HISTOLOGIE PATHOLOGIQUE
Dans les cas typiques, les kystes entéroïdes présentent une paroi qui rappelle très nettement la paroi intestinale, et qui est constituée par un épithélium à cellules cylindriques avec glandes (ou formations pseudo-glandulaires), un chorion et une musculeuse. Mais il existe des exceptions d'ailleurs difficiles à expliquer, sans compter les cas où lépithélium est, pour des raisons diverses, difficile à mettre en évidence. On doit donc envisager successivement les diverses éventualités qui peuvent se produire :
1° Epithélium cylindrique rappelant l'épithélium de lintestin normal :
20 Epithélium à cils vibratiles ;
3° Epithélium stratilié :
49 Paroi conjonctive sans épithélium visible.
1° Le premier cas est de beaucoup le plus fréquent, et c'est ce qui permet de décrire ces kystes sous le nom générique de kystes € entéroïdes ». Décrivons la paroi du kyste dans un cas schématique, par exemple dans l’observalion inédile que nous tenons de M. Broca, et dont
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l'examen histologique a été fait par M. Brissy, interne des hôpitaux.
La paroi du kyste, étudiée par comparaison avec la paroi du segment intestinal voisin est généralernent notablement plus épaisse que la paroi intestinale ; cette augmentation d'épaisseur est, dans là plupart des cas, due à trois facteurs :
1° Augmentation d'épaisseur du chorion ;
2° Présence de formations glandulaires ou glanduliformes plus où moins ramifiées, Qu'on ne voit pas dans l'intestin normal ;
30 Un certain degré de congestion hyperémique, voire même hémorragique, notée dans un grand noiñbre de cas.
L'épithélium est un épithélium cylindrique, à grandes cellules hautes et claires, à noyau allongé dans le sens de
la cellule. Ces cellules présentent en somme. à peu près, les caractères des cellules à plateau décrites par Héidenhäin. Toutelois, dans notre observälion, nous n'avons pas nettement pu tiëéttre én évidence les enclaves leucocylaires si caractéristiques dé l'intestin normal ou enflammé:; hous n'y avons pas non plus trouvé de ‘cellüles éosinophiles : ces caractères histoloÿiques sont d’ailleurs en rapport avec la fonction digestive elle-même, &t il n'y a rien d'élonnanñt à ce qu'ils manquent dans les entérokystomes.
Un äutre cardctère histologique important de l’épithélium trahissänt son origine initestinäle, est Ia présénce, au milieu des cellules cylindriques, de cellules caliciformes :
on sait d’ailleurs que les kystes contiennent une grande
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quantité de mucus. Ces cellules caliciformes manquent dans un certain nombre de cas.
La présence de glandes, où du moins de formations pseudo-glandulaires est notée par un grand nombre d'auteurs ; toutefois leur absence est expressémentsignalée dans plusieurs cas. Ges formations glandulaires sont irrégulières : elles n’ont pas l'aspect en palissade des glandes de Lieberkühn : elles manquent dans une partie de la préparation alors que dans une autre partie elles sont exubérantes et irrégulièrement ramifiées. Ce sont de véritables cry yptes formées du même épithélium qui tapisse ce kyste, sans cellules caliciformes, sans enclaves, sans éosinophiles, et qui plongent dans un chorion épaissi, riche en cellules rondes et en capillaires parfois ectasiés. Dans notre observation on voit très nettement cet aspect ramifié (voir la planche hors-texte) tel qu'il se rencontre le plus souvent, — si nous en croyons les descriptions des auteurs, — dans les kystes entéroïdes. Mais souvent les invaginations pseudo-glandulaires sont plus nombreuses, plus enchevêtrées, plus exubérantes et l’on à un aspect presque papillomateux et adénomateux comme dans le cas de Terrier et Lecène. Enfin même parfois l’aspect adénomateux peut être tellement prononcé qu'on à un aspect confinant presque à la néoplasie maligne comme dans le cas d'Anderson. Toutefois l'auteur néglige de nous dire si les culs-de-sac épithéliaux perforaient la sous-muqueuse et envahissaient les tissus voisins, ce qui eut été un critérium important de malignité. En l'absence de figure nous renseignant exactement sur
les caractères de cette hyperplasie, nous sommes forcé de nous tenir sur la dubitative (1).
La sous-muqueuse, séparée souvent de la muqueuse par une muscularis mucosæ est,avons-nous dit, nettement épaissie et hyperplasiée par rapport à l'intestin voisin, et notre planche montre bien cet aspect caractéristique de la paroi kystique. Elle est constituée par du tissu conjonctif jeune, presque embrvonnaire, généralement parcouru par des capillaires abondants et dilalés, qui se voient à l’état d'ébauche dans notre observation, mais qui sont beaucoup plus marqués dans quelques cas.
