‹ Des kystes pancréatiques [electronic resource]Chapitre 14 sur 34 · SYMPTOMES · texte numérisé non relu

SYMPTOMES

Sommaire. — Symptômes initiaux. — Début parfois brusque: Névralgies cœliaques ; troubles digestifs. — Absence de symptômes dans d'autres cas, à part l'amaigrissement. Observation de Nichols. — Diabète pancréatique, mis en relief pour la première fois par M. Lancereaux. — Expériences de MM. Minkowski et von Mering, de M. Lépine, de M. Hédon. — Observation de Goodmann.

Stéarrhée. — Procédé de Bonamy pour reconnaître la présence de la graisse dans les selles.

Formalion de la tumeur. — Époque de son apparition.

Caractères généraux. — Siège. — Forme. — Signes fournis par la percussion. — Son hydro-aérique de M. Le Dentu.

Marche et terminaison.

Accidents entraînant la mort: Accidents généraux: Diabète, cachexie. — Accidents locaux : Hémorragies ; rupture du kyste.

Complications : Phénomènes de compression sur les organes voisins. — Compression des voies biliaires, de l'intestin. — Occlusion intestinale.

Observation de Hagenbach.

Je n'ai pour étudier les symptômes des kystes pancréatiques que fort peu de documents. Dans les observations anciennes, les détails manquent sur le début de la maladie, sur sa marcbe; ce n'est qu'incidemment, la plupart du temps au cours d'une autopsie, qu'on l'a reconnue; puis, les faits qu'on avait publiés jusque dans ces dernières années concernaient, pour la plupart, des cas où le kyste proprement dit n'était qu'un épiphénomène, c'est-à-dire le résultat d'une affection pancréatique autre. Sa présence ne modifiait guère les allures de l'affection principale, à moiDS toutefois d'atteindre certaines dimensions. Il ne pouvait donc, en raison môme de son volume généralement peu appréciable, attirer l'attention.

• C'est à cette même cause qu'il faut attribuer les notions fort vagues que nous possédons sur le début des kystes pancréatiques et sur leurs symptômes initiaux.

D'après les quelques rares auteurs qui se sont occupés de la question, la maladie peut débuter brusquement, sans cause connue, telle que traumatisme, gastro-entérite. Des douleurs abdominales vives, localisées généralement à l'épigastre, ouvrent la scène; elles durent plus ou moins longtemps, puis sont suivies de rémissions. Bientôt cependant elles réapparaissent sous forme d'accès, quelquefois périodiques, et rappellent dans certains cas les douleurs des coliques hépatiques. Friedreich et d'autres les ont désignées sous le nom de névralgies cœliaques.

A cette période on observe parfois certains symptômes, peu caractéristiques du reste, qui retentissent sur les fonctions digestives. Celles-ci se trouvent plus ou moins altérées; l'appétit se perd et les vomissements surviennent au bout de quelques semaines, comme dans le cas de Lardy; les matières vomies ont l'aspect du marc de café et ressemblent à celles du cancer.

D'habitude pourtant il n'y a pas le moindre trouble de ce côté et, à part les douleurs signalées, rien n'éveille l'attention; l'appétit est conservé, les digestions sont normales, bref rien ne permet de soupçonner le début d'une maladie.

A mesure, que l'affection progresse, et souvent bien avant l'apparition de la tumeur, on peut être témoin d'un certain nombre de symptômes, communs d'ailleurs à la plupart des maladies du pancréas. Notons que ces symptômes dépendent en général de l'oblitération plus ou moins complète du canal de Wirsung. Celui-ci est-il totalement imperméable, nous aurons des troubles digestifs très accentués, qui augmenteront au fur et à mesure que l'atrophie de la glande, résultant de la compression exercée par le kyste, fera des progrès plus sensibles.

Dans le cas contraire, ta glande ou une portion suffisante de la glande restant saine, et le canal excréteur étant encore perméable, les symptômes seront moins accusés. Le cas de Kulenkampf est des plus démonstratifs à cet égard.

Gomme premier symptôme il faut signaler tout d'abord l'amaigrissement, qui survient parfois au bout de quelques mois (Lardy), souvent, chose remarquable, en dépit de l'appétit, qui est conservé. Kuhnast en cite deux exemples frappants, j'y ajouterai celui qu'Annandale nous a fait connaître.

