EXPÉRIENCES ET OBSERVATIONS
Je rapporterai d'abord un résume des observaiions de Malpaigne, de MM. Jobert et Labbé, puis je donnerai un extrait des observations qui ont été le point de départ de ce travail, transci'ivant iii extenso les résultats de l'autopsie.
Résumé des e:.périeniu!s de M. Jobert (l).
Une ligalure est appliquée sur l'inleslin d'un cliien. Le fil eène la circulation arlériello, l'inlestin devient violol, brun, noir couinio rébène; il augmente de volume, ses parois sont considérablement tendues, sa forme est régulièrement tubuleuse ; du sang est exlialé dans sa cavité et se coagule en couches superposées. Le sang s'infiltre entre les tuniques et peut former des bosselures dans la séreuse; il est susceptible de se résorber.
Les petits vaisseaux sont seuls lésés.
Si l'expérience est poussée jusqu'à la mort, on trouve des perforations amenées par la distension; il y a destruction de la muqueuse et de la musculeuse, éraillements, déchirures de la séreuse, mais pns de gangrène.
Dans quelques cas, M. Jobert a obtenu la gangrène de l'intestin ; j'ai rapporté deux de ces expériences.
Résumé de trois expériences de Malgaigne ("2).
L'inteslin fui trouvé d'uiu; couleur rouge-brun, noire. Les tuniques sont coupées, la muqueuse dans une plus grande étendue, et une fois le péritoine seul est intact; dans les deux autres cas, il y a une perforation considérable aux deux extrémités de l'anse. Les sections portent sur le bord libre, non sur le bord mésentériqiie ; dans un ca le bout inférieur est d'une épaisseur double.
Ces expériences démontrent que le péritoine résiste longtemps, et (jue le bord inésentérique jouit d'une immunité remarquable. Il n'y a [nis de gangrène, ce qu'on aurait admis pour des cas analogues au xviii" siècle.
(1) Maladies du canal intestin., t. IL {i) Anatomie elnrurg., \. II, |). etc.
Résumé des expériences inédites de M. Labbé.
Leur nombre m'empCche de les reproduire toutes, mais leur importance et le soin avec lequel elles ont été faites m'engagent à donner tous les résultats obtenus. J'ai rapporté plus haut une expérience où il y eut perforation, et une autre où il y eut gangrène.
L'intestin lié forme une tumeur fortement tendue, rouge, foncée, violacée, noirâtre (exp.2); la coloration est irrégulière, la moitié supérieure de l'anse est arborisée, la moitié inférieure veineuse ; il n'y a pas d'épaississement (exp. 7j ; le diamètre de l'intestin augmente de 4 millimètres sur un petit chien (exp. 9) ; l'intestin est doublé de volume, distendu les parois sont épaissies (exp. 13, 14): des gaz sont accumulés au-dessous de la séreuse (exp. 13).
Au niveau du point liè^ on rencontre une rainure à l'extrémité supérieure de l'anse.
Entre les tuniques on trouve un épanchement sanguin assez résistant (exp. 1, 13); les tuniques sont noires, il y a une infiltration qui commence immédiatement au-dessous de la ligature (exp. 14) , ou existe surtout au-dessus de l'extrémité inférieure de l'anse (exp. 7).
La séreuse est saine (e:cp. 2), ou détruite au niveau des extrémités de l'anse, mais d'un côté seulement de la circonférence (exp. 9, 14, 17j; il y a en outre une plaque ulcérée de 3 millimètres contre le sillon (exp. 9); la membrane se décolle facilement, est épaissie, friable (exp. 14).
Le tissu sous-séreux présente dans un cas (exp. 2) une boursouflure terne.
La. musculeuse est détruite au niveau des extrémités de l'anse , mais d'un côté seulement de la circonférence (çxp. 9); elle est épaissie (exp. 13) et même persiste seule (exp. 14).