Fait important : dans cette muqueuse, on ne trouve pas de productions Iymphoïdes, du moins pas de productions lymphoïdes organisées : pas de follicules lymphatiques en un mot. Aucun auteur ne signale leur présence, et dans notre observation nous n'avons rien trouvé qui y ressemblât. On ne trouve pas non plus, sur les coupes, de cellules éosinophiles, si nombreuses dans le tissu lymphoïde diffus du chorion intestinal, ni de mastzellen. Au-dessous du chorion existe, la plupart du temps, une couche de fibres musculaires lisses analogues à celles de l'intestin, mais avec cette différence qu'on n'y retrouve pas, en général, les deux couches concentriques caractéristiques, sauf dans notre cas personnel et dans ceux de Puschmann, Runkel.
Enfin certains auteurs ont signalé des filets nerveux
ayant tousles caractères de ceux qui constituentles plexus
(1) Signalons d'autre part que dans un cas de Runkel les glandes avaient l'apparenc: non pas de glandes de Lieberkühn, mais de glanäes de Brünner.
d'Auerbach et de Meissner (Roth. Colmers, Hedinger) et même des amas ganglionnaires.
Nous avons déjà insisté sur les phénomènes congestifs et hémorragiques dont la sous-muqueuse est le siège : ainsi s'explique le caractère sanguinolent ou brunâtre du contenu kystique. Il faut toutefois noter que, dans la plupart des cas publiés, il y avait eu volvulus ou étranglement intestinal de la région voisine du kyste et qu'il s'agit là peut-être de phénomènes contingents ou terminaux.
L'épithelium à cils vibratiles a été observé par Wyss, Roth, Dittrich, dans des observations qui, de ce fait, sont d'interprétation délicate au point de vue pathogénique.
Enfin l’épithélium cylindrique stratifié, cubique stratifié, voire même pavimenteux stratifié, a été vu par Dittrich, Battle, Hedinger, Gfeller. C’est là un point qui vaut la peine d’être précisé et expliqué, et sur lequel, d’ailleurs, les auteurs précités ont lous insisté assez longuement. La présence d’épithélium cylindrique stratiñé peut apparaître simplement comme un indice d'irritation quelconque de la paroi kystique : l’épithelium cubique stratifié s'explique également assez bien par la perte. de la différenciation des cellules cylindriques de la paroi kystique : cette différenclalion n’a d’ailleurs aucune raison de subsister, puisque la fonelion essentielle de la muqueuse intestinale, à savoir l'absorption, n'existe plus ici. Mais la présence d'un épithélium pavimenteux slratifié nous apparait comme une vérilable métatypie : celte métatypie a d’ailleurs été signalée en différents points de l'organisme sous l'influence d’irrilations chroniques : l’épithélium pavimenteux stratifié
qui lapisse certaines dilalations hbronchiques en est un exemple classique (Ménétrier, Poulain) (1).
I faut noter d'ailleurs que c'est seulement par places que les épithéliums sfratitiés ont été rencontrés. le reste du kyste étant lapissé par de lépithélium cylindrique (Gfeller).
£nfin, dans un certain nombre de cas, on n'a pu trouver aucune trace de muqueuse : le fait se voil assez souvent dans des kystes divers dont la nature épithéliale est pourtant absolument prouvée. L'origine intestinale d’un certain nombre de ces kystes est néanmoins rendue très probable par le reste de leur histoire anatomique. (Hendee, Rogers).
Dans un cas. les coupes du pédicule reliant le kyste à l'intestin y a montré la présence de vestiges de vaisseaux encore perméables et entourés de filets nerveux. Il s'agissail là, selon toute vraisemblance, de vestiges des vaisseaux omphalo-mésentériques.
Rappelons enfin que la paroi du Kyste peul présenter de
la calcilication ou des lésions dégénératives.
Dans une observation intéressante de Quensel, il existait
de la tuberculose intestinale et, en même temps, de la tuberculose miliaire de la paroi du kyste. Ce fait est extrémement intéressant au point de vue pathogénique, car, la cavité du kyste élant absolument séparée de la cavilé intestinale, l'origine vasculaire (ou lymphatique) de celle tuberculose intestinale et para intestinale esthors de doute
dans ce cas.
(1) On peut aussi interpréter ces fails comme s'expliquant par un arrêt de développement de l'épithélium intestinal, primitivement cubique et stratifié.
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Enfin la paroi du kyste, tapissée par une muqueuse entéroïde, peut présenter elle-même des Æystes secondaires développés dans la muqueuse elle-même et reconnaissables seulement à l'examen histologique. S'agit-il de simples dilatations kystiques glandulaires? S'agit-il au contraire de kystes vrais développés selon le même processus, mais n'ayant pu évoluer? La question n’a pas été posée par les auteurs (Colmers, Hüter), qui ont rapporté des observations de ce genre.