la bouche ne sont entravées qu’assez tard. Par suite des déplacements que subit la langue, lorsque la tumeur a acquis une certaine dimension, la mastication et l’insalivation des aliments se font d’une façon défectueuse, et la déglutition devient souvent très pénible. Dans certains cas on a noté une salivation abondante provenant d’une excitation continuelle de la sécrétion

salivaire par le kyste. La phonation est toujours plus ou moins altéréè. Le malade a fréquemment la parole pâteuse, se voit parfois dans l’impossibilité de prononcer certains mots, et d’une façon générale, parle très difficilement. Presque toujours, la respiration continue à s’effectuer d’une façon normale. Cependant, on conçoit parfai-

tement que la langue, soulevée par la tumeur et repous-

sée en arrière, puisse venir s'appliquer sur l’épiglotte et entraver ainsi le fonctionnement de l’appareil respiratoire.

Lorsqu'ils occupent la région sus-hyoïdienne, ces kystes peuvent passer inaperçus, ou du moins n’attirer que très faiblement l’attention durant de longues années, en raison de leur volume minime et de l’absence complète de troubles fonctionnels. Ce n’est bien souvent que fort longtemps après leur apparition, que ceux qui en sont porteurs, soit par coquetterie, soit par crainte de les voir suppurer, viennent demander au médecin de les en débarrasser. S'ils ne sont pas toujours affirmatifs sur leur origine congénitale, très fréquemment ils les font remonter aux premières années de leur enfance, disant que d’a-

bord extrêmement petits, ils ont qrossi peu à peu, mettant des années et des années à atteindre leur volume actuel. Ce dernier est en général celui d’une noisette ou d’une noix. Placée sur la ligne médiane, rarement en dehors d’elle, cette petite tumeur occupe l’un des points de l’espace compris entre la symphyse maxillaire et l’os hyoïde. Elle semble faire saillie immédiatement sous la peau, et n’avoir aucune relation avec le plancher de la bouche. De consistance molle, elle paraît le plus souvent très nettement fluctuante. La peau qui la recouvre a conservé ses caractères normaux et glisse parfaitement à sa surface. Si, la prenant entre les doigts, on essaie de la déplacer, on parvient facilement à lui imprimer des mouvements de latéralité; mais presque toujours, on ne peut ni l’élever ni l’abaisser. Par une palpation attentive, on

arrive dans certains cas à sentir, du côté de son pôle

supérieur, un cordon dur, résistant, qui semble s’enfoncer dans les parties molles et qu’il est impossible de suivre bien loin ; du côté de son pôle inférieur, un cordon identique au précédent, qui paraît se fixer à l'os hyoïde. Mais bien souvent, ces pédicules supérieurs et inférieurs ne sont pas très nets, et on les devine plutôt qu'on ne les sent. Dans cette région, les troubles fonctionnels manquent absolument, et la seule déformation que l’on puisse signaler est la saillie plus ou moins visible et disgracieuse que fait la tumeur sous la peau. Au-dessous de l’os hyoïde, ces kystes peuvent se développer en l’un quelconque des points de l’espace compris entre cet cs et l’isthme du corps thyroïde; mais le plus fréquemment, ils occupent la petite région thyrohyoïdienne, et sont appliqués sur la membrane de ce nom. Quel que soit d’ailleurs leur siège exact, ils apparaissent sous forme d’une petite masse plus ou moins arrondie, grosse à peine comme un pois. Située tantôt sur la ligne médiane, tantôt légèrement à droite ou à gauche, cette minuscule tumeur augmente lentement et progressivement de volume, et présente, lorsque le médecin est appelé à l’examiner, celui d’une noisette ou d’une noix. Il est des cas cependant, où elle se développe beaucoup plus rapidement, et atteint des proportions plus grandes. Mais toujours, sa surface paraît lisse et arrondie, donnant à la palpation une sensation de mollesse particulière ou de fluctuation manifeste. La peau qui la recouvre n’est nullement altérée tant que des complications ne se sont point produites, et glisse librement au-

dessus d’elle. Si l’on essaie la petite manœuvre que nous

avons signalée pour les kystes sus-hyoïdiens, on arrive comme précédemment à déplacer la tumeur dans le sens latéral, à la détacher du plan sous-jacent, mais on ne parvient ni à l’élever ni à l’abaisser. Lorsque les pédicules sont nettement perçus, le supérieur semble s’enfoncer derrière l’os hyoïde, et l’inférieur se perdre dans la masse thyroïdienne. Mais ce sont là des caractères qui demandent à être recherchés très attentivement, et qui font parfois défaut.

Entraînées avec le larynx dans les mouvements de déglutition, ces tumeurs ne déterminent généralement aucun trouble fonctionnel, On conçoit cependant, que si elles ‘prenaient un développement excessif, elles amèneraient “une gêne assez notable des mouvements laryngés. Dans lune des observations qui précèdent (XXVI) on trouve notés : le dédoublement du repli ary-épiglottique, une dyspnée passagère, une certaine altération de la voix. - Mais c’est là l’exception. En général leur seul inconvénient, avant Vlapparition de toute complication, est la légère difformité qui résulte de leur présence au devant du cou. Aussi est-ce souvent pour cette seule raison que le médecin est consulté. |

Parmi les caractères que nous venons d’énumérer, il en est deux de communs à tous ces kystes, qu'ils soient linguaux, sus ou sous-hyoïdiens, caractères essentiels et qui méritent d’être retenus, la fluctuation et la mobilité sur les parties qui les entourent. Il en est un troisième dont nous n'avons encore rien dit, et qui cependant a une importance capitale, c’est, lorsqu'il n’existe encore aucune

complication, l’absence complète de douleurs spontanées ou

provoquées. Si cette triade symptomatique, fluctuation, mobilité, indolence, n’est pas absolument caractéristique des kystes du canal thyro-lingual, elle ne possède pas moins une certaine valeur, et en l’ayant présente à l’esprit lors de l’examen d’un malade porteur d’un kyste congénital du cou ou de la langue, on pourra éviter une

erreur de diagnostic.

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