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I. — Historique

Quoique je ne veuille pas traiter ici de l'aphasie in extenso\ je crois cependant utile de résumer les traits principaux de l'historique, afin de rendre à chacun ce qui lui est dû. C'est du reste là, en somme, l'historique même des localisations cérébrales.

Le symptôme aphasie a été décrit depuis bien longtemps ; on en trouve déjà des cas sommairement indiqués dans Pline le Naturaliste" . Seulement ce signe était en général confondu avec d'autres troubles delà parole; c'est ce que font notamment les deux F^ank^ Les documents anciens ne peuvent donc servir qu'à titre d'observations, de faits isolés, comme le cas rapporté par Gœthe dans Wilhelm Meister*.

1 Voy. celte étude dans mes iep. sur les Mal. du Syst. nerv., pag. 167.

- Voy. tous les détails historiques dans Falret, art. Aphasie du Dictionn. encyplop. des Se. médic.

^ Frank (Josepli) ; Praxeos medicœ universss prscepta, tom. V, pag. 44.

■* Jastrowitz a récemment publié ce renseignement, curieux au point de vue historique : «Mon père fut, à l'improviste, frappé d'une attaque d'apo-

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D'un autre côté, les tentatives de localisation cérébrale sont également très-anciennes. Dès les premiers temps de l'imprimerie, il parut un petit ouvrage, Margarita philosophica, qui est un système de phrénologie complet*. Mais c'est Gall qui a personnifié, au commencement de notre siècle, les tentatives, plus théoriques que scientifiques, de localisation cérébrale^. Gall localisait la faculté