Circulation des Circonvolutions
Les recherches de Duret ' sur la circulation de l'encéphale, dont nous avons déjà dit un mot à propos de l'aphasie, sont importantes à connaître pour les circonvolutions cérébrales. Elles établissent dans une certaine limite l'indépendance circulatoire de certaines régions de l'écorce, et montrent en tout cas la possibilité des lésions limitées que nous aurons à citer plus haut.
Les artères des circonvolutions viennent toutes de trois sources : la cérébrale antérieure, la sylvienne ou cérébrale moyenne, et la cérébrale postérieure.
^ Duret; Rech. anat. sur la circidalion de l'encéphale {.Arch.de Physiol.-, 1874, noM, 2, 3, 4, 5 et 6).
b2 DES LOCALISATIONS
Au lieu de diminuer progressivement de calibre, comme les artères des membres, les artères cérébrales émettent sur tout leur trajet des ramuscales très-fins que l'on appelle des arborisations : des gros troncs , comme des rameaux secondaires , naissent des arborisations, et les arborisations forment un ensemble parfaitement défini et très-régulier d'où naissent perpendiculairement les artères nourricières, qui pénètrent dans la substance nerveuse.
De plus, et c'est là un caractère très-important , ces arborisations ne s'anastomosent pas entre elles , quoi qu'en aient dit certains auteurs ^ .
Enfin, si l'on étudie la distribution des artères et de chacune de leurs branches, on voit que le territoire de chacune d'elles est assez constant. Voici la distribution générale de ces artères.
A. Cérébrale antérieure. — Cette artère donne d'abord des branches pour les deux tiers internes de la face inférieure du lobe frontal : ce sont les artères frontales interne et inférieure. Elle donne ensuite trois branches : 1 . L'artère frontale interne et antérieure vascularise à la face externe les première et deuxième circonvolutions frontales , et à la face interne la partie antérieure de la première circonvolution frontale; — 2. L'artère frontale interne et moyenne vascularise la circonvolution du corps calleux et l'étage au-dessus, en arrière de l'artère précédente jus-
1 « Gadiat ne partage pas cette opinion exclusive, ou plutôt, pour parler plus exactement, il admet des anastomoses plus larges que celles que décrit M. Durât. » ( Decaisne-, Des parai, corticales du membre supérieur ; Th. Paris, 1879. ) On admet cependant encore d'une manière générale que « la disposition anatomique de ces vaisseaux est telle, d'après les recherches de Duret et de Hubner, que les artères des ganglions de la base peuvent demeurer perméables, alors que les artères corticales sont obstruées par des embolies. Il en résulte que le ramollissement peut être limité à la substance grise corticale et à la moelle sous-jacente, sans qu'il y ait la moindre lésion des ganglions de la base ; c'est ce qui arrive souvent. » (Ferrier; De la localisation des maladies cérébrales-, trad. de Varigny. Paris, 1878, pag. 62.)
DANS LES MALADIKS CÉnÉBRALIiS. 83
qu'au lobe quadrilatère; — 3. L'artère frontale interne et ^postérieure vascularise le lobe quadrilatère, ou avant-coin, et va jusqu'à la scissure occipito-pariétalc.
En résumé, cette artère vascularise : 1** les deux tiers internes de la face inférieure, toute la face interne et les deux circonvolutions supérieures de la face externe du lobe frontal (c'est-à-dire tout le lobe frontal, sauf la troisième circonvolution et la circonvolution frontale ascendante ); 2° toute la face interne du lobule pariétal ; 2»" la circonvolution du corps calleux.
B. Artère sylvienne. — Cette artère fournit quatre branches : 1. L'artère frontale externe et m/ërie-wre vascularise toute l'épaisseur de la troisième circonvolution frontale ( face inférieure et face externe ) et les deux premières pyramides antérieures del'insula. On pourrait appeler cette artère V artère de l'aphasie ; 2. L'artère pariétale antérieure vascularise la circonvolution frontale ascendante, l'extrémité postérieure de la deuxième circonvolution frontale et les deux pyramides médianes de l'insula; 3. L'artère panétale postérieure vascularise la circonvolution pariétale ascendante et le lobule pariétal supérieur ( tout ce qui. est au-dessus de la scissure inter-pariétale); 4, L'artère parzétosphénoïdale vascularise le reste du lobe pariétal ( ce qui est au-dessous de la scissure inter-pariétale ) et la première circonvolution temporale (en d'autres termes, le lobule du pli courbe , le pli courbe et la première circonvolution temporale, c'est-à-dire tout ce qui entoure le fond de la scissure de Sylvius) .
En résumé, cette artère complète la vascularisation du lobe frontal en se distribuant à la troisième circonvolution et à la frontale ascendante. Elle vascularise ensuite toute la face externe du lobe pariétal et la première circonvolution temporale.
Ce qu'il y a de remarquable, c'est que tous les centres moteurs dont nous parlerons tout à l'heure se trouvent
précisément dans le territoire de l'artère sylvienne ' , qui est, à proprement parler, Vartère des centres moteurs corticaux.
G. Artère cérébrale postérieure. — La cérébrale postérieure, qui nous intéresse beaucoup moins au point de vue particulier qui nous occupe, donne trois branches : 1. L'artère temporale antérieure., destinée surtout au lobe sphénoïdal; — 2. L'artère temporale postérieure, qui complète la vascularisation du lobe temporal au-delà de la scissure parallèle ; — 3. L'artère occipitale, destinée surtout au lobe occipital.
La distribution de toutes ces artères est très-importante à connaître, notamment pour expliquer le développement des ramollissements limités. On prévoit en effet, par leur description, le territoire qui sera ramolli après l'oblitération de telle ou telle de ces branches. Pour montrer tout de suite l'intérêt clinique de ces recherches anatomiques, je rappellerai quelques observations de Gharcot dont j'ai déjà parlé, ou sur lesquelles je reviendrai.
Dans plusieurs cas, Gharcot a vu l'oblitération de l'artère frontale externe et inférieure (première branche de la sylvienne) entraîner le ramollissement de la troisième circonvolution frontale, qui se traduisait pendant la vie uniquement par l'aphasie, sans aucune espèce de paralysie. — Dans un autre cas, le même médecin a vu l'oblitération de la pariétale postérieure (troisième branche de la sylvienne) entraîner le ramollissement de la circonvolution pariétale ascendante qui se traduisait par une hémiplégie, quand au contraire il trouva, chez un autre malade, l'oblitération de la frontale interne et postérieure (troisième branche de la cérébrale antérieure) ayant produit la destruction de tout
^ Il faut cependant excepter le lobule paracentral, que Gharcot a démontré faire partie de la région motrice, et qui est vascularisé par la cérébrale antérieure et non par la sylvienne.
le lobe carré (plaque jaune) ; il n'y avait eu aucun indice de paralysie correspondante. De môme, dans un autre fait où une large partie du lobe sphénoïdal était ramollie par oblitération de la cérébrale postérieure, il n y avait eu non plus aucune espèce de paralysie.
On voit qu'il y a, dans toutes ces recherches, plus qu'une curiosité anatomique, il y a une base sérieuse pour les recherches cliniques.