CHAPITRE VI
Henri IV, roi de France.
La guerre civile était finie , et l'autorité religieuse sauvée ; mais il est impossible de dire les maux que cette lutte avait amenés. Dans son testament de 1 580 , J. de Vintimille, qui fut inhumé à Saint-Michel de Dijon, s'exprimait ainsi : « J'ai vu tant de batailles, assaults , destructions de villes et villages et une perte si grande d'hommes advenus par les guerres civiles , qu'il m'est resté peu d'espérance d'acquérir le repos que j'ai depuis si longtemps désiré.... J'ai vu et je vois encore croître les scandales.... Ce n'est que voleurs par les
champs , meurtres et aguets par les villes , impiétés et violences, hypocrisies et superstitions, tromperies parmi les artisans , rébellion des sujets , cruautés des grands ; bref , une si grande corruptile en toutes sortes de gens, qu'il semble le monde être en sa catastrophe , ou que Dieu nous abandonne à notre sens pour nous tirer à cette conflagration universelle et refaire un monde nouveau. . . »
Voilà le triste tableau que faisait , en 1580 , un conseiller au Parlement de Dijon. Cependant, on n'était pas encore arrivé à l'assassinat des Guise , après lequel les calamités furent inouïes. Gabriel Brenot, autre conseiller du Parlement, écrivait en 1595, dans un curieux journal qui n'a pas encore été publié : « M. de Biron va contre Nuits qui est cerné. Tous les pauvres villages sont pillés, perdus, déserts, et les tilles et femmes qu'on peut attraper sont prostituées. »
Le XVI e siècle fut rempli d'horreurs. Les Etats de Bourgogne, en 1599, cherchèrent les moyens de soulager les campagnes et d'y ramener des habitants -, ce car, estil dit dans leurs délibérations, plusieurs villages sont inhabités depuis les troubles, et les terres non cultivées. »
L'espérance , enfin , renaissait. On commença le XVII e siècle avec la paix et en se promettant des temps meilleurs. Voici le jeton que firent graver les Elus de 1599 :
L'une de ses faces porte la légende : s.ëcli helioris ORico. — Commencement d'un siècle meilleur. Le temps, armé de sa faulx, montre du doigt le cadran d'une horloge soutenue par une des mains du roi de France et de Navarre, qui tient son sceptre de l'autre. Le monarque est assis devant l'écusson de France , sa conquête ; ses pieds foulent des lances, des épées, des étendards, emblèmes de la guerre ; et des branches d'olivier, qu'on aperçoit au niveau de la fleur-de-lis du sceptre royal, apprennent que la paix commence. Ce coté du jeton est une réminiscence classique :
Maguus ab iotegro sœclorum nascitur ordo ; Te duce, si qua manant sreleris vestigia nostri , Irrita perpétua suivent for mi dîne terras.
Quand , au commencement du XVI* siècle , on bâtissait le beau portail de St-Micbel , l'artiste qui sculpta la curieuse console de la colonne divisant en deux l'entrée de la porte principale, représenta dans un coin de ce petit chef-d'œuvre la paix mettant le feu aux attributs
de la guerre. Il ne se doutait pas qu'il traçait les premiers traits de l'histoire d'un siècle sanglant. Il en sera de même pour le XVII» siècle qui s'ouvre sous de beaux auspices ; nous verrons bientôt que les blessures, faites par la guerre civile , se guérissent difficilement.
Le jeton de 1600 fut tiré à mille exemplaires en argent ; ils furent mis en dix bourses de velours et donnés aux trois Elus des Etats, au Vicomte-Maieur de Dijon, aux deux députés de la Chambre des Comptes, à l'Elu du roi et aux deux greffiers. Celle qui restait fut partagée entre les procureurs syndics, qui eurent chacun cinquante jelons. '
Mais , pour assurer le repos et le bonheur publics , il fallait à la couronne un héritier , et Marguerite de Valois était stérile. Son mariage fut dissous en 1599 , et le 27 septembre 1601 , Henri IV eut de Marie de Médicis un fils qui fut Louis XIII. Le jeton des Etats consacre cet événement ;
1 Dom Edme de Lacroix. Jean Damas, de Lu marre, le maire de Dijon, Chasot, Maillard. Espiard, Joly, Savol, Legros et Baudouin. — On promit une bourse à chacun des deux avocats des Etats.
La Bourgogne, c'est le vaisseau toujours battu par les flots. Les deux étoiles qui brillent et dirigent le navire représentent le roi et la reine, dont le fils , héritier présomptif, a pour symbole le dauphin couronné. On l'aperçoit sur les vagues , s'appuyant sur une ancre, qui empêche le navire d'errer à l'aventure : tuta salo et coelo.
Sous cette apparente tranquillité que le ciel et la terre garantissent, il y a bien des écueils et des maux cachés. La province est accablée de dettes, les communautés sont ruinées, les particuliers souffrent ; toute la France tremble encore des secousses qu'elle vient d'éprouver. La Bourgogne ignorait sans doute , sous les lauriers de ses victoires , que le duc de Biron , son gouverneur, ourdissait une conspiration qui devait amener de nouveaux déchirements.
