DES LÉSIONS DÉTERMINANT L’EXALTATION DES FONCTIONS DO GRAND
En 1849, M. Ogle. chirurgien de l’hôpilal Saint-Georges à Londres, observait, sans s’en rendre compte, chez un homme atteint de tumeur cancéreuse du cou, une dilatation considérable de la pupille du côté correspondant.
En 1856 et 185T, il avait encore l’occasion d’observer une série de cas pathologiques, dans lesquels, les conditions étant en apparence les mêmes que dans beaucoup d’observations rapportées dans
(1) Loc. cit., p. 483.
le chapitre précédent, il n’y avait pas contraction de la pupille, comme dans ces derniers cas, mais, au contraire, dilatation. Songeant alors aux expériences récentes de MM. Brown -Séquard et Cl. Bernard, dans lesquelles la dilatation de la pupille se produisait sous l’influence de la galvanisation de la portion cervicale du grand sympathique, il se dit(l) qu’une compression très-légère, s’exerçant sur le filet nerveux, pourrait bien agir sur lui en déterminant une excitation analogue à celle produite par la galvanisation de ce filet, et il expliquait ainsi parfaitement le phénomène qu’il observait.
En 1864, M. I anas. dans son mémoire présenté à la Société de chirurgie, rapportait quelques-unes des observations de M. Ogle; mais il ne les trouvait pas suffisamment concluantes, et il se croyait autorisé à dire : « S’il y a des faits démontrant péremptoirement la relation qui existe entre le resserrement de la pupille et la compression du nerf grand sympathique, aucun de ceux mis en avant pour prouver qu’une compression plus légère a pour effet de dilater la pupille au lieu de la resserrer ne nous paraît échapper à la controverse (2). » Aujourd’hui, à ces faits de M. Ogle, qui, seuls, pouvaient paraître peu probants, nous pouvons ajouter trois autres observations qu’on ne peut révoquer en doute. Ces faits donnent plus d’autorité à ceux observés par M. Ogle, et nous permettent de soutenir, en nous appuyant sur neuf observations, qu’une compression très-légère du grand sympathique a pour effet de dilater la pupille.
La première observation que nous allons rapporter nous a été communiquée par M. le Dr Ledentu ; la compression du grand sympathique était produite par un chondrome de la parotide. Cette observation, recueillie avec beaucoup de soin et sans idée préconçue, est très-concluante ; car on a observé la dilatation d’abord,
(1) Ogle, loc. cit., p. 421.
(2) Panas, loc. cit., p. 375.
puis le resserrement de la pupille. On voit donc les effets varier selon que la compression est légère et ne fait qu’exalter les fonctions du nerf, ou que, la tumeur ayant pris de l’accroissement, la pression devient plus énergique et abolit plus ou moins complètement les fonctions du filet nerveux.
A côté de cette observation nous en placerons une autre, à peu près analogue, qui appartient à M. Ogle, et qui n’est pas citée dans le mémoire de M. Panas. Il s’agit d’un abcès profond du cou, qui fut accompagné d’abord de dilatation de la pupille; puis, la collection du pus augmentant et comprimant sans doute plus fortement le rameau nerveux, il y eut, pour un moment, resserrement de la pupille, qui disparut ensuite pour faire place à la dilatation, et la pupille était redevenue normale lorsque l’abcès fut guéri. Cette dilatation se répéta à deux reprises différentes dans deux nouveaux abcès, dont la même malade fut atteinte. Cette observation ne paraît pas pouvoir être mise en doute; elle met au contraire bien en lumière la dilatation de la pupille par l’effet d’une compression légère du grand sympathique.