‹ Des libertés de la Bourgogne d'après les jetons de ses étatsChapitre 27 sur 38 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Louis XV. — Confirmation des libertés. — Dettes. — Rareté du numéraire.^-Système de Law. — Amolissement. — Condé. — Vigne.

La première chose à laquelle pensèrent nos Etats après la mort de Louis XIV, fut la confirmation par son successeur des libertés de la province. « Après le décès de » Charles, dernier des ducs de Bourgogne, dirent les » Elus dans le cahier de leurs remontrances , les Etats » se mirent sous l'obéissance de Louis XI, qui jura de » respecter leurs usages et leurs privilèges. Ils ont » été confirmés depuis par les rois ses successeurs, » nommément par François I er , Henri II et Charles IX-, » Votre Majesté est donc très humblement suppliée de » les confirmer à son tour. »

Nos franchises furent confirmées, et les Elus de la tricnnalité suivante nous montrèrent cette fois le soleil se levant sur la ville de Dijon :

Mai 1718—1719.

Le jeton qui est sous nos yeux ne représente que le soleil se levant sur la cité bourguignonne, mais il est incomplet-, les meilleurs exemplaires laissent voir à droite un tertre couronné du village de Talant, au-dessus duquel on peut apercevoir une petite étoile, image du prince de Condé. Dans le marché fait avec l'artiste parisien ', il est dit en effet : « Il y aura sur l'autre coin un » soleil levant, précédé de l'étoile du matin. »

Malgré ce beau spectacle, la Bourgogne était encore loin d'être heureuse. Les emprunts continuels, les sommes extraordinaires fournies par les Etats, la perte générale des blés en 1709, les inondations des années

1 Le graveur s'appelait Jean Du Vivier ; on voit ses initiales D. V. sur la ligne de base ù gauche.

suivantes, la mortalité qui avait frappé les bestiaux et produit dans la province une perte de quatre millions 500,000 livres, la diminution des espèces qui en avait coûté près de 400,000, étaient des maux qui accablaient la Bourgogne, disent nos registres, sans qu'elle eût espérance de se relever.

L'argent était rare ; les intérêts de la dette provinciale atteignaient annuellement la somme énorme de 600,000 livres ; l'impôt du dixième de toutes les rentes augmentait la détresse et se levait un peu arbitrairement.

Depuis la mort de Louis XIV, la situation du pays était donc la même ; mais il espérait tout du prince de Condé, auquel il fait dire par le jeton de cette triennalité : vos me ductore beabit, — laissez-moi vous conduire et le roi fera votre bonheur. — C'était probablement rappeler une promesse faite par le tout-puissant gouverneur.

Les Etats furent convoqués en 1721 et frappèrent un nouveau jeton ;

Mai 1721—1722.

La même pensée s'y renouvelle. Cette fois V étoile brille en haut, et la province, personnifiée dans ses trois Ordres par des oiseaux sauvages, est entraînée vers le soleil qui se lève à l'horizon. Us disent en se précipitant à tire-d'aile dans les rayons du grand astre : Nous avons le môme guide que lui : nobis dcx idem solique. Tout gravite vers la monarchie absolue sous la direction du prince de Condé, chef du conseil royal de la régence, et qui devint Tannée suivante, après la mort du duc d'Orléans, le premier ministre de la couronne. C'est alors que notre devise était absolument vraie : nobis dux idem.... a J'ose me flatter, dit le comte de Tavannes à » l'ouverture des Etats, que Mgr le Régent, touché de » l'empressement de ce grand prince, se portera volon- )> tiers à vous accorder les grâces dont il est le juste » dispensateur. »

La Bourgogne n'en était pas moins, elle aussi, sous le coup du système financier de Law, dont les conséquences désastreuses prolongèrent, en les augmentant, les maux des guerres passées. Nous ne connaissons pas le texte des remontrances de 1719 -, le cahier qui les contenait a disparu f -, mais, en 1722, nos Elus dirent au

1 H a été arraché du volume qui en contient la collection textuelle et signée des rois.

roi : « Les malheurs des temps sont cause d'une infinité » de banqueroutes, non-seulement parmi les marchands, » mais parmi les bourgeois et autres personnes de l'état » mitoyen... Le principal commerce de la Bourgogne » roulant sur les rentes, il n'a plus lieu depuis qu'il a » été défendu de contracter à un denier plus fort qu'au » denier cinquante. Aussi les particuliers manquent de » tous secours pour la culture des biens qui font toute » la richesse de la province. Le défaut de circulation » de l'espèce expose les débiteurs de sommes exigibles » à de vives contraintes de la part des créanciers. Ceux » qui ont encore quelque argent ne peuvent se résoudre » à le prêter à un intérêt si bas -, de là, une perte pour » celui qui en a besoin et celui qui le garde en son coffre, » où il est infructueux à lui-même et à l'Etat. »

Ils demandent au roi de faire revivre l'édit de Louis XIV qui établit le denier vingt, et font entrevoir qu'autrement il leur sera impossible de trouver à faire des emprunts pour acquitter les charges de la province.

Ses libertés, comme on l'a dit récemment, étaientelles pour quelque chose dans l'enchaînement des maux qu'elle souffrait depuis des siècles? On n'accusera pas des franchises qui n'existaient plus guère qu'en principe , moins encore la résistance d'une opposition des esprits habitués à l'obéissance depuis l'orageuse session

qui finit à Noyers. Us laissèrent le duc d'Orléans faire ses orgies ; le Parlement eut à peine la liberté d'élever la voix, quand la valeur numéraire des espèces eut été augmentée trois fois au-delà du prix ordinaire. Il n'y eut pas la moindre émotion, lorsque parut le fameux édit qui défendait à tout Français d'avoir chez lui plus de cinq cents francs. Dans la disette entière des espèces, lorsque la foule se pressait pour aller recevoir en échange d'un papier décrié quelques monnaies nécessaires à la vie, y eut-il ombre de rébellion? La cupidité et l'amour des plaisanteries avaient pris dans les âmes la place de l'honneur et du dévouement; elles s'étaient affaissées dans le matérialisme et l'indifférence en toutes matières, hors celle de l'intérêt. La régence, qui devait être agitée, fut le règne de la paix et des plaisirs.

La ville de Dijon répéta presque trait pour trait le jeton des Etats. Comme le prince deCondé menant vers le roi la province toujours un peu sauvage, le Vicomte- Maieur, dont l'élection s'était probablement faite sous l'influence du gouverneur, se fit représenter à la suite de l'aigle, emblème du prince de Condé, et entraînant avec lui les Dijonnais vers le soleil. La légende est positive :

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