La mwf/MeMA'e est épaissie , friable (exp. 13) ; elle est d'une couleur rouge-groseille, faisant contraste avec la couleur veineuse de la face péritonéale (exp. G); elle présente une solution de continuité au niveau de la ligature (exp. 7, 14); la muqueuse est relevée et vascularisée sur les bords de cette solution (exp. 7). Les villosités ont leurs vaisseaux dilatés , elles s'écrasent facilement (exp. 7) ; elles sont augmentées en largeur de 31/90° de millimètre chez un petit chien (exp. 9).
Le contenu de l'anse est une bouillie noirâtre très-abondante, formée surtout par du sang (exp. 2, 3, 5, CI) ; dans l'expérience 13 il est constitué par des gaz et une quantité considérable de sang noir; dans l'expérience .'4, une ligature est aj^pliquée sur une anse de 55 cenlirr^.ètres. appartenant à un chien terrier. A l'autopsie, l'anse renferme
centimètres cubes de gaz recueillis sous la cuve â mercure, et 250 centimètres cubes de sang noir.
Le bout supérieur est dilaté, congeslioniié (exp. 1); il présente des arborisations irrégiilières jusque dans le duodénum, et une perforation très-élroite dans les 10 centimètres qui sont au-dessus de la ligature ; la muqueuse en ce point est épaissie, ramollie, et le siège do petites hémorrhagies (exp. 6); on observe un renflement de 11 millimètres de diamètre chez un cabiai', dans l'étendue de 50 centimètres, l'intestin grêle étant d'une longueur totale de 70 centimètres (exp. 7).
Le bout inférieur est normal (exp. 1) ; la partie voisine de la ligature psl vasculaire et présente quelques points liémorrhagiques (exp. 6).
Le mésentère est très-congestionné (exp. 6); les vaisseaux sont pleins; il y a trois ou quatre épanchcments sanguins dans leur voisinage (exp. 7).
Dans l'expérience 9, l'épiploon adhère h l'intestin; on observe en outre une liémorrhagie interstitielle.
Oliscrvatious.
Obs. XXVI. — Hernie inguinale étranglée, réduction, persistance des symptômes d'étranglement , kélotomie (I). — D , 57 ans, entre à l'hôpital de la Pitié le 29 mars 1805, dans le service de M. Gosselin , salle Saint-Louis, n° 13.
Il y a six mois, début d'une hernie inguinale droite : elle s'étrangle le 26 mars 1865, k six heures du soir. La hernie est très-dure, trèsdoulnureuse, du volume d'un gros œuf de poule; réduction faite en deux minutes par l'interne de garde. Les symptômes persistent, et d y a encore une petite tumeur vers l'anneau extérieur. Le 30, M. Gosselin fait l'opération, mais on ne trouve plus d'intestin ; l'état s'aggrave et le malade meurt le 2 avril, à deux heures du matin, avec des symptômes de péritonite.
Autopsie 3 avril IS65. (Relation faite par M. Nicaise.) Péritonite, plaque gangréneuse de l'intestin. - Le sac est dur épaissi tel que M. Gosselin l'avait jugé pendant la vie; lésions d'une péritonite suraigue; I intestin est partout également distendu par des gaz. Dans la région ombilicale, l'hypogastre et le flanc droit, les anses intestina es injectées, rouges, sont réunies par des fausses membranes jau-
miieTrl l"!" r"^"''-""" organisées, friables, sans résistance an milieu d elles i en existe une présentant une coloration noirâtre, sur une longueur de 10 centimètres et sur toute la circonférence.