D'autres fois, l'amaigrissement ne se manifeste qu'au bout de quelques années ; il aboutit alors bientôt à la cachexie et entraîne la mort assez rapidement.

L'observation de Nichols est instructive sous ce rapport. En voici le résumé :

Observation de Nichols.

Cas de kyste du pancréas reconnu à l'autopsie. {New-York med. Journ., vol. XLVll, p. 575.)

Un homme de 49 ans avait accusé, douze ans avant sa mort, de vives douleurs dans la région épigastrique, avec un sentiment de réplétion dans la région en question, sans vomissements, ni phénomènes digestifs particuliers. Ces symptômes persistèrent pendant un septénaire avec plus ou moins d'intensité, puis disparurent, pour reparaître tous les deux ou trois mois. Comme prodrome, un signe particulier accompagnait ces crises: il consistait en points très douloureux dans les pieds. L'appétit était bon. État général excellent. 11 y a sept ans, douleur intense dans l'extrémité supérieure droite. A cette même époque, péritonite localisée, et à dater de là jusqu'à sa mort, vomissements périodiques, analogues au marc de café, comme dans le cancer de l'estomac. Trois ans avant la mort, apparition à l'épigastre d'une tumeur, dont la nature resta indéterminée. Le malade avait refusé la ponction et l'incision exploratrice. Sucre dans l'urine en quantité abondante. Amaigrissement notable, bien que l'appétit et la digestion fussent redevenus bons. Mort par inanition.

Autopsie. — Kyste pancréatique renfermant plusieurs litres de sérosité; la tumeur remplissait la plus grande partie de l'abdomen, et était adhérente en plusieurs endroits. Il n'y avait pas la moindre trace de tissu pancréatique.

Le sujet de cette observation était diabétique; or, l'on sait que le diabète a été noté comme un symptôme de la plupart des maladies du pancréas, et que lui aussi entraîne un amaigrissement général et rapide.

Sans vouloir rappeler ici les théories qui ont été émises à ce sujet, ni reprendre les discussions auxquelles elles ont donné lieu, je ferai remarquer que MM. Minkowski et von Mering1 ont entrepris tout récemment des expériences concluantes sous ce rapport. Je les crois trop importantes pour les passer sous silence. Ces auteurs ont institué une série d'opérations consistant à extirper complètement le pancréas chez le chien, le lapin, le pigeon. Chez tous ces animaux ils ont constaté que l'ablation de cet organe avait déterminé un diabète sucré. Chez le chien, le diabète, qui apparaît dix à quinze heures après l'opération, est tout à fait semblable à la forme dite grave de cette maladie chez l'homme, et persiste sans interruption jusqu'à la mort de l'animal; ils ont observé également chez leurs animaux, la polyurie, la polyphagie et la polydipsie, qui caractérisent le diabète; puis un amaigrissement considérable et un dépérissement progressif, malgré une alimentation surabondante. L'animal soumis avant l'opération à un jeûne de vingt-quatre heures ne reçoit aucune nourriture dans les jours qui la suivent immédiatement, et cependant la quantité de sucre éliminé par les urines s'élève pendant ce temps à 5 et même à 6 %• L'urine des chiens opérés renfermait également de l'acétone.

Dans ces conditions, disent les auteurs, le diabète sucré doit être considéré comme la conséquence directe de l'extirpation du pancréas, le manuel opératoire suivi par nous excluant absolument toute possibilité d'une lésion du ganglion du plexus solaire; d'ailleurs, l'autopsie n'a révélé chez les sujets de nos expériences qui ont péri jusqu'ici, aucune lésion de quelque importance dans le voisinage du pancréas.

Pour démontrer que ces résultats ne peuvent être obtenus que par l'ablation ou l'extirpation totale du pancréas, les auteurs précités ont fait les expériences suivantes:

Au lieu d'enlever le pancréas en totalité, le procédé opératoire restant toujours le môme, ils se contentent d'enlever une portion seulement, les deux tiers, les quatre cinquièmes de la glande, quelquefois môme ils n'en laissent qu'une portion

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