CHAPITRE IV
Série des Jetons des Etats de 1575 à 1630. — La Ligue.
Rendons hommage à Pierre Jeannin dont la fermeté venait de sauver la Bourgogne des horreurs de la Saint- Barthélémy -, mais n'oublions pas que le principe de sa résistance était dans les mœurs de la province et dans ses libertés. Si la centralisation absolue avait existé à cette époque,~il y aurait eu ici , comme sur les bords de la Seine, des flots de sang répandus.
L'année suivante, en 1573 , Charles IX fut obligé de transiger avec la Bourgogne, qu'il voulait soumettre à un expédient financier, malgré des droits acquis et les
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calamités publiques. Déplus, comme il faisait en même temps des coupes fréquentes et désastreuses dans les bois de la province, ses députés lui dirent en toute liberté : « Prenez ce qui vous est dû ; mais en mettant arbitrairement la hache dans nos bois , vous épuisez les ressources de l'Etat , et vous empiétez sur les droits du peuple , que vous privez ainsi des usages qu'il a dans les forêts. »
Cette résistance prouve qu'au moment où nos jetons paraissent, il y avait de l'énergie dans les traditions locales, ce qui n'excluait pas le respect dû à la juste autorité de la couronne. Le 31 janvier 1575, Henri III, roi de France et de Pologne , traversa la province , de Lyon àLangres, au milieu des vivat et des feux de joie. L'artillerie gronda sur les remparts-, les cloches sonnèrent à toute volée ; des processions religieuses sortirent de toutes les églises en signe d'allégresse , et faisant des vœux pour le nouveau roi. Dijon, le centre de l'opposition bourguignonne, se distingua entre toutes les autres villes. Partout se firent entendre les cris de vive le Roi ! La place de la Ste-Chapelle fut le théâtre d'une jolière féerique -, Y infanterie dijonnaise fut occupée toute la nuit à jouer jeux et ballades. « Impossible , dit un » témoin oculaire, de pouvoir décrire les grandes ré- » jouissances qui se firent , le tout en louant et regra-
» ciant la divine bonté , la priant qu'elle nous veuille » garder notre roi. »
Les Etats se réunirent quelque temps après , votèrent un don gratuit, appelèrent le roi leur naturel et souverain seigneur, et s'en dirent les sujets affectionnés et très obéissants.
La médaille qu'ils frappèrent est celle qui suit : Deux couronnes posées sur la terre rappellent que Henri III est à la fois roi de France et de Pologne. La troisième est au ciel parmi les étoiles; c'est l'expression des vœux de la Bourgogne , qui la lui montre comme une conquête à faire : manet ultimà coelo. — Une autre lui est réservée dans les cieux.
Mais , dans cette apothéose , il n'y a pas de fétichisme ; le revers du jeton , comme la voix de l'esclave placé sur le char des triomphateurs, disait à l'oreille du prince une vérité sévère mais fondamentale : salus populi su-