Ces anses sont décollées , et l'on trouve en arrière l'anse herniée , d e est noire, epa.ss.e, adhérente aux parties voisines par des fausse membranes récentes. Une de ses extrémités adhère ^ar une au e membrane jaunAtre, imbibée de pus à la paroi abdominale, "n arrière
fin |)uliis, PII clodaiis de Torifico inici'iio du canal ins:uinal. Dans les aulros |)oinls l'inloslin est injeclc, rouge, sans fausses membranes; le grand épiploon refoulé complélemenl au-dessus du côlon Iransverso est. seulement un peu injecte. Il y a dans le bassin un liquide séropurulenl, Irôs-trouble, assez abondant. Pas rie gaz dans la cavité périlonéale.
La péritonite est donc généralisée, mais beaucoup plus intense dans les environs de l'anse herniée.
La portion noirâtre, dont j'ai pai lé d'abord, présente à sa face interne sur la muqueuse une coloration lie de vin foncée, uniforme, bien limitée à ses deu.x extrémités, puis une coloration noirâtre, irrégulière, de la membrane séreuse; pas d'étranglement persistant.
Examen de l'anse herniée. Elle jjrésente une longueur do 30 centimètres, sans rétrécissement de son calibre; vers ses deux extrémités, on trouve l'empreinte légère d'une constriclion circulaire; l'insufflation sous l'eau ne fait découvrir aucune perioralion. J'incise alors l'anse herniée sur son bord mésentérique ; ses parois sont considérablement augmentées d'épaisseur, la musculeuse surtout, et cela dans toute son étendue.
La membrane externe ou séreuse présente des points irréguliers, sains, réunis les uns aux autres par des tractus fibreux, épais, distincts , occupant la plus giande surface de la séreuse, et dus à une hyperti'ophie fibreuse. Outre son épaississement , cette membrane présente une coloration noire . irrégulière, une injection assez prononcée , des petites eccliymoses nombreuses, sous-séreuses, et les traces de fausses membranes.
La musculeuse est nette, distincte, présentant un épaississement régulier dans presque toute l'étendue de l'anse herniée.
La muqueuse ne présente d'épaississement que dans son tissu celluleux sous-muqueux, et là encore il est peu considérable.
Cette muqueuse est d'un rouge vineux très- prononcé ; elle porte des altérations diverses que l'on remarque surtout vers les points probablement comprimés.
A une de ses extrémités , la surface do la muqueuse présente des dépôts superficiels, disposés linéairement sur les \alvules conniventes; ces dépôts assez nombreux sont fermes, résistants, occupant la partie superficielle de la muqueuse , en prenant la place des villosités, des glandes en tubes et de l'épithélium. Au microscope je ne trouve que des granulations nombreuses.
A l'autre extrémité, les altérations sont plus considérables, outre les dépôts semblables à ceux dont je viens de parier, mais moins nombreux ici ; il v a autour de deux ou trois plaques de Peyer do petites érosions superficielles irrégulières delà muqueuse (perle de substance de la partie superficielle); en ces points la coloration est crisàtre et tranche fortement sur la coloration rouge vineuse voisine.
Nous arrivons muinlonanl à la lésion la plus importanlc de ccllo anse intestinale au point do vue analomo-palhologique. Il s'agit d'une plaque de la largeur d'une pièce de 2 francs; elle se continue avec les parois voisines, est mince, flasque, facilement dëprcssible ; elle adhère par une fausse membrane h la partie postérieure du pubis, au point que j'ai indiqué plus haut.
Examen de la plaque gangrenée. La surface interne est lisse , sans valvules conniventes, sans villosités, et constituée seulement par une lamelle mince se continuant avec le tissu de la mutiueuse voisine, ce que je reconnais par la dissection, malgré l'adhérence plus forte de la muqueuse ;\ la musculeuse h la périphérie de la plaque. Les valvules conniventes s'arrêtent brusquement au niveau de cette plaque. Le microscope montre la lamelle superficielle formée de fibres lamineuses et de fibres élastiques proprement dites, constituant la trame solide de la muqueuse; pas de villosités, d'épithélium, de glandes. Je trouve quelques taches hématiques , rougeàtres , irrégulières , indiquées par Demme comme existant dans la gangrène, et désignées par Valenlin sous le nom de corpusculiis gangreneux ; en outre, des gouttelettes huileusos, libres, assez nombreuses.
