OBSERVATION XIX
Une jeune fille, âgée de 20 ans, entra le 20 septembre 1828 à l’hôpital de Wurlzbourg, dans le service de M. le professeur Schœnlein. Elle avait toujours joui d’une bonne santé, et elle accusait, comme cause de sa maladie, un refroidissement auquel elle s’était exposée quelques semaines avant son entrée à l’hôpital. Elle avait été d’abord prise de douleurs dans les membres supérieurs, qui cessèrent pour faire bieulôt place à des fourmillements et à de i’engourdissement dans tous les membres; ces fourmillements, cet engourdissement augmentèrent au point que bientôt la malade avait complètement perdu l’usage de ses membres. Les doigts étaient contractés; ses genoux étaient un peu fléchis; elle ne pouvait se lenirdroite; elle avait rapidement maigri; les organes de la respiration et de la digestion ne paraissaient pas malades. On avait reconnu une maladie de la moelle épinière, consécutive à une affection rhumatismale, et on mit en usage des sangsues sur la colonne dorsale, des frictions camphrées sur les membres, etc. Après un soulagement momentané, l’état de cette fille empira. Le pouls devint très-accéléré, la peau chaude; la malade éprouva des besoins fréquents d’uriner, une vive oppression, de violentes palpitations. L’auscultation de la
(t) Lebert. Physiologie pathologique, t. II, p. 179.
poitrine cependant n’y montra rien d’anormal. C’est alors que fon s’aperçut que la malade avait sur le côté droit du cou une tumeur ovoïde placée sous le muscle slerno-masloïdien ; celle tumeur était mobile, mais douloureuse au toucher. Un traitement antiphlogistique et émollient n’eut point d’effet. La malade eut pendant quelques jours de la diarrhée qui céda aux opiacés et à l’usage de l’arrow-root. Les symptômes de paralysie cependant persistèrent, ce qui engagea M. Schœnlein à lui prescrire de la strychnine qui, en effet, rendit un peu le mouvement à ja main et à l’avanl-bras droit. Vers le milieu de décembre, elle eut de nouveau un fort accès, comme celui du mois d’octobre, qui dura pendant quelques jours. Au mois de janvier, la paralysie diminua un peu dans tous les membres. Cette amélioration continua à faire des progrès jusqu’au 19 février, jour où elle eut un nouvel accès, que M. Schœnlein compara, d’une manière aussi spirituelle que juste, aux symptômes qu’on observe sur les animaux auxquels on a lié le nerf pneumogastrique. La malade avait la poilriue oppressée, comme si elle devait étouffer, la respiration courte et haletante; elle ne pouvait rester couchée, le ventre était fortement rétracté, elle ne pouvait pas parler; les battements du cœur étaient précipités et étendus, le pouls petit. Un lavement d’assa-fœtida et des sinapismes, qui avaient fait du bien dans l’accès précédent, furent mis en usage. Après avoir été un peu mieux pendant deux jours, elle eut de nouveau, pendant lu nuit du 23 février, un accès encore plus fort que les précédents : la (ace se décomposa, la respiration devint extrêmement gênée, il survint une forte diarrhée, le pouls disparut, les membres devinrent froids, la paralysie gagna peu à peu tout le corps, et la malade succomba le 25 février à cinq heures et demie du matin.
A l’autopsie, faite deux jours après, on trouva, d’une manière indubitable, que la tumeur du cou était un engorgement du premier ganglion cervical du nerf grand sympathique. Elle était entourée d’une membrane cellulaire, et ressemblait, dans son intérieur, aux tumeurs fibreuses; on ne put plus y reconnaître de filets nerveux.
Celle même structure se retrouvait dans le tronc du nerf sympa thique, ainsi que dans les nerfs provenant du cerveau et de la moelle épinière, qui s’anastomosaient avec ce ganglion. Tous ces nerfs étaient hypertrophiés. Des tumeurs semblables existaient dans la cavité de la colonne vertébrale, et surtout à la partie supérieure. Elles étaient entourées d’une membrane cellulaire, leur substance était un peu moins ferme que celle du ganglion du nerf sympathique, mais on reconnaissait bien plus distinctement des fibres longitudinales. On ne trouva rien d’anormal dans les centres nerveux.
Schœnlein a cru observer en 1833 un autre cas de fibrome dans lequel le ganglion cervical inférieur était atteint; mais la malade, ayant guéri, le diagnostic n’a pu être vérifié, et, ainsi que le pense d’ailleurs Lebert lui-même qui rapporte cette observation (1), il est très-probable que c’était plutôt une glande hypertrophiée, et que les symptômes de paralysie qui furent observés en même temps provenaient d’une affection des centres nerveux guéris en bonne partie sous l’influence du traitement mis eu usage.