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OBSERVATION IV

(Observation LI de Lancereaux. Atlas d'anatomie pathologique. | Texte.) Hépatite proliférative liée à l’intoxication maremmatique ou

cirrhose paludéenne. — Périhépatite et périsplénite concomittantes. :

Legr..…., né à Limoges, homme robuste et d’habitudes sobres, contracte en 1862, aux portes de Rome, où il montait la garde, une fièvre tierce qui cède au sulfate de quinine après le deuxième accès. Depuis lors, et bien qu'il eût quitté Rome, sa santé est chancelante ; en 1864, il est pris d'une diarrhée tenace pour laquelle il entre à l'Hôtel-Dieu (salle Ste-Jeanne, n° 17), le 27 juin. Cette diarrhée existe depuis quatre mois, les garde-robes sont fréquentes, de cinq à six par jour ; les matières rendues sont jaunâtres et laissent voir des traces de sang. L’abdomen est météorisé.

La rate, considérablement hypértrophiée, dépasse de quatre travers de doigt le rebord costal, Le foie déborde d'autant ; le facies est amaigri, les traits sont tirés, la peau est sèche et jaunâtre. Le sous-nitrate de bismuth administré pendant plu-

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sieurs jours parvient à diminuer la fréquénce des selles, mais la diarrhée persiste encore, lorsque, le 20 juillet, ce malade demande à sortir. Il échappe ainsi à notre examen, et c’est l'année suivante seulement qu'il est totalement débarrassé de sa diarrhée; mais peu de temps après, il est atteint d’un ictère pour lequel il est traité à l'hôpital Saint-Louis, à l’aide du sulfate de quinine et de l’hydrothérapie. Cet ictère ayant disparu, ce malade se rendit à Limoges, où il travailla comme maçon ; mais l’ictère reparaissant, il revint à Paris, et entra cette fois à la salle Sainte-Agnès, n° 20, où nous pûmes l’observer de nouveau. À cette époque, atrophie des muscles du bras, peau sèche, jaunâtre, légèrement ictérique, œdème des malléoles, Abdomen volumineux, surtout au niveau des hypochondres; ce qui le fait comparer à un ventre de polichinelle; légère ascite. Le foie, volumineux, s'étend de la quatrième côte à la ligne ombilicale, à gauche, et recouvre la rate en partie. Ce dernier organe déborde de plusieurs travers de doigt, et atteint presque à la région iliaque. Quelques glandes lymphatiques sonthypertrophiées dans les aisselles et dans les aines. Les fonctions digestives s’exécutent, malgré un certain degré de faiblesse de l’appétit. Les organes thoraciques ne sont pas troublés. Cet état se continue sans changement appréciable, à part une légère aggravation de l’ictère. Mais, le 11 juin, la langue se sèche, le pouls monte à 100, la peau est chaude et des râles sont entendus à la base des poumons. L'œdème est plus prononcé aux jambes, et celles-ci, comme d’ailleurs les bras, sont parsemées de petites taches analogues à des taches de purpura. L'état fébrile diminue au bout de quelques jours, mais la santé de ce malade continue à s’altérer, la teinte ictérique acquiert une plus grande intensité. Le 15° août, les forces ont notablement baissé; le 16, surviennent des vomissements et une diarrhée abondante qui donnent lieu de croire à une atteinte de choléra ; le malade succombe le lendemain.

Autopsie. — Coloration jaune foncé de la peau et de tous

les organes, Un litre environ de sérosité est épanché dans la cavité abdominale. Le foie mesure dans son grand diamètre 36 centim. ; dans son diamètre vertical, au niveau du lobe droit, 28 centim.;au niveau du lobe gauche, 19 centim.; en épaisseur il a 12 centim. Sa face convexe est semée de deux larges plaques d'un blanc jaunâtre, saillantes, constituées par l’épaississément de là capsule, et conséquemment formées de tissu conjonctif. Il existe en outre, à la surface de cette capsule et du ligament suspenseur, de petites granula»= tions analogues à des tubercüles miliaires, mais en général plüs fermes, et quelques dépôts pseudo-membraneux qui maintiennent le foie adhérent au diaphragme. La coloration géné rale de cet organe est d’un gris rosé pointillé de noir, marbré de rouge foncé et de vert. Sa consistance est ferme, et son tissu résiste au doigt qui le presse; sa surface extérieure, coinme sa surface de section, est lisse, brillante, à l'exception dé quelqües points où existent dé fines granulations qui rappellent jusqu’à un certain point l’état granulé du foie des buveurs. Le microscope laisse voir la trame conjonctive et les cellules hépatiques simultanément altéréés. La première présente à la périphérie des lobules un épaississement notable et l'existence de jeunes cellules et de noyaux sphériques très réfringents. Les cellules hépatiques, granuleuses, renferment uñ pigment abondant et diversement coloré,

Les conduits biliaires sont libres et très larges, leurs glandulés sont facilement reconnaissables à l'œil nu. La vésieule normale contient un liquide biliaire d'un vert rougeâtre et très visqueux. La rate adhère au diaphragme par des mermbränes minces transparentes et vasculaires. Elle est plissée à sa Surface, revenue sur elle-même ; cependant elle à 28 centim. de largeur, 14 centim. de hauteur et 6 centim. d'épaissseur. Elle présente à sa surface des épaississements fibreux, sous forme de larges plaques blanchâtres. Ses vaisseaux sont larges, et comme les vaisseaux hépatiques, ils ont des dimensions en rapport avec celles de l'organe. Le parenchyme splé-

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nique est rouge, semé de traînées ou de points noirs siégeant à Sa périphérie ou dans sa profondeur, principalement sur le trajet des vaisseaux.

Les reins sont volumineux, semés à leur surface de petits kystes séro-gélatineux. Leur tissu est ferme, jaunâtre, pigmenté à la base des pyramides. La membrane muqueuse de l'estomac présente des plis saillants, quelques légères ecchÿymoses et un pointillé noir au niveau des orifices pylorique et cardiaque ; elle est de plus injectée, et sur quelques points, on y trouve des taches grisâtres qui lui donnent un aspect sale, comme si elle avait été barbouillée par un vernis noir. Les tuniques intestinales sont épaissies et pigmentées sur plusieurs points. La muqueuse duodénale présente une coloration verdâtre où violacée, elle est partout pointillée de noir.

Les ganglions mésentériques sont pour la plupart augmentés de volume et parsemés de taches pigmentaires, La pigmentation est abondante dans les ganglions voisins du pancréas. Cet organe est lui-même infiltré de pigment,

Le cerveau est mou, les ventricules sont larges, et l’épenz dyme qui les tapisse offre une teinte jaunâtre, Les vaisseaux cérébraux et méningiens sont dilatés, mais sans pigmentation appréciable des tissus.

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