‹ Des libertés de la Bourgogne d'après les jetons de ses étatsChapitre 10 sur 38 · POPULI SUPREMA LEX · texte numérisé non relu

POPULI SUPREMA LEX

Voici la copie du passage du registre des délibérations, A. 8 , folio 87, relative à ce jeton.

« Le 28 mai 1580, M. Pierre Michel, après avoir fait entendre sommairement le succès de ses poursuites en cour, a déclaré qu'il avoit, à son dit voyage, fait faire

des bourses de jetoirs d'argent et de copelle, en chacune des quelles y avoit cent jetoirs du poids de deux marcs selon qu'il est déclaré, les quels jetoirs les Elus ont ordonné être distribués à Mgr d'Autun, Elu de l'Etat ecclésiastique *, à M. de Montperroux , Elu de la Noblesse -, à MM. Petit, Vicomte-Maieur de Dijon, et Bretaigne, Elus du Tiers-Etat -, à d'Esbarre , Élu pour le roi •, au premier président de la Chambre des Comptes -, Colin et Milières, maîtres des Comptes ; de Monthelon et Morin , conseils des Etats-, Maillard, receveur; Souvert, greffier; Joly, administrateur du greffe , avec ledit Souvert , chacun une bourse , et une bourse à partager par moitié entre

deux syndics des Etats , ayant égard aux vacations extraordinaires. »

Le jeton de 1580 n'est que la traduction des événements contemporains , mélange de soumission à l'autotorité de la couronne et d'indépendance démocratique. Les Elus de la province demandèrent quelque réduction dans les impôts. Le chancelier d'O , pour réponse , leur fit redouter l'indignation du monarque , ajoutant que le peuple pour lequel ils s'intéressaient n'était que praticiens , manœuvres et paysans , faits pour porter le fardeau de l'Etat.

u Les paysans, répondirent nos députés, sont les pieds de l'Etat. Si vous leur imposez des fardeaux qu'ils ne puissent soutenir, vous écrasez à la fois son corps et ses pieds. Notre liberté vous prouve que nous avons confiance dans le roi , tandis que des flatteurs cherchent à le séduire. »

Ces remontrances n'étaient pas seulement dans les cahiers de la province ; elles se mêlaient aux fêtes les plus aristocratiques. Dans le cortège du baptême du fils de Mayenne , où se trouvaient les plus grands seigneurs de la province , on distinguait une charrue menée par des laboureurs escortés d'une garde d'honneur à cheval. Voilà ce qui se passait à Dijon en 1580 , quand fut frappé le jeton qui représente Mercure menant la province.

A cette époque , comme aujourd'hui , les événements marchaient vite. Il y eut cette même année , en Bourgogne, une assemblée extraordinaire des Etats; et un nouveau jeton fut publié. Il annonce que les camps se forment de part et d'autre , et que la guerre est au moment d'éclater.

Pour comprendre ce jeton , il faut se rappeler un trait de la vie d'Archimède. Un orfèvre , chargé de faire une couronne d'or pour le roi de Syracuse, avait mêlé du cuivre au précieux métal. Archimède chercha longtemps en vain par quel moyen il découvrirait la fraude. Mais un jour il sortit brusquement du bain sans s'apercevoir qu'il était nu , et se mit a crier : Je l'ai trouvé ! je l'ai trouvé !

Or, le personnage que notre jeton représente , c'est Archimède ; son nom est écrit en grec en face de lui. Il travaille à l'épreuve de la couronne , et la légende nous apprend qu'enfin il a découvert l'imposture : patet

FALLAC1A TANDEM.

L'allusion politique est frappante : le cuivre , c'est le Béarnais et surtout l'hérésie dont il était le soutien. L'or auquel le cuivre s'attache et se mêle , c'est la couronne de France qu'Henri de Navarre faisait semblant de soutenir, mais qu'il déshonorait par un vil alliage.

Les Dijon nais l'avaient vu traverser leur ville , allant au-devant du roi avec toute la cour; et ils s'étaient

mordu les lèvres pour ne rien dire. Aujourd'hui la fraude est patente : patet fallacia.

En effet, des pièces d'or partagées avaient donné le signal des hostilités. Les villes de Cahors et de La Fère venaient d'être prises ou saccagées par les Huguenots du Béarnais. Henri 111 , trompé , leva tout d'un coup trois corps d'armée qui arrêtèrent les progrès des rebelles. L'inquiétude , néanmoins , ne se calmait pas -, si l'on faisait partout des prières pour qu'il plût à Dieu de donner au roi un fils , qui lui succédât en ce tant saint royaume de France , des plaintes s'élevaient de tous côtés \ on déclamait contre les charges publiques et l'énormité des impôts ; on demandait des réformes ; la guerre des Pays- Bas excitait les haines -, le nombre des Malcontents grossissait sans cesse.

