HISTORIQUE
Le 7 mars 1855, Huguier a présenté à la Société de chirurgie un homme de 56 ans, atteint de lipomes multiples symétriques à la nuque, au tronc et aux membres. C’est le premier fait publié.
Un second cas, rapporté dans la Gazetle des Hôpitaux en 1863, a ètè observé par Foucher à l’Hôtel-Dieu.
Deux faits ont été publiés en 1868 : un dans la thèse inaugurale de Darbez (Paris), un autre dans la thèse de Vaerneveck (Berlin). Dans le Lancet de 1873 on trouve une observation de Holgmann, une autre de Bryck suivie d'intervention chirurgicale a étè publiée en 1874. En 1878, Lascarides prend pour sujet de sa thèse : Les lipomes symétriques ; il rapporte deux cas dont un suivi d’opération, tous les deux observés dans la clinique du professeur Lücke à Strasbourg ; il s’abstient de toute question de théorie.
Dans le XXXIII° volume des Medico Chirurg. Transactions, Blizard-Curling publie deux cas très curieux qui coïncidaient chez les enfants avec un arrêt de déve-
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loppement du cerveau constaté à l'autopsie. Dans le même recueil, volume LXIX, Morrant Backer et Antony Bowley publient une étude sur treize cas observès tous chez des hommes de 23 à 45 ans, alcooliques. L’examen histologique de quelques-unes de tumeurs a êté fait par Hutchinson et Mac Cormac; les auteurs pensent qu’il y a rapport entre cette affection et les maladies des ganglions lymphatiques. D’autres faits se trouvent : un dans la thèse d’Ehrenwall (Würzbourg, 1879), deux dans le British Medical Journal 1881, un de Smith, l’autre, très brièvement mentionné, d’Augustin Prichard. En 1885, M. Mathieu relate un cas dans les Archives de médecine. Plusieurs observations des plus intéressantes se trouvent dans la thèse de M. Krohn qui veut attacher la production des lipomes à la diathèse arthritique, opinion de son maître, M. Verneuil. Clutton publie à peu près à la même époque trois observations dans les S. Thomas Hospital reports. Dans cette même année, 1886, la question vient devant le neuvième congrès de mèdecinsetnaturalistes allemands; Lücke, Küster, Brasmann, Israel, y ont apportè des faits personnels ; tous ont exprimè la conviction que la symètrie ne pouvait s'expliquer autrement que par une influence du système nerveux, sans toutefois spécifier cette influence.
En 1887, dans la Deutche Zeitschrift für Chirurgie, le professeur de la clinique chirurgicale de Yourieff (Dorpat des Allemands), de Wahl publie un mémoire trouvé dans les papiers de son assistant Grosch, malheureu sement mort trop jeune. Le mèmoire est intitulé : Séudien über das Lipom. L'auteur analyse 716 observations de
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lipomes solitaires où multiples et arrive aux conclnsions suivantes :
1° Il y a une loi constante dans l’ordre de distribution de lipomes sur la surface du corps ;
2° Cette loi est celle de la distribution normale de la graisse dans la couche cellulo-adipeuse sous-cutanèe ;
3° Les glandes de la peau, sudoripares et sébacées président à cette distribution ; |
4 La formation des lipomes est la conséquence d’une perturbation dans les fonctions sécrétoires des glandes cutanées, perturbation qui diminuant l’excrétion de la graisse par la peau, favorise son accumulation dans la couche sous-cutanée.
À partir de ce moment tous les travaux faits à l’étranger comptent avec cette théorie. Les uns acceptent la manière de voir de Grosch, tels Hennigsen, Wedel, Tillmans, Rosenstirn, Riedel, d’autres Koettnitz, Tikhoff, formulent des objections.
En France, à propos d’une observation de M. Bucquoy, la Société médicale des hôpitaux s’occupe de la question. : MM. Bucquoy, Desnos, Mathieu, Siredey, Antony rapportent des observations et prennent part dans la discussion. La conclusion générale des débats est que influence du système nerveux est manifeste, mais l’arthritisme est regardé comme le terrain nécessaire à la production de ces tumeurs. L'origine nerveuse, myélopathique, est également admise par M. Bouju, auteur d’une thèse sur ce sujet (1892) ; en plus de faits connus il donne une observation personnelle d’un tabêtique porteur d’un grand
nombre de ces productions énigmatiques.
Depuis cette époque, plusieurs observations ont èté recueillies tant en France qu’à l'étranger, mais si on peut dire que tout le monde est d’accord sur le rôle du système nerveux, le mécanisme de son action reste encore à élucider.
PATHOGÉNIE. ÉTIOLOGIE
Comment et pourquoi se forme un lipome en général?
« On ne sait pas grand Chose sur les causes qui provo- « quent l’apparition des lipomes », dit M. Reclus (Wanuel de Pathologie externe, t. I. p. 188) ; » ils seraient plus « fréquents chez les arthritiques. Les traumatismes, les « pressions répétées ont une influence indiscutable... « Le plus souvent il se montre sans cause appréciable et « dans des cas, fort rares d’ailleurs, en telle abondance, « qu’on prononce le mot de « diathèse lipomateuse ». « On à parfois signalé leur symétrie ».
M. Quénu de son côté écrit dans l’article du Traité de chirurgie de Duplay et Reclus, p. 434.
« Verneuil a notè la fréquence du lipome de la «nuque chez les forts de la halle, celle du lipome « sacrolombaire chez les porteurs de bandages... D’au- «tre part, il ne manque pas d'exemple de proces- « sus inflammatoire aboutissant à la formation de vérita- « bles productions lipomateuses. Ilest probable que toutes «ces causes ont pour intermédiaire la production d’un «tissu embryonnaire et une néoformation de vaisseaux et « que cette espèce de vascularisation transitoire devient un
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« terrain favorable au même titre qu'un nœvus au déve- « loppement exagérè du tissu adipeux ».
M. Bucquoy à propos du malade qu’il a prèsenté à la Socièté médicale des Hôpitaux (Bull. médical, 21 juin 1891) s'exprime ainsi : :
« Küster a admis que ces tumeurs (Lipomes syméêtri- « ques) étaient d’origine nerveuse, cela paraît, en effet, « bien vraisemblable. Dans un travail sur Ce sujet, « M. Mathieu ideatifie les lipomes diffus, multiples et « symétriques avec l’ædème rhumatismal (pseudo-lipome) « de Potain. Je 1e vais pas aussi loin, je reconnais cepen- « dant une parenté entre les deux maladies, et je pense « qu'elles sont d’origine névropathique. Quoiqu'il soit « assez exceptionnel de voir les masses graisseuses se « dèvelopper sur des rêgions atteintes de névralgies ou « d’autres accidents nerveux, j’admets qu’il s’agit dans ces « cas d’un trouble nerveux, d’une trophonévrose ».
Nous savons déjà que c’est également la conclusion du travail de M. Bouju.
M. Krobn (Les lipômes sont-ils d'origine arthritique ? Thèse de Paris, 1886) au contraire attache la plus grande importance à l’arthritisme, comme cause efficiente des lipomes, M. Siredey réduit lui aussi le rôle du système nerveux « à une influence gènèrale vague apprèciable seulement dans la distribution des tumeurs ». « Il « faut, dit-1l encore, évidemment chercher la cause « dans une altération primitive de l’organisme. « M: Mathieu avait déjà montré les relations étroites qui « existent entre la diathèse rhumatismale et les néoplasies « lipomateuses, et surtout la parenté du lipome avec le