CHAPITRE XXII
Suile. — Jetons k face royale. — Bataille de Fontenoy. — Paii d'Àii-la-Chapelle. — Dernier coup porté aux libertés.
Les Elus de 1739 firent donc frapper en 1740 le jeton qui suit :
Louis XV, en manteau royal, prend possession du jeton de Bourgogne-, il porte le collier des Ordres, la perruque bouclée et flottante, dépouilles de Louis XIV, et pour légende : uid. xv hrx christianissinus.
Cette présence du roi sur le jeton de Bourgogne ne coïncide pas seulement avec la mort du duc do Bourbon, gouverneur de la province, et l'avènement d'Hippolyte de Beauvilliers ', qui n'était pas à la hauteur des princes qu'il remplaçait ; elle coïncide encore avec la paix honorable qui donna la Lorraine au roi Stanislas, après la mort duquel la France devait en prendre possession : c'était une des plus glorieuses époques du règne de Louis XV.
Mais la paix de Vienne ne fut pas de longue durée ; le jeton de la triennalité suivante n'a plus l'image du jeune monarque togatw, tranquille sous son manteau et les boucles de sa chevelure ; il a tressé ses cheveux et endossé la c
Le pacitique cardinal de Fleury était mort , et la France se trouvait obligée de soutenir une guerre ruineuse contre la Savoie, la Hollande, l'Angleterre et
1 Duc de Saiul'Aigpan.
l'Autriche. Louis XV fit sa première campagne eu 1744 ; et, quand nos Elus de 1745 frappèrent leur jeton, il mirent une couronne de laurier sur la tête du roi :
Ses succès, en Flandre, avaient été rapides, et la bataille de Fontenoy avait enlevé aux Anglais 9,000 hommes et quarante pièces de canon.
A chaque victoire que la France remportait, le roi offrait inutilement la paix : « Me vaudrait-il pas mieux » avoir la paix, dit-il après la bataille de Laufeld, que » de faire périr tant de braves gens? »
Elle fut enfin conclue à Aix-la-Chapelle, au mois d'octobre 1749. Cette année-là, la Bourgogne frappa un jeton qui, à part une nouvelle branche de laurier placée sur la poitrine du roi, n'est que la reproduction du précédent. LouisXV n'a pas quitté la cuirasse; le jeton provincial parut donc avant la conclusion du traité, qui fixa la succession d'Autriche en l'assurant à Marie-Thérèse.
Hais quand fut gravé le jeton des Etats de 1751, il y avait longtemps que celte paix était conclue; Louis XV, comme Louis le Grand en 1688, fut représenté avec les insignes d'Hercule, non pas franchement et dans l'attitude d'un homme fort, debout, une main sur la hanche, l'autre sur une massue, avec la légende du jeton de Louis XIV : il ASSEURE mon repos, mais avec une timidité évidente et presque accusatrice : il faut y regarder à deux fois pour distinguer, sur l'épaule du buste royal, un bout presque équivoque de la dépouille du lion de Némée :
Juin 1751 — 1752.
Ne croyez pas cependant qu'après Louis XIV, il ne restât rien à prendre aux Etats. C'est sous le règne de son faible successeur, à l'époque où son buste paraît sur le jeton provincial, que fut porté le coup mortel qui leur enleva le dernier souffle de vie. En 1 742 et en 1 744, pendant que la Bourgogne avait pour gouverneur le duc
de St-Aignan, entre la retraite des filles du marquis de Nesles et l'avènement de M me de Pompadour, parurent de fatales ordonnances qui dépouillèrent la province de ses plus beaux et de ses plus utiles privilèges. La noblesse avait eu jusque-là le droit de nommer son Elu ; le règlement du 14 mai 1742, émané de l'autorité royale, l'anéantit.
Il restait un frein qui devait embarrasser les mouvements de ces administrateurs depuis longtemps hommes du roi plus que ministres du pays et ses représentants. Je veux parler des Alcades, magistrats indépendants qui jouissaient du droit d'initiative et de censure, qui avaient l'œil sur la gestion des Elus et les comptes du trésorier, qui prenaient la parole dans l'assemblée des Etats pour accuser ou absoudre. Or, le même règlement contraignit les Alcades à ne présenter leurs remarques qu'après les avoir communiquées au secrétaire d'Etat et au commissaire royal, libres d'en retrancher tout ce qui leur déplaisait. Ainsi tomba le dernier et plus puissant rempart de la constitution bourguignonne.
Ce ne fut pas assez : on poursuivit l'administration et les franchises jusque dans les tombeaux. Après s'être réservé la nomination de l'Elu du Clergé qui avait le droit de convoquer la Chambre et d'y présider, qui, en cas de partage des opinions, y avait voix prépondérante,
— en 1744, pour empêcher qu'à la faveur d'un décès les libertés ne rentrassent dans la province, le roi voulut qu'au cas de mort de l'Elu du Clergé, lui seul, S. M., eût le droit de pourvoir à la place vacante pour le reste de la triennalité.
Même disposition pour l'Elu du Tiers-, s'il ne fut pas question de celui de la Noblesse, c'est que son élection avait été abandonnée à la cour depuis deux ans.
Mais il y a une chose à laquelle le Conseil d'Etat ne toucha pas, qu'il respecta et confirma solennellement : l'article xiv de l'arrêt précité maintint les Etats et la Chambre des Elus dans le droit de se faire précéder d'huissiers dans les marches et cérémonies, et les huissiers dans celui de porter des verges et des baguettes ! On nous laissa les signes du pouvoir, les couleurs, les pompons et autres hochets de vanité avec lesquels s'amusèrent les enfants amollis et ricaneurs du siècle de Louis XV.
Le jeton de Bourgogne est une preuve de cette indifférence. Du temps de Colbert, quand Louis XIV était dans toute sa force, jamais nos Elus ne mirent sur les jetons de la province la face même du monarque, avec ses titres et l'appareil du trône. On faisait bien quelquefois de profondes salutations à Phébus rayonnant , mais c'était un hommage qui avait ses intermittences et ses
variations, qui permettait à la Bourgogne d'être, de
parler, d'enlever à son jeton le symbole royal pour faire allusion aux gouverneurs du pays ou à un événement. On ne chassait point la province de la scène pour la laisser entière au roi : la Bourgogne avait sa personnalité gravée sur les deux faces de son jeton, envers et contre toutes les splendeurs et les triomphes de Louis le Grand. Sous son faible successeur, les arrêts du Conseil d'Etat entraient dans la province sans trouver d'opposition ; au contraire, ils avaient presque toujours parmi les Elus des intelligences qui livraient la place. Le jeton de cette époque prouve qu'elle est prise sans résistance et que le roi y a établi son autorité permanente et absolue. Il est partout, dans les Etats, chez le gouverneur, chez le lieutenant-général, à l'intendance, chez les Elus et les Alcades, à la Chambre des Comptes-, il s'est posé jusque sur le jeton provincial qu'il gardera paisiblementcomme le sceau de sa conquête, tant qu'il y aura des Etats et des jetons ; car, quelque différence qu'il y ait entre Louis XIV et Louis XVI, entre les idées monarchiques de l'un et de l'autre, l'habitude maintint jusqu'en 1789, sur le bronze des Etats de Bourgogne, la face du roi de Fiance et de Navarre.
LUDOVltUS XVI BKX CHRISTIAN ISS. 1789.
Après de si longs combats pour la liberté , nos Etats furent abolis : l'Assemblée constituante avait commencé une ère nouvelle.
Face du médaillon de la page 243.