‹ Des libertés de la Bourgogne d'après les jetons de ses étatsChapitre 9 sur 38 · PREMA LEX ESTO · texte numérisé non relu

PREMA LEX ESTO

La pensée intime de la Bourgogne était évidemment l'alliance de la liberté et de l'autorité; mais elle redoutait autant les excès de Tune , cachés dans les principes de Calvin, que les tendances naturelles de la monarchie absolue. Celle-ci n'était pas à craindre ; bien que deux fois couronné , le roi avait des affections de boudoir et une faiblesse d'esprit qui pouvaient le déshonorer , sans porter ombrage aux franchises de la province.

Quant au protestantisme , qui lâchait les rênes à l'esprit et divinisait ses conceptions ; dont les idées et les armes étaient soutenues par Genève et l'aristocratie allemande-, dont les missionnaires et les rettres franchissaient à la fois nos frontières ; les unes semant le doute et le mépris de l'autorité , pendant que les autres , sous la conduite de Casimir, mettaient toute la Bourgogne à feu et à sang -, le protestantisme , enfin , fut considéré comme une invasion qui devait aboutir à l'anarchie ou au despotisme.

Les pensées se portèrent donc vers le catholicisme et le roi , les deux puissances radicalement attaquées. Un cri d'alarme se fit entendre dans toute la province -, les confréries du St-Esprit se formèrent (à Àutun, c'était la Confrérie de Ste-Croix) ; on demandait à Dieu qu'il donnât au roi la force tf extirper V hérésie; on frappa de» médailles qui portaient ces mots :

domine , CONSERVA nos ; — Sauvez-nous, Seigneur!

La Ste-Cha pelle rappelait au roi qu'il avait vaincu à Jar-

nac et à Montcontour ; elle le représentait l'épée haute,

couronne en tête, et lui prédisait, dans une légende

flatteuse, qu'il remporterait encore la victoire :

JUSTUS UT PALHA FLOREB1T.

Ce méreau , aux armes de la Ste-Chapelle de Dijon , fut frappé à l'occasion de la première cérémonie de l'Ordre du St-Esprit, institue par Henri III en mémoire de ses avènements aux couronnes de France et de Pologne , le jour de la Pentecôte.

l'ignore par qui furent frappées les médailles portant l'image d'un puits , avec ces mots :

PUTElfS AQUARUM V1VENTIUM.

Ce qu'il y a de certain , c'est qu'elles se rattachent aux grands événements qui préoccupaient alors tous les esprits. L'eau qui donne In vie, ce n'était pas celle qui venait du lac Léman ; mais celle dont Jésus parlait à la Samaritaine. Ce n'était pas cette liberté qui attaque toute civilisation; mais cet heureux mélange de raison et de foi, de dogme et de philosophie, d'autorité et de liberté, qui se trouve aux racines mêmes de la nature de l'homme, puteus aqcarum viVENTiUM ; c'est là qu'il faut puiser , disaient nos aïeux , si vous voulez avoir la vie.

Au-dessus de cet acte de foi , matériellement figuré . on distinguait le vieux briquet bourguignon, dont l'acier qui fait f ffa pour la défense de la province s'appuie sur la croix deSt-André. Ce souvenir du passé, qui surgit toutà-coup, n'était-ce pas l'annonce des guerres qui allaient éclater ?

La Bourgogne avait accueilli avec enthousiasme un jeune gouverneur. Sa femme , la duchesse de Mayenne , accoucha en 1580; toute la ville fît des feux de joie au bruit des cloches et du canon. Les rues furent tendues de tapisseries : on voulait faire honneur au baptême de l'enfant, mais tous avaient les yeux sur le père. Un grand char portait des joueurs de violes , de luths et d'orgues. Les neuf Muses et Apollon y trônaient, dominés par Mars, le dieu de la guerre, emblème du gouverneur. Des acteurs chantaient en plusieurs langues et de diverses manières les louanges de la maison de Lorraine : Mayenne triomphait ; toute la Bourgogne suivait spontanément son chef.

Les Etats voulurent le représenter sous les traits de Mercure, messager ailé de Jupiter, guidant la province.

EGET ARTE REGENTIS.

On sentait que la lutte était imminente et qu'il fallait se ranger sous le drapeau du puissant gouverneur. Mercure marche le premier, entraînant la Bourgogne que

représente un personnage portant une bourse, par allusion aux privilèges du pays, dont l'un consistait à voter l'impôt. Ce personnage , tout en gardant la bourse, confesse son impuissance, abandonné à lui-même : eget arte regentis. Il suit le messager des dieux, il abdique en sa faveur et lui dit : Marche, je te suivrai , mais n'oublie pas que le salut du peuple est la loi suprême : salus

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