OBSERVATION XX
(Communiquée par M. le Dr Ledentu).
Rémy Georges, âgé de 53 ans, garçon de chantier, entré à l’Hôtel- Dieu, salle Sainte-Marthe, n° 26, le 17 mars 1864.
Il a été opéré en septembre 1862 d’une tumeur de la région parotidienne, au moyen de l’écraseur.
En décembre 1863, apparition d’une tumeur extérieure siégeant dans la région parotidienne droite, indolore, incolore, superficielle.
Au mois de janvier, vers la fin, apparaissent des douleurs daus l’oreille, qui vont en augmentant avec la tumeur jusqu’au jour de l’entrée. Quelques jours avant l’entrée du malade, il se déclare une paralysie faciale du côté droit.
Le 17 mars. Tumeur dure, bosselée, occupant le creux paroti- 1869. — Poiteau. 6
dien, dépassant inférieurement l’angle de la mâchoire de 2 ou 3 centimètres, et empiétant latéralement sur le bord du sterno-mastoïdien et le masséter. On constate tous les signes d’une paralysie faciale du côté droit. Pas de tumeur du côté du pharynx. La tumeur est le siège de douleurs assez vives. M. Laugier y fait appliquer un emplâtre, qu’il tient d’un médecin qui a la prétention de tout guérir avec cette sorte d’emplâtre; je n’en connais pas la nature.
Le 1er avril. La tumeur se développe en arrière et devient de plus en plus douloureuse; la douleur se manifeste par crises qui surviennent surtout dans l’après-midi et vers le soir.
Le 21. Nouvelle augmentation, principalement en arrière. Dans la région parotidienne, il y a un ramollissement très-étendu et très-superficiel, qui simule très-bien un abcès, sur une surface de 7 ou 8 centimètres de hauteur, sur 5 ou 6 de largeur. Je fais une ponction exploratrice qui laisse couler une assez grande quantité d’un liquide jaunâtre et visqueux, rappelant tout à fait le liquide de l’enchondrome ramolli. Depuis deux ou trois jours le malade éprouve quelques étourdissements, principalement dans les mouvements de droite à gauche.
Le 24. Le liquide a continué à couler presque constamment; la peau est très-amincie et blanche dans un point voisin de la ponction, où elle menace de s’ulcérer.
Le 27. La tumeur a pris un développement énorme en arrière et empiète sur la région occipitale; elle est largement bosselée et dure, sauf au point ponctionné; elle a envahi la moitié droite du pharynx et gêne la déglutition.
Les étourdissements, loin de diminuer, sont devenus plus fréquents et plus forts. Le malade tombe tout d’un coup sur le dos, et perd la vue et l’ouïe ; il est tombé plusieurs fois de son lit. Les crises douloureuses se reproduisent encore, mais un peu moins violentes.
OEdème de la paupière droite, de la moitié droite du nez et des lèvres, très-bien limité à la partie moyenne.
11 n’y a pas dans les membres ni à la face de symptômes de paralysie.
La pupille du côté droit est un peu dilatée.
La vue est intacte des deux côtés.
La peau est adhérente dans toute l’étendue de la tumeur et présente une couleur d’un rouge violacé.
10 mai. Une période de mieux a succédé aux symptômes précédents, mais aujourd’hui le malade est dans un demi-coma. La tumeur s’est perforée du côté de la bouche. La pupille droite, encore sensible d’ailleurs, est rétrécie.
Mort.
Autopsie. Infiltration de sérosité dans les mailles de la pie-mère.
Tous les nerfs profonds du cou, y compris le ganglion supérieur, sont englobés dans la tumeur, mais on voit qu’il n’y a pas longtemps qu’ils ont été atteints.
Un caillot occupe la jugulaire, interne; le calibre de la carotide interne est effacé ; ses parois sont accolées, mais non adhérentes.
Cerveau intact; pas de prolongements intra-crâniens.
Ouverture du côté du pharynx. La parotide et l’amygdale ont complètement disparu. Rien dans l’oreille.
L’exameu histologique n’a pas été fait; en tout cas, la marche clinique de la maladie justifie le diagnostic posé : chondrome myxomateux de la parotide.