OBSERVATION IX
(Résumée.)
(De Vitrac, service de M. le professeur de LANNELONGUE de Bordeaux.)
H. J..., instituteur, 34 ans, a toujours habité les Landes(1). N’avait pas habitueilement de chiens auprès de lui ; la viande de porc entrait assez fréquemment dans sa nourriture.
Vers le milieu de de l’année 1892, J. H..., gêné en voulant boutonner le col de sa chemise, remarqua sur la partie antéro-latérale gauche du cou, un peu au-dessus du sternum la présence d'une tumeur grosse comme un œuf. Pendant quatre où cinq mois, le volume de cette tumeur augmente jusqu’à atteindre la grosseur du poing. En même temps survinrent quelques tisaillements dans la région inférieure du cou, puis des démangeaisons localisées sur toutes les parties du corps, dont le grattage déterminait sur la peau la production de stries surelevées, blanches et rosées,enfin de l’oppression et des difficultés pour avaler. Ces derniers symptômes, venus tardivement, duraient depuis une quinzaine de jours, quand, brusquement, dans l’espace d’une minute ou deux, toute gêne disparut en même temps que la tumeur s’effondrait complètement : le prurit devenait très intense.
Absence de tumeur pendant trois mois, puis réapparaît de nouveau et grossit pendant quatr2 mois pour arriver à son volume primitif ; la dyspnée légère et la dysphagie avaient recommencé ; moins de prurit.
La tumeur disparut et reparut ainsi quatre ou cinq fois, puis s'établit définitivement, mais avec des phases d’accroissement et de diminution. Le malade remarqua que le prurit était toujours en raison inverse de la grosseur du kyste. Plu-
(1) Les Landes et les Basses-Pyrénées, fournissent un grand nombre de kystes hydatiques : cette particuliarité est bien connue dans les hôpitaux de Bordeaux (Vitrac).
RE sieurs poussées d’urticaire. Une ponction exploratrice, pra tiqué par un médecin, donne issue à un liquide absolument limpide.
Le 31 janvier 1896. le malade entre à l'hôpital. Tumeur du volume du poing occupant la partie inférieure et latérale gauche du cou tandis que la saillie du cartilage thyroïde se trouve à 1 cent. 1/2 à droite de la ligne médiane, Peau mobile, ae coloration normale, sans dilatation veineuse.
La tumeur est coupée en écharpe par le sterno-mastoïdien gauche, ce qui lui donne un aspect bilobé. Elle est mate à la percussion, de consistance uniformément élastique plutôt rénittente que fluctuante. Elle est mobile dans le sens transversal en entraînant la trachée, et immobile dans le sens vertical. Elle suit les mouvements du larynx dans la déglutition.
Pas de pédicule reliant la tumeur aux parties supérieures du cou; pas de souffle, ni de battements propres ; pas de douleurs spontanées ni provoquées.
A part la déviation de la trachée, aucun organe ne semble modifié par la présence du kyste ; un peu d'altération de la voix, due à cette seule déviation, ainsi que le montre l’examen laryngoscopique ; légère dyspnée ; un peu de dysphagie. | | Pas d’exophtalmie, ni d'autres signes de basedowisme. Foie un peu gros, sans tumeur appréciable. Aucun trouble du côté des organes ; urines normales.
En somme le diagnostic de tumeur liquide du corps thyroide n’est pas douteux ; les caractères du liquide antérieurement ponctionné, les phénomènes de disparition et de réapparition de la tumeur, l’urticaire, permettent à M. Lannelongue de porter la diagnostic de kyste hydatique.
Ce dignostic fut vérifié quelques jours après par une ponction, par laquelle on retira 350 grammes d’un liquide clair comme de l’eau de roche, contenant 8 grammes de chlorure par litre; pas de mucine, très peu d’albumine. Il n’y avait pas de crochets. Après évacuation du kyste, la poche fut
ere
lavée à plusieurs reprises avec un soluion de 1/1000 ; fermeture au collodion. Pendant deux ou trois jours, quelques douleurs très légères et une petite quantité d’albumine dans les urines, sans autres symptômes d’hydragirisme.
Le malade a été revu 6 mois après la ponction. Le cou est d'aspect normal. L'exploration de cette région et de celle de tous les viscères n’a amené la découverte d'aucune autre tumeur hydatique. Le malade peut être considéré comme absolument guéri.