Les Etats de 1602 furent ouverts par le duc de Biron, ainsi placé entre l'ambition du conspirateur et les intérêts du roi dont il était en Bourgogne le représentant militaire-, il caressa la province, parut touché de ses maux et empressé d'y porter remède } mais il ne parla pas de la fidélité due au roi. Au lieu de 40,000 écus que celui-ci demandait pour les nécessités du royaume, il ne lui en fut alloué que 16,000. Biron trouva moyen de se faire voter, pour lui seul, une somme équivalente à celle qu'on venait de donner à la France.
Un mois après , les Elus qui avaient été dupes , défendaient au receveur du pays de rien délivrer au traître, et d'employer à l'acquittement des dettes publiques les sommes que les Etats lui avaient allouées. On arrêtait quelques obscurs instruments de la conspiration ; on faisait évacuer les châteaux de Dijon, Beaune, Chalonet Saulx-le-Duc , où Biron avait placé ses hommes ; et quelques jours plus tard , l'ambitieux gouverneur avait la tête tranchée. On ordonna la démolition des châteaux de Saulx-le-Duc, de Beaune, de Vergy, deTalant, de Semur, d'Autun, de Montbard, de Bourbon-Lancy, des forts de Losne et de Bremur, des récentes fortifications deMalain,deVitteaux,d'Epoisses,deCuiseaux,deSemur et de plusieurs maisons forles appartenant à des particuliers. Il ne fut pas question du château de Dijon dont nous voyons encore aujourd'hui les tours. Il resta debout comme une espérance commune. Quoi qu'il en soit, impossible de dire la joie que causa la chute de ces châteaux , et l'empressement que mirent les Etats à les démolir. C'est pendant que ces murailles tombaient que parut le jeton qui précède. On accorda une bourse de plus qu'à la précédente triennalité. Elle fut donnée au premier président de la Chambre des Comptes, pour reconnaître ses services , mais sans engagement pour l'avenir.
La conspiration était étouffée } la Bourgogne avait pour gouverneur le Dauphin , sur qui reposait la tranquillité publique , et pour lieutenant-général , le grand écuyer de France, Roger de Bellegarde. Mais nos finances étaient dans un état déplorable; les Alcades rédigèrent un long et curieux mémoire destiné à signaler et à réparer leur désastre. Cependant, à la vue de recueil qu'elle venait d'éviter, et confiante dans l'avenir, la Bourgogne fit frapper un jeton où respire un véritable enthousiasme; c'était Tannée que saint François de Sales prêcha le Carême à la Ste-Chapelle de Dijon. !
Henri IV n'est plus une simple étoile attachée au firmament, c'est Jupiter Olympien armé de sa foudre, et porté dans les nues par un aigle aux vastes ailes , qui
1 II logea rue Vannerie , dans un corps de bâtiment dépendant aujourd'hui de l'hôtel Breteni ères. Cette partie de l'hôtel, la plus silencieuse, la plus propre au recueillement et à la méditation, est occupée maintenant par M. Paul de Bretcnières ; du temps du saint Evéque, elle appartenait à M. l'avocat de Yillars. Elle est dans le jardin, à droite en entrant. La tradition, confirmée par lus registres de la ville, garde le souvenir de l'illustre et saint personnage : on a conservé a l'ancienne maison le nom d'appartements de saint François.
. u:ut plus haut . s'il e>t possible : et si QLID
v». la terre on distingue une table couverte d'un
.. -.> mhiu'î de fleurs-de-lis et de dauphins, pour rappeler
ao le gouverneur de Bourgogne est Mgr le fils du Roi.
\u initie de la table de la Chambre provinciale, est
représenté un cœur ardent, dont les flammes se dirigent
\crs Henri IV qui trône dans les cieux
i)v. genre de flatterie avait de la vogue; on voit encore dans le château de Tanlay, contemporain de la Ligue , un cabinet dont le plafond , en forme de rotonde , conserve de précieux restes d'une fresque , au centre de laquelle est placé le roi sous la figure de Jupiter Olympien.
Henri IV, l'admiration de 1 Europe, fut bientôt pris pour arbitre entre les Etats de Hollande et l'Espagne, qui finit, après quarante années de guerre, par reconnaître, grâce à notre Jeannin, l'indépendance des Provinces- Unies. C'est à cette occasion que les trésoriers de France, de Bourgogne et de Bresse frappèrent collectivement une médaille qui représente le roi de France , l'épée au côté, les pieds sur des débris d'armes et son sceptre étendu sur le globe; ce qu'exprime parfaitement la légende : tandem arbiter orbis -, il était à l'apogée de sa puissance.
Gaston d'Orléans naquit alors. Les Etats de Bourgo-
gne, qui avaient fait éclater leur joie à la naissance du Dauphin , virent dans le nouveau-né la confirmation de leurs espérances. Cette fois ils oublièrent la province pour penser à la commune patrie; car le jeton qu'ils frappèrent en 1609 proclamait la sécurité des Gaules :