La portion moyenne de la plaque est formée par les débris de la musculeuse. La musculeuse voisine hypertrophiée vient, en diminuant peu à peu de volume, se continuer avec la plaque. A ce niveau elle est très-amincie, de coloration jauntâtre, sale, sans consistance, pulpeuse, s'enlevant facilement par parcelles , et mélangée d'une certaine quantité de liquide trouble. Au microscope, les fibres-cellules sont disposées encore en faisceaux, mais plus petites, irrégulières, grenues, et renfermant dans leur intérieur une grande quantité do granulations graisseuses. Je trouve entre elles des granulations moléculaires nombreuses et des Icucocythes granuleux. En un point, il y a au milieu des fibres-cellules un petit amas purulent de la grosseur d'une lôte d'épingle.-
Là encore existent quelques taches hématiques et des débris do vaisseaux.
La membrane externe ou séreuse est amincie, molle, présente sa structure normale avec quelques noyaux granuleux et granulations moléculaires à sa face adhérente. En un point elle |)araît érodée, et ce point, correspondant à un amincissement des autres tuniques au même niveau, pourrait être considéré comme devant être prochainement le siège d'une perforation.
Réflexions. Cette pla(|ue semble être tbrniéc par des tissus ganfj;renés.
La persistance des symptômes était due a la péritonite, et leur resscniblanre avec ceux de l'étranglement pouiTait peut-être
teri!i\ dit M. Gosselii», aux adliérotices des anses intestinales entre elles, adhérences amenant l'irTiniobilitc de l'intestin.
Les altérations de l'intestin sont nombreuses; la séreuse est épaissie, enflammée, et il y a des ecchymoses sous-séreuses; sur la muqueuse, l'épitliélium, les villosités, les glandes ont disparu par places pour être remplacées par des fausses membranes granuleuses; ailleurs on rencontre des érosions superlicielles: enfin une plaque gangréneuse de la largeur d'une pièce de 2 francs.
Dus. XXVtf. — Hernie inguino-scrolale droite Hruiiglèe depuis vingl heures ; réduction par h taxis pror/ressif pendant vingt-deux minutes, après l'thérisation : péritonite {réduction avec le collet détaché dti sac]. (Otiservalion recueillie par iM. Carville, interne des hôpitaux.) — Résumé : P..., âgé de 18 ans, entre, le 10 avril 1865, dans le service de M. Gosselin, à l'hôpital de la Pilié, salle Saint-Louis, no 33.
La hernie existe depuis l'enfance; jamais de bandage, excepté depuis un temps assez court.
Le 9 avril, vers deux heures et demie de l'après-midi, la hernie sort, les douleurs sont vives; le malade croit la faire rentrer; mais dans la nuit la tumeur se montre de nouveau et est irréductible.
Le 10. à dix heures et demie du matin, M. Gosselin tente la réduction avec les mains et la bande de caoïilcliouc employée par M. Maisonneuve; au bout de vingt-deux minutes la hernie rentre dans le ventre. Les symptômes d'étranglement persistent; il s'y joint de la péritonite, et le malade succombe le 12, à neuf heures du soir. Autopsie le 14, à 9 heures du matin. Relation faite par M. Nicaise. Le cadavre est verdàtre, dans un commencement de putréfaction; les parois abdominales sont d'épaisseur normale , mais colorées fortement par la putréfaction.
Dans la cavité abdominale, on trouve un liquide séro-sanguinolent assez abondant ; il pénètre dans le sac herniaire, lequel descend jusqu'au fond des bourses. Le péritoine porte les traces d'une péritonite aiguë, avec quelques fausses membranes molles en certains points ; les adhérences entre les anses intestinales sont peu prononcées et l'injection du péritoine est assez faible, excepté au niveau de l'anse herniée. Les intestins sont gonflés par une grande quantité de gaz.
