‹ Des lésions de la portion cervicale du grand sympathiqueChapitre 7 sur 29 · OBSERVATION IV · texte numérisé non relu

OBSERVATION IV

Une femme de quarante ans entre, en 1867 à l’hôpital Lariboisière, salle Sainte-Jeanne, n° 2. Belle constitution, santé très- bonne autrefois; tumeur du cou datant d’un an à peine, ayant acquis un volume considérable depuis les deux derniers mois, et proéminente surtout à droite.

On avait porté le diagnostic de goitre, le corps thyroïde était eu effet le siège du mal, mais il était facile de reconnaître un cancer de cet organe : masse dure, bosselée, adhérente à la peau et aux parties profondes; douleurs très-violentes dans le côté droit de la tête

(1) L’observation à laquelle M. Verneuil renvoie se trouve Bulletins de la société de chirurgie, t. IV, p. 373.

et le membre supérieur correspondant ; déglutition très-gênée ; mouvements du cou presque abolis.

En examinant la face, on constatait facilement les signes de la compression du grand sympathique droit : la contraction très-forte de la pupille, un peu de congestion de la conjonctive, une injection marquée des capillaires de la moitié droite de la face. J’ai conclu que la tumeur reposait sur la face antérieure du rachis et comprimait le grand sympathique.

Cela m’eût confirmé encore dans le diagnostic d’une tumeur maligne, si ce complément de preuve eût été nécessaire.

Dans les quatre observations suivantes, le seul symptôme indiquant la compression du grand sympathique est la contraction permanente de la pupille. L’observation V, due à Willebrand d’Helsingfor, est la première qui ait été publiée sur ce sujet. L’observation VI est tirée du mémoire de M. Ogle; l’observation Vil nous a été communiquée par M. le Dr Ledentu, prosecteur à la Faculté de médecine; enfin l’observation VIII nous appartient. Dans la première de ces observations, la compression du grand sympathique est causée par une tumeur ganglionnaire strumeuse, dans les deux suivantes, par des tumeurs cancéreuses, dans la quatrième, par du tissu inodulaire.

OBSERVATION V (t).

Au mois de février 1852, je fus consulté, dit l’auteur (Willebrand), par le nommé Wichtell, batteur en cuivre, au sujet de l’un de ses yeux (c’était l’œil droit), dont la vue était, suivant lui, très-affaiblie. Il se plaignait en outre d’avoir, depuis un an, des douleurs dans le bras droit, qu’on avait considérées à tort comme étant de nature rhumatismale, et qui n’étaient, ainsi que j’ai pu le constater,

(1) Archiv. für. ophth., etc. 1853.

que des douleurs névralgiques s’irradiant sur le trajet du nerf curbital, et dépendant de la compression exercée sur le plexus brachial par une tumeur ganglionnaire de nature sturmeuse, qui remplissait tout le triangle sus-claviculaire droit, et s’avançait sous la clavicule. En examinant l’œil, je vis manifestement que la pupille du côté droit était resserrée de beaucoup et faisait contraste quand on la comparait avec celle du côté gauche. A part cela, l’œil n’offrait aucune modification ni superficielle, ni profonde ; et quant au prétendu affaiblissement de la vue, il n’existait pas, puisque le malade pouvaitdistinguer avec cet œil les plus petits objets; seulement quand il voulait regarder des corps plus volumineux, comme une personne, parexemple, son champ visuel étant considérablement diminué par le rétrécissement de la pupille, il n’en voyait qu’une portion à la fois, mais ce qu’il voyait, il le distinguait parfaitement.

D’accord avec mon diagnostic, je soumis ce malade aux préparations iodées, et je lui fis prendre des bains alcalins chauds.

Sous l’influence de ce traitement, les ganglions engorgés diminuèrent de volume, l’iris reprit sa mobilité, et la pupille, ses dimensions; aussi la vision est revenue ce qu’elle était auparavant. Ce malade fut présenté à la Société médicale finlandaise, en mai 1852, qui l’avait considéré comme à peu près guéri de sa tumeur et de son œil; et en effet, le 20 novembre 1853, époque à laquelle celte observation a été publiée, M. Willebrand a trouvé son malade parfaitement guéri.

Page 1