‹ Des libertés de la Bourgogne d'après les jetons de ses étatsChapitre 13 sur 38 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Louis XIII. — Richelieu.

Les Etats de Bourgogne s'assemblèrent au mois d'août 1611, et leurs Elus publièrent, la même année, le jeton qui suit :

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Le roi est mort , vive le roi ! C'est une ingénieuse fiction •, cependant on ne peut s'empêcher de sourire , quand on voit une légende si pompeuse et un soleil en plein midi appliqués à un enfant au berceau. Hictotum respicit orbem. il regarde le monde tout entier-, et tout

le monde a les regards fixés sur lui : hunc totus respicit orbis. Cela pouvait peut-être se dire d'Henri le Grand dans toute sa puissance, quand il eut terrassé la Ligue et assuré l'indépendance de la Hollande •, mais , lorsqu'on prodigue à un roi de neuf ans des images et des compliments de cette sorte, on est à la veille de prendre les figures à la lettre et de mettre la couronne au-dessus de la loi.

Les trois personnages qui sont debout devant la ville aux clochers, sont les trois représentants des Ordres, le Clergé, la Noblesse, le Tiers-Etat-, ils avaient coutume, à chaque triennalité, d'aller en cour contempler le soleil. Cependant, ses rayons n'ont point encore éclipsé les libertés bourguignonnes. Les formes obséquieuses et incessamment renouvelées des Etats prouvent que la gloire et la puissance du roi pesaient sur eux -, mais la vie et les traditions provinciales n'y étaient pas étouffées ; elles ne restèrent pas sur les champs de bataille. La loi que Cicéron réveillait dans son immortel traité De Legibus, quand la République romaine allait périr : salus populi suprema lex esto, la Bourgogne la gravait toujours sur ses jetons. Quand elle passa sous le sceptre de Louis XI, elle lui fit jurer de respecter ses franchises. Tous les rois ses successeurs ont prêté serment de ne jamais porter la main sur cette arche sainte. Elle a traversé nos guerres

civiles . elle est arrivée intacte au seuil du XYU' siècle , à travers des flots de sang. La Bourgogne, vaincue, vit Henri IV s'incliner devant elle. Avant de passer la porte St-Pierre , et devant les marches de la Ste-Chapelle de Dijon , le roi de France et de Navarre jura de ne point toucher aux libertés du pays : salcs populi surema lex.

Aussi bien, en 1599. les Etats décidèrent qu'il ne fallait pas enregistrer le récent édit du roi en faveur des Protestants. On réduisit à deux les représentants de sa Chambre des Comptes dans celle des Elus. Celui du roi, voulant sans doute profiter de la splendeur de son maître, prétendait avoir un siège d'honneur dans la représentation du pays. Le pays décida que l'homme du roi n'aurait séance qu'après le Tiers-Etat. Enfin , cette même année, la Chambre de nos Elus fit dresser le tableau de ses privilèges ; elle le suspendit à ses murailles pour rappeler aux ministres de la province qu'ils étaient en péril et que c'était à eux de les garder.

On consentait à faire sur des morceaux de cuivre l'apothéose du roi , tout en protestant quand il paraissait vouloir nous saisir à la gorge. Henri IV avait nommé un gouverneur spécial pour la ville de Dijon ; le Vicomte- Maicur se leva : a Mon droit, dit-il , est de commander ici dans l'absence du gouverneur provincial. » La Bourgogne garda ses libertés; elle lutta avec avantage contre

l'augmentation croissante des privilégiés, dont l'effet était de surcharger la masse imposable. Il faut voir avec quelle énergie Cyrus de Thyard , évêque de Clialon , plaida la cause de nos libertés qui était avant tout celle du peuple.

Hais les entraves qu'on apportera finiront par les paralyser. Louis XIII est déclaré majeur. La Bourgogne, qui venait de tenir ses Etats triennaux, frappa un jeton dont la légende est littéralement celle de 1580 : eget ARTE REGENTIS :

Cette fois , la province n'est plus représentée sous la figure d'un homme qui tient la bourse et suit Mercure ; c'est un vaisseau qui a ses mats et ses cordages , mais dont les voiles sont pliées , qui reconnaît son impuissance comme le bonhomme de 1580, et le besoin d'un pilote pour se diriger : eget. C'est un acte de foi et hommage au monarque qui venait de prendre son sceptre dans le lit de justice du 2 octobre 1614. La vassale se met à genoux devant son suzerain et abandonne ses

mains dans les siennes. II y eut cette année encore des Etats généraux de France, mais tout ce qui se passe autour de nous annonce que ce sont les derniers ; nous verrons bientôt en honneur l'axiome : Que veut le roi si veut la loi.