Le sac est trouvé en place, remplissant la bourse droite; il est d'une grande capacité, renferme un peu de liquide semblable à celui de la cavité péritonéale; ses parois ne sont pas très-épaisses, mais possèdent des vaisseaux assez volumineux ; il n'y a pas de traces d inflammation vive. Sous le fond du sac, on trouve le testicule abaissé, avec sa tunique vaginale indépendante du sac, mais présentant plusieurs adhérences entre ses deux feuillets. Le testicute paraît normal.
L'orifice de cominunicîition du sac avec le pciritoine est assez large pour permettre l'introduction de l'index, mais il faut tenir compte du relâchement cadavérique. Cet orifice n'est pas limité par un bord net, fibreux; il paraît aminci, lamelleux, déchiqueté; il se continue avec une lamelle péritonéale, adhérant par un bout à la partie inférieure de sa circonférence' et par l'autre à la partie postérieure et interne du caecum. Par ses bords, cette lamelle se continue avec le péritoine voisin. Le Ciccum n'est pas appliqué sur la fosse iliaque ; il est mobile et présente un petit méso-CiBCum. De la partie postérieure de la lamelle péritonéale part un cordon fibreux qui se continue eu partie avec un autre cordon plus résistant, lequel étrangle une anse intestinale contenue dans la cavité même du péritoine.
V anse malade examinée, on reconnaît qu'elle est étranglée par une corde fibreuse, circulaire, régulière, permettant d'introduire entre elle et l'intestin l'extrémité d'une pince.
Ce mode d'étranglement ne peut être mieux comparé qu'à celui que l'on produirait sur une anse intestinale avec un cordonnet assez gros.
Cette corde fibreuse incisée laisse dégager tout à fait l'intestin; elle se continue avec la lamelle péritonéale par une portion déchiquetée et présente elle-même un bord peu légulier.
L'état de cette corde, de l'orifice du sac et de la lamelle, fait reconnaître à M. Gosselin une déchirure siégeant on dehors du collet du sac et ayant laissé intact ce collet qui fut repoussé dans la cavité abdominale avec ranse êtrançiUe. Le collet ne conservait que quelques adhérences avec la lamelle péritonéale.
L'anse étranglée n'était pas éloignée de l'orifice interne du sac; elle était située en dedans et un peu plus en haut, ce qui tient à la bride fibreuse qui la retenait. L'anse étranglée appartient à l'extrémité inférieure de l'intestin grêle.
Cette anse est gonflée par des gaz; sa surface interne, de couleur rouge vineuse, porte par places des fausses membranes peu adhérentes, colorées en rouge; l'infiammation est plus prononcée sur cette partie de l'intestin que dans les autres.
La séreuse ne présente d'épaississement que sur certains points voisins du bord adhérent, par places une coloration noirâtre, en d autres points des taches jaunâtres irrégulières, dues à l'infiltration dît «mit sous séreux par une substance granuleuse répandue au milieu des fibres conjonctives élastiques. Œdème du tissu sous-séreux, granulations moléculaires et quelques-unes graisseuses dans la couche externe de la musculaire.
La portion du mésentère, comprise dans l'étranglement, est infiltrée épaissie, rougeâtre; les vaisseaux qu'on y rencontre sont remplis complètement de sang coagulé noir.
L'anse mesure 50 centimètres de long ; le bout inférieur est distant de 10 centimètres de la valvule iléo-cœcale.
' * ex-
Au mvenu de rétran£,'lemoii(,, on ne constate rien sur la surface terne; seulement on recounait l'amincissement et la différence de coloration entre l'anse lierniée et les parties voisines.
L'anse incisée laisse écouler une assez grande quantité de liquide trouble, rouge-vineux, très-légèrement muqueux. Il n'y a pas de matières fécales, et le liquide rouge est spéci'al à cette anse. M.Gosselin nous fait remarquer cette particularité.