Cependant les Etats de Bourgogne s'étaient réunis de nouveau (mai 1584), et leurs Elus avaient frappé le jeton qui suit , exprimant plutôt un désir qu'une réalité ; car Henri III n'était pas digne d'être aimé

El clrea Regem atque ipsa ad tentorin denaee Miscentur, magnisque votant clamoribua hoetom.

En effet, on entendait partout le bruit des armes-, les chanoines de la Ste- Chapelle avaient des corcelets ; les épées brillaient jusque dans les jeux : on baptisa le fils du comte de Tavannes au milieu de Tournois à pied et à cheval ; l'enfant était porté par des guerriers montés sur un vaste théâtre roulant. « Nous sommes tous devenus guerriers , écrivait Pasquier à un de ses amis; le jour nous gardons les portes , nous faisons le guet la nuit. Bon Dieu ! que c'est métier plaisant à ceux qui en sont apprentifs ! »

Ce qui se passait à Paris se faisait à Dijon ; mais les Elus y rapportèrent le jeton qu'ils avaient fait graver dans la capitale avec celte légende royaliste : L'amoar du peuple garde le roi : plebis ahor régis custodia ; et cette pensée était traduite par un essaim d'abeilles voltigeant près d'une ruche et protégeant leur reine. '

1 C'est l'année suJFante, 1585, que Henri III, parle traité d'Epernay, tMa Beaune à Mayenne,

Le duc de Joyeuse, amiral favori du roi, est tué. « C'est une grande perte pour le royaume , disent les chanoines de la Ste-Chapelle ! Prions Dieu de se contenter à tant, et donner la grâce à notre bon roi d'en avoir vengeance et d'exterminer les méchants traîtres ! m

Le premier président , Denys Brulard , fit aux Etats un discours sur l'obéissance et l'affection que la Bourgogne avait toujours eues pour le roi , disant que S. M, désirait qu'il n'y eut qu'une seule religion dans le royaume.

Le jeton qui fut frappé quelques mois plus tard , rappelle encore la mémoire de Joyeuse ; on ne se console pas de sa mort :

Le souvenir de quelques avantages qu'il avait remportés Tannée précédente est consacré par une ancre entourée de deux branches de chêne, et surmontée d'un aigle aux ailes éployèes -• c'était l'image de l'amiral triomphant. La Bourgogne prit pour le jeton de ses Etats l'emblème du favori mort pour le roi sur le

champ de bataille , et écrivit pour légende ; melhjs meliora secutis. — La palme au meilleur parti.

L'opposition ne s'en montrait pas moins dans toutes les délibérations des Etats •, la remontrance était partout et se dressait contre le roi avec une audace jusque-là inouïe. On lui demandait des réformes , on révélait ses turpitudes -, la haine et le mépris le poursuivaient , tandis que la popularité de Mayenne croissait de plus en plus. L'ancre du jeton de Bourgogne , ce n'est pas le symbole de l'amiral ; l'aigle qui se dresse sur cette ancre, ce n'est plus la victoire du favori-, c'était peut-être le génie du catholicisme et le symbole de sa foi : melius

MELIORA SECUTIS.

Le 2 juillet 1588, on publia à Dijon que la paix était faite entre le roi , les princes et tout son peuple ; qu'Henri avait juré de ne souffrir en son royaume que la religion catholique. On chanta un Te Deum à la Ste-Chapelle, le duc de Mayenne y assista au milieu d'un nombreux cortège de gentilshommes. Le Parlement y vint enrobes rouges , avec la Chambre des comptes, le maire, les échevins et une foule considérable. Le soir, on fit des feux de joie sur la place de la Ste-Chapelle-, on y alluma une magnifique folière, au milieu de laquelle on éleva une grande figure représentant la Ste Foi. Sur la terrasse de l'église et jusque dans son clocher , on avait mis

des feux , des hautbois . des étendards -, et l'artillerie éclatait partout en signe de réjouissance.

Mais tout ce mouvement fortifiait plus le parti des Guise que celui du roi : on avait complètement oublié la fastueuse médaille du couronnement : manet ultima coelo ; ou plutôt on ne s'en souvenait que pour en plaisanter -, voici Tépigramme qu'elle inspira :

Binas qui dederat, unam aufert, altéra nutet; Ultima toosori radenda ad claustra remansit.