La régence fut orageuse-, la reine et Goncini d'un côté , les princes de l'autre , formaient deux camps rivaux. Le prince de Condé fut enfermé à la Bastille , puis le maréchal d'Ancre assassiné , sa femme décapitée et Marie de Médicis reléguée à Blois. D'un autre côté les Protestants, qui n'avaient pas abandonné leurs projets anciens , profitaient de ces dissensions et se mettaient du parti des mécontents. Le peuple de Paris faisait cause commune avec eux contre la reine-mère et ses Italiens. La haine qu'il leur portait ne fut point apaisée par la mort du maréchal : on déterra son corps, et on le brûla après l'avoir traîné par les rues.

La Bourgogne n'était pas pour les Italiens -, son président Jeannin avait été renversé par la maréchale d'Ancre , et les remontrances de nos députés prouvent assez que nous étions parmi les mécontents.

Aux Etats, ouverts au mois de. novembre 1618 , le duc de Bellegarde et le premier président ne parlent que du roi, des qualités dont il est doué comme par la grâce de Dieu; ils recommandèrent à la province de respecter

toujours les ordres du roi, qui n'agira , disait te premier président, qu'au pied de la raison et pour le bonheur de ses sujets.

Cependant, l'année suivante, la reine-mère sortit de prison et se réconcilia avec la cour par la médiation de Richelieu. Les rayons du soleil, qui jusqu'ici avaient été sans force, devaient acquérir, en traversant la régence représentée dans le jeton de Bourgogne par une glace intermédiaire, une vertu qu'ils n'auraient pas sans elle. C'est, je pense, ce que veut dire le jelon frappé par nos Elus au moment de la réconciliation des tils et de la mère :

La légende traduit par ces mots le corps de la devise : alter OPE ALTERins ; — Vun avec le secours de l'autre. En effet , la paix faite entre le roi et sa mère semblait promettre à la France la tranquillité dont elle avait tant besoin, et le triomphe sur les ennemis publics.

Mais les Huguenots, mécontents de la part qui leur avait été faite , voulurentdéfinitivements'emparer de la

France , la protestantiser, et la partager entre leurs chefs pour établir une sorte de République fédérative.

Dans cette grave circonstance, le roi convoqua extraordinairement les Etats de Bourgogne (novembre 1621), et leur demanda 400,000 liv. pour ramener la paix troublée par les rebelles. « Tous les moyens, dit Brûlard, ont été employés pour conserver en liberté de conscience ceux de la prétendue religion réformée; mais le roi, ayant reconnu leurs pernicieux desseins par leurs délibérations de la Rochelle , est contraint de s'y opposer par la force des armes. » — « Le roi, dit Jacques Viguier, vient d'arracher plus de soixante villes * à la puissance des Huguenots , et aujourd'hui même il assiège Montauban. »

On ne vota qu'une partie de la somme demandée ; mais l'année suivante les Etats ordinaires s'assemblent; un envoyé du roi s'y présente et dit : « Le roi , qui fait » rouler son canon depuis huit mois, a épuisé son tré- » sor.... Dans cette nécessité, il n'a recours au Pape, à » l'Espagnol ou aux Vénitiens ; vous êtes ses enfants,

» il est votre père-, voyez ce qu'il désire de vous 11

» s'agit en cette guerre de la gloire de Dieu et du bien

1 Cette année , 1621 , on construisit à Dijon une fontaine ornée d'une figure d'Hercule, fondue avec deux canons fournis par la ville.

» de l'Etat.... Nous sommes à la crise du mal ; le roi » espère en voir la fin cette année.... Si j'étois capable » de vous donner un conseil , je vous dirois : Vos pré- » décesseurs ont acquis la gloire d'avoir rendu un grand » service à François 1 er . Imitez -les aujourd'hui qu'il » s'agit de délivrer l'Eglise , l'Etat et le roi, qui sont en » péril.... Accordez-lui ce qu'il désire de vous-, on dira » que vous avez aujourd'hui célébré le jour de votr » naissance , et appelé les autres provinces à maintenir m la plus grande monarchie du monde. »

Malgré les efforts d'éloquence de l'envoyé du roi , le succès fut incomplet , mais l'assemblée du mois d'août suivant lui accorda 450,000 liv. -, et le jeton de Bourgogne, qui ne parut que l'année suivante, rappela qu'il n'y avait de salut que dans l'accord des provinces et de l'autorité , ou , comme on disait alors , entre le soleil et la terre :

La couronne de France est exprimée par le lis, qui ne peut se tenir debout et dans son éclat , sans le concours

simultané de la chaleur du soleil qui est le roi , et de la sève qui vient de la terre ou des provinces : firhat sol,

eddcat ihbbb.

La paix fut faite le 23 octobre 1623 ; mais nous allons voir qu'elle ne fut pas de longue durée ; les libertés provinciales s'anéantiront dans les douleurs de la guerre.

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