Examen de la surface interne en commençant parle bout supérieur.
Au-dessus de l'étranglement, lu muqueuse intestinale est légèrement injectée, tomenteuse ; l'injection est bien plus prononcée, immédiatement au-dessus de l'étranglement. On trouve une légère érosion, irrcguhère, de petite dimension, formée par la disparition de la couche superficielle de la muqueuse. Pas de ramollisssement.
Au niveau de l'étranglement, les phénomènes à étudier sont d'un grand intérêt; la séreuse ne paraît éprouver qu'un peu d'amincissement, qui porte plutôt sur le tissu sous-séreux.
La musculaire est considérablement amincie; en certains points elle a complètement disparu ; en faisant une section dans le sens de l'axe de l'intestin, on reconnaît très-bien cet état; la membrane a ses dimensions normales au-dessus: elle est un peu épaissie par infiltration au-dessous, et au niveau elle a disparu.
La. muqueuse ne présente pas moins d'intérêt; au-dessus injectée, du reste peu altérée; au-dessous, d'un rouge-vineux, ramollie; au niveau de l'étranglement, on n'en trouve plus de traces, mais seulement une lamelle mince qui se continue probablement avec le chorion et le tissu sous-mu(iueux. Cette lamelle tend elle-même à disparaître, de sorte que dans de petits espaces on ne trouve presque plus que la séreuse. Une plaque de Peyer se trouvait au niveau du rétrécissement; au-dessus elle est tomenteuse, assez épaisse, gaufrée; ses alvéoles renferment une substance brunâtre, visqueuse, transparente, qui s'enlève facilement, laissant une cavité ; au niveau de l'étranglement, on ne trouve plus que la trace des alvéoles sur la lamelle persistante.
L'étude de cet étranglement montre que la musculeuse disparait de bonne heure, ainsi que la couche superficielle de la muqueuse.
Puis vient le tour du chorion (ce que démontre la persistance des alvéoles des plaques de Peyer) et du tissu sous-muqueux.
La séreuse seule reste à la fin.
La muqueuse de l'anse étranglée est rouge, vineuse, ramollie, s'enlevant facilement par petits lambeaux; elle est infiltrée de liquide. Les follicules clos présentent une altération particulière ; les uns sont plus volumineux, se détachent sur le fond de la muqueuse comme des points blanchâtres. Sur d'autres, au sommet de ce point, on aperçoit un petit orifice; cet orifice va en augmentant par une sorte d'ulcération, de sorte qu'il ne reste plus qu'une petite cavité, limitée
du côté de la imuiucuso par un bord assez net. Il semble que l'on ail simplement chassé le follicule de l'endroit où il était, ou ([u'il se soit dissous et éliminé.
Sur les plaques de Peycr on constate cette altération à tous ses degrés ; on ne peut donc la considérer comme un effet cadavérique. Des follicules sont simplement épaissis, d'autres plus ou moins détruits. Sur certaines plaques, il semble qu'on ail sous les yeux de petites cavités faites avec la tète d'une grosse épingle, etséparées par de petites saillies linéaires.
Dans ces cavités il n'y a rien généralcmenrt ; quelques-unes renferment un liquide brunâtre, transparent, qui s'enlève facilement.
Sur l'intestin non liernié . les follicules clos étaient volumineux, mais ne présentaient nullement cette altération particulière, qui ne ressemble en rien à raltération de la fièvre typhoïde.
Le tissu sous-muqueux est infiltré d'un liquide rouge ; cette infiltration constitue la plus grande partie de l'augmentation d'épaisseur des parois. Du reste, cette épaisseur n'est pas partout la même; généralement plus considérable, il y a cependant en quelques points un peu d'amincissement, dû surtout à la dissolution par places de la couche superficielle de la muqueuse.
Sur la moitié inférieure de l'anse lierniée, les altérations de la muqueuse diffèrent un peu. Il y a une teinte plus grisâtre, la muqueuse est moins ramollie , moins rouge, adhère un peu plus au tissu sousjacent. Elle est recouverte par places d'un dépôt grisâtre, s'erilevant facilement avec le dos du scalpel.
L'épaisseur est plus considérable (|ue dans les parties non herniées, mais uniforme. Les follicules clos sont altérés en nombre si considérable que tous paraissent l'être. Ils sont augmentés de volume, grisâtres, quelques-uns sont très-petits et pulpeux aussi.
Une plaque de Peyer, large comme une pièce de 2 francs, fait saillie sur la muqueuse; elle est grisâtre , tomenteuse , mamelonnée. Celte substance grisâtrç, pulpeuse , s'enlève facilement par le grattage, et laisse une plaque alvéoles, semblable à celles décrites plus haut. Au niveau de cette plaque, les parois intestinales sont un peu plus épaisses et les membranes plus adhérentes entre elles que dans la moitié supérieure de l'anse malade.
Étranglement du bout inférieur. Les lésions sont hien moins marquées qu'au bout supérieur, on retrouve tontes les membranes seulement un peu amincies. La séreuse n'a rien, la musculeuso a diminué très-peu d'épaisseur, on la retrouve sur toute la circonférence do l'intestin. La muqueuse parait persister mémo dans sa couche superficielle. Des follicules clos très-voisins de cetétranglemont ne sont pas très-nitérés. Il y a une différence très-prononcée entre cet étrangle-
ment et celui du bout supérieur, qui devait être beaucoup plus comprimé.
Au-dessous de l'étranglement, la muqueuse était plus injectée que celle du bout supérieur, mais sans présenter d'autres altérations.
Examen microscopique. On ne peut trop compter sur ce qu'il donne, vu l'état de putréfaction commençante. Dans tous les tissus on trouve une quantité. considérable do granulations moléculiiires et de corpuscules jaune-clair sphériques, de nature indéterminée, etdesgranulations graisseuses.
Le dépôt grisâtre que l'on trouve sur la muqueuse est formé par des débris épithéliaux (noyaux irréguliers), des granulations moléculaires et des corpuscules brillants.
En outre, il y a une sorte de substance fondamentale présentant d'abord l'aspect nucléaire, puis fibrillaire par l'acide acétique.
Les follicules clos, épaissis, renferment à leur intérieur des noyaux très-nombreux, des granulations et des taches jaunes, nombreuses, irrégulières, opaques. Certaines taches paraissent venir du sang, à cause de leur coloration qui les rapproche de l'hémalosine. Les noyaux ne laissent que des granulations innombrables par l'acide acétique.
Réflexions. — La per.sistaiice des accidents d'étranglement tenait ici à une cause tout à l'ait spéciale : le collet avait été séparé du corps du sac et l'anse intestinale toujours étranglée réduite dans l'abdomen ; M. Laugier a rapporté un cas semblable (11. Dans le cas qui nous occupe, la pression considérable exercée par la bande de caoutchouc a dû jouer un grand rôle dans la réduction en masse. Les altérations des membranes ?oiit importantes.
La séreuse est enflammée, le tissu sous-séreux présente une infiltration granuleuse; la muqueuse est injectée, érodée par places ; les plaques de Peyer ne sont plus coristituées que par leur trame fibreuse, des follicules présentent des modilications analogues à celles des plaques de Peyer; le tissu sous-muqueux est infiltré de sérosité sanguinolente.
Au niveau de l'étranglement on étudie facilement Tordre de destruction des membranes, et on remarque , phénomène liabibituel, (lue l'extrémité supérieure de l'anse était plus étranglée que l'inférieure. L'angle étranglé renfermait un liquide nmcososanguin, fait que l'on reirouve dans la plupart des cas.
(l) Gosselin, Leçons sur les hernies, p. 214.