HI.D.XXX
Mirebeau, Marcigny-sur-Loire,Bourbon-Lancy, Semuren - Brionnais , Vitteaux , Montcenis , tout le comté d'Auxonne? Evidemment les petites villes ont été sacrifiées aux grandes. — Je ne suis pas l'apologiste aveugle d'un passé qui avait ses raisons d'être -, mais l'Histoire est un juge impartial qui doit recueillir avec d'autant plus de soin ce qu'il y a de sage dans une institution , qu'elle a été attaquée avec plus d'acharnement. Non , les petites villes ne faisaient point partie de la Grande- Roue, pas plus que dans l'ordre ecclésiastique les chanoines et les prieurs ; mais elles en formaient un autre qui avait, dans la machine administrative, des fonctions d'une grande importance : elles donnaient la majeure partie des alcades.
Les alcades composaient un conseil de censure , dont l'institution se perd dans l'antiquité. Ils avaient pour mission de proposer au pays des choses utiles. Ce n'est pas tout , ils surveillaient les opérations de la Grande- Roue , qu'elle s'appelât Grandes-Villes , Noblesse ou Clergé. Après chaque triennalité , les Elus généraux , avant de déposer leurs porte-feuilles , se trouvaient en face des alcades. Après avoir examiné les plis et les replis des registres administratifs , les faits et gestes de ces ministres responsables , les alcades leur disaient à la face des Etats assemblés : Vous avez bien fait ou mal agi ;
vous êtes des traîtres ou vous avez rempli votre mandat en hommes d'honneur.
Ces redoutables fonctions, attribuées par nos lois aux alcades, constituaient un tribunal suprême , qui protégeait la province contre Terreur, la négligence , le mauvais vouloir ou l'ambition de ses administrateurs. Ne dirait-on pas que cet établissement est une réminiscence des beaux temps de la République romaine, alors qu'un citoyen , librement choisi par le peuple , surveillait les sénateurs , protégeait les plébéiens , s'opposait aux progrès du luxe, et formait une digue vivante contre le vice et la corruption.
Remarquez encore que sur sept alcades, qui composaient la commission d'initiative et de censure, il y en avait cinq qui appartenaient plus ou moins directement à la classe inférieure. A côté des deux alcades de la Noblesse , il y avait les deux alcades du Clergé , pris audessous des évêques, des abbés et des doyens ; il y avait encore les trois alcades du Tiers-Etat, qui jouissait du privilège d'en avoir un de plus que les autres Ordres '.
Ainsi, chose jusqu'ici peu remarquée, la Grande- Roue ou le grand Conseil était jugé par le petit , la cité
1 Les trois alcades du Tiers étaient pris l'un dans la grande Roue, l'autre dans la petite , le troisième , dans l'une des comtés du Charolais , Ifâeonnnis ou Bar-sur-Seine.
par le bourg, le haut personnage ecclésiastique par le tribunal de ses humbles serviteurs. Dans la constitution bourguignonne, le Tiers-Etal était mieux partage que partout ailleurs. Ne dirait-on pas, je le répète, que nous sommes sous l'influence du vieil axiome : Salvs populi suprema lex?