Le 23 décembre 1588 , Henri III fit assassiner à Blois le duc et le cardinal de Guise. Mayenne , leur frère , était à Lyon -, il quitta les bords du Rhône où il devait être poignardé , vint en Bourgogne, s'assura des princicipales villes , fit célébrer à la Ste-Chapelle un service pour le repos de Fâme de ses frères, et courut à Paris. Sens , Orléans, Chartres, Lyon , Toulouse , Rouen , Marseille, Bourges, la Picardie, la Provence, la Champagne, se soulevèrent : Henri III avait pris l'écharpe blanche. Mayenne fut proclamé lieutenant -général du royaume et protecteur de l'Eglise.

En Bourgogne , le parti des rois s'était retranché sur les plateaux de Flavigny et de Semur. Le reste du pays était ligueur à quelques exceptions près , et Dijon , capitale de la province , était le centre de la résistance , le quartier-général de la Ste-Union.

Nous étions en pleine guerre civile; les camps étaient tranchés ; les Parlements et les Etats étaient distincts ; les familles elles-mêmes étaient divisées, car le comte de Tavannes était en Bourgogne le lieutenant des rois , et le vicomte , le lieutenant de la Ligue.

Aux Etats ligueurs, assemblés en octobre 1590, on jure de vivre et de mourir dans la sainte Foi, et de ne reconnaître pour roi aucun hérétique ni fauteur d'hérésie. Quelques mois après on frappa à Dijon cette curieuse pièce:

Servet ftUAM prima itECEPiT. La Bourgogne , représentée ici par ses armes , veut garder la foi qu'elle a reçue la première, et qu'elle a donnée aux rois francs. « S'il y a province qui doibve estre provoquée et ais- » guillonnée d'un ardent zèle pour la défense de sa re- » ligion , disait alors le président Brulard , c'est ceste » province par-dessus toutes les autres. Les historiens " rapportent que les Bourguignons ont reçu la Foy ca- » Iholique avant tous les autres , les premiers de tous

» les subjects du royaume de France : le roi Clovis fut » faict crestien par le moyen des prières et persuasions » de Clothilde de Bourgogne. »

Le jeton des Etats où ce discours fut prononcé en est donc une évidente émanation. Le serpent qui entoure les armes de Bourgogne et suit la légende , c'est le catholicisme , sa mère immortelle dans les bras de laquelle la province respire à l'aise , et dont elle ne veut pas se séparer : SERVET....

Au revers , c'est la victoire que se promet la Bourgogne sous les bannières de sa foi traditionnelle : victrici fidei. Une couronne est représentée dans le centre du jeton , dominée par la croix , pour montrer que ce diadème est sacré , et qu'il ne doit pas être déposé sur une tête hérétique. A droite et à gauche sont les palmes de la victoire, que la croix promet à la Sainte-Union, symbolisée par une arche d'alliance sur laquelle deux mains se pressent. On venait de jurer, de vivre et de mourir dans la religion de Clothilde.

Les Boyalistes , unis aux Huguenots sur les rochers de Semur, voulurent aussi avoir leur jeton d'Etats ; il fallait prouver qu'ils avaient une organisation complète, et que la Bourgogne était avec eux. Le 5 septembre 1592 , MM. de Cypierre, Fyot, Filzjean , Brocard et Humbert

étaient réunis à Semur dans la maison et sous la présidence de M. de Crespy. Il fut décidé qu'on ferait 800 jetons d'argent, et 1,200 de cuivre :

Comme le jeton de la Ligue , le jeton royaliste représentait, d'un côté , les armes de Bourgogne , moins la légende du jeton ligueur. De l'autre côté, et à la circonférence , on lisait ces mots : pbo patria jurata mas us ; PRO bege deoque. — Alliance pour la patrie, pour le roi et pour Dieu,

Dieu était représenté par le tétrogram maton hébreu , rayonnant au ciel ; la patrie, par une femme debout , couronnée d'une ville , et portant une palme de la main droite. Le roi , c'est la figure en pied d'Henri IV, couronné , couvert du manteau royal fleurdelisé et tenant te sceptre des rois. Au centre . est un autel sur lequel les trois Etats , symbolisés par trois mains réunies , jurent de servir Dieu , le roi , la patrie.

Il en est toujours ainsi ; les ambitions de tous les partis se cachent sous le masque du bien public. Quoi qu'il en soit , le jeton de la Ligue est resté , cel ui des Royalistes s'est perdu; le dessin que nous en donnons est fait d'après un croquis contemporain , conservé dans le registre des délibérations des Etats de Semur.

Depuis cette époque jusqu'en 1600, il n'est pas certain qu'il y ait eu des jetons d'Etats, du moins, nous n'en avons pu découvrir; mais il existe trois jetons particuliers qui se rattachent à la Ligue en Bourgogne. Qu'il nous soit permis de les citer en l'absence des autres. Voici le premier; il appartient à un homme qui occupe une large place dans l'Histoire contemporaine , et qui était un des officiers des Etats :

Guillaume Le Gouz, seigneur de Vellepesle, avocat du roi , conserva ses fonctions pendant la Ligue, et se trouvait en relation directe avec Mayenne, qui tenait lieu de roi. Le Gouz était un des plus anciens officiers de la cour, d'un esprit indépendant et d'une grande énergie. Après

l'assassinat des Guise , la lettre d'Henri III au Parlement ne fut pas enregistrée ; mais , le 2 janvier 1 589 , Le Gouz entra au Parlement avec une requête , et il fut résolu qu'il serait immédiatement enjoint à tous les habitants de Dijon de se pourvoir d'armes pour la conservation de leurs personnes , de leurs familles , de leurs biens et pour la sûreté de la ville -, — à la municipalité, d'employer tous les habitants , sans distinction , à la garde des portes et des corps de-garde , le jour et la nuit -, — qu'il serait fait défense de parler du roi sans respect , ou de tenir des propos séditieux , à peine d'être pendus et étranglés.

Le 23 mars , l'avocat du roi prêta serment entre les mains du premier président et jura l'observation des articles de la Ligue. Ses collègues s'étaient retirés depuis les troubles : a Je suis seul , disait-il , à supporter le poids des affaires. »

C'est lui qui demanda des conclusions contre ceux qui s'étaient retirés à Flavigny pour y établir un Parlement opposé à celui de Dijon -, — c'est lui qui provoqua l'enregistrement des lettres par lesquelles Mayenne demandait qu'on prît les armes pour marcher contre les rois; — c'est lui qui fit rayer des expéditions de justice les noms des baillis portant les armes pour les hérétiques; — c'est lui , enfin, qui demanda la publication,

en forme d'ordonnance, d'une lettre particulière que le prince gouverneur lui avait adressée. Elle avait pour but de faire cesser les hostilités qui se commettaient sur les habitants des campagnes et les animaux de labour, sur les femmes et les enfants.

Les Politiques avaient promis une somme considérable à Lartusie , pour l'engager à ouvrir les portes de la cita- . délie de Ghalon , dont il était gouverneur, et à recevoir dans cette place des troupes royalistes. Ce capitaine les laissa dans la persuasion qu'il trahissait son devoir ; fit semblant de livrer la citadelle, et l'on sut bientôt qu'il avait en ses mains et l'argent qui devait acheter la place et les hommes qui devaient la garder.

Guillaume Le Gouz écrivit à Lartusie pour le féliciter, et entraîna le Parlement dans sa démarche.

Aussi Le Gouz figurait au nombre de ceux qui étaient destinés à la mort si la conspiration royaliste avait réussi. C'était un homme d'action , comme il en faut dans les grandes circonstances : c'est lui encore qui, dans le moment suprême, avait eu la pensée de daguer les politiques de la cour, de faire saisir, pour continuer la guerre , toute la vaisselle d'argent qu'on trouverait dans la ville, et d'y introduire une forte garnison qu'on logerait chez les Royalistes , politiques et malintentionnés.

Le jeton de M. de Le Gouz de Vellepesle, 1592, porte

les armes que la famille de Saint-Seine conserve encore aujourd'hui. La légende est ainsi conçue : guillelmls

LE GOUZ, REGIS CONSILIARIUS ET AGTOR FISGI GATHOLIGI

Le sens est clair, à part cependant les derniers mots qui ont trompé plus d'un lecteur. Actor fisci est du latin classique, signifiant avocat du fisc, ou ce qui est la même chose, avocat du roi. Mais , comme on aurait pu se demander lequel, le mot catholici indique que M. Le Gouz appartenait au parti qui avait pour antagonistes les Politiques et les Huguenots de Semur.

Le revers du jeton présente une devise composée d'une lance et d'un porte-voix placés en croix l'un sur l'autre. Elle est encore toute personnelle. La lance, c'est une des pièces du blason des Le Gouz ; c'est le signe caractéristique d'un homme hardi et belliqueux , qui , pendant la lutte dont il était spectateur, eut plus d'une fois la pensée d'échanger sa robe d'avocat contre le casque et l'épée. Vellepesle, — Valle- Pelle est écrit en toutes lettres au pied de la lance de famille.

Quant au porte-voix qui coupe le signe héraldique et le caractérise, c'est la traduction de l'office d'avocat. L'avocat n'est-il pas littéralement un porte-voix? Ce n'est pas un instrument banal , tortu, parlant sur tous les tons , pour le mensonge comme pour la vérité} l'avocat ne

doit plaider que pour le droit : laus recti -, — semblable

au souffle qui court dans le tube en ligne droite, sa voix ne doit point suivre des chemins tortueux, mais aller droit au vrai : spiritus et recte currit. La légende ajoute : ac hortatur. Gicéron se sert de ce mot pour signifier, conseiller les juges , et César pour haranguer des soldats.

Au reste, l'énergie de M. de Vellepesle n'était pas isolée ; le maire de Dijon avait pour devise, en 1591, un diamant placé entre l'enclume et le marteau , et pour légende ces mots , qu'eût acceptés l'avocat du roi : pro-

BUS ILLiËSUS ET INEXPUGNABILIS :

Ce n'est pas seulement par la parole et les armes qu'un parti se défend ; les ateliers monétaires ont une puissance qui n'a jamais été méconnue. Les Politiques de Semur, qui avaient compris ce que valait un jeton d'Etat, ne tardèrent pas à sentir la nécessité d'une fabrique de monnaies, et établirent à St-Jean-de-Lône, qui était en leur pouvoir, un atelier rival de celui de Dijon. Mais

pour tromper le peuple, habitué à regarder cette dernière ville comme l'âme du pays, les Royalistes voulu-

rent faire croire que leurs pièces sortaient de la capitale , en leur donnant le P et les riolets distinctifs de la monnaie dijonnaise.

Si elles avaient été de bon aloi, le mal eût été moindre ; mais fausses, elles introduisaient le désordre dans le commerce. Les marchands qui les recevaient étaient obligés , pour ne rien perdre , d'élever le prix de leurs denrées. Ceux qui avaient des testons et des quarts d'écu, leur donnèrent naturellement une valeur excessive et arbitraire •, et la foule fit ouïr de grandes clameurs.

Pierre Canquoin , prévôt des monnaies de Dijon , procéda à l'analyse des pièces de St-Jean-de-Lône, et il fut prouvé que les ennemis de la Ligue pouvaient, à l'aide de cette fausse monnaie, gagner cent écus par jour et avoir ainsi de quoi faire la guerre et tout perdre. » D'ailleurs , est-il dit dans la requête des Elus de la » province et des Echevins de Dijon, le peuple, voyant » le nom du roi de Navarre sur ces monnoyes, où il est » qualifié de roi de France , s'accoustumera par là à le

» reconnoître pour tel Ceux de St-Jean-de-Losne

» feront ce qu'ils pourront de leurs monnoyes : mais il » n'est pas juste que nous les recevions en cette ville ; » autrement nous nous infecterions, et rentrerions au » mal qui couroit lors du décri. »

En présence de la fausse monnaie qui inondait le

pays , il fallait rappeler qu'il y avait en Bourgogne une Chambre où se jugeaient les faussaires et quiconque se trouvait en contravention avec les ordonnances. Pierre Canquoin , qui en était le prévôt sous la Ligue , fil donc graver le jeton portant sou titre.

Le nom du prévost est d'un côté ; de l'autre on distingue six pièces de monnaie , des coins , le marteau , et une fleur qui sort du milieu de ces signes du travail , comme une rose d'un buisson d'épines. C'est ce qu'a voulu dire le prévôt , en écrivant cette légende : LàBOrarb ET lstàri. Travailler d'abord, jouir ensuite.

Ces rares jetons nous rappellent divers côtés de nos guerres civiles ; mais depuis cette dernière époque jusqu'en 1600, nous n'en trouvons plus; on se battait. Enfin, Henri de Navarre , entré à Dijon, alla baiser la croix à la Ste-Chapelle , y entendit la messe et dit tout baut le Conjiteor. Il fil le lendemain ses dévotions avec sa cavalerie presque tout entière, monta à cheval et marcha contre les Espagnols qu'il battit à Fontaine- Française.

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