OBSERVATION XXII
Thérèse N , âgée de 25 ans, cuisinière, entre, le 24 novembre
1868, à l’hôpital Lariboisière, salle Sainte-Jeanne, n° 3.
Trois semaines avant l’entrée: gonflement du cou, douleurs pendant les mouvements.
19 novembre. La malade se plaint beaucoup d’élancements dans la partie malade, élancements qui remontent vers l’oreille et produisent dans la tempe gauche une sensation de tourbillon. Dysphagie des aliments solides.
Le 22. Dysphagie des solides et des liquides, dyspnée, accès de suffocation réveillant plusieurs fois la malade pendant la nuit.
Le 25. Gonflement assez étendu de la portion moyenne de la région sterno-mastoïdienne du côté gauche, sensation de fluctuation superficielle; il y a lieu de croire à un abcès superficiel du cou. M. Verneuil, après avoir chloroformisé la malade, plonge un bistouri dans la tumeur; il en sort une quantité de pus phlegmoneux qu’on peut évaluer à 120 grammes; mais M. Verneuil, ayant remarqué du côté correspondant à la tumeur la dilatation de la pupille, qui a 1 millimètre de diamètre plus que l’autre, avait diagnostiqué à l’avance un abcès profond ; il introduit le doigt dans la plaie, dépasse le sterno-mastoïdien, et voit la confirmation de son diagnostic.
Le 28. La malade ressent encore des élancements qui partent de la plaie et remontent dans l’oreille et la tempe. La pupille gauche a bien diminué d’étendue. En plaçant la malade devant une fenêtre de façon que l’œil gauche reçoive la lumière, la pupille gauche paraît encore plus large que l’autre; en la plaçant en sens contraire, on comprend qu’il y ait une dilatation très-notable de la pupille gauche; enfin , si l’on tourne la malade en face de la lumière, on constate d’abord difficilement la dilatation de la pupille gauche, mais en faisant fixer un objet on voit la dilatation devenir très-manifeste.
5 décembre. La plaie du cou est presque fermée; il reste encore un peu de dilatation très-peu apparente de la pupille.
Le 10. La plaie est cicatrisée, la pupille revenue à son état normal. Sortie de l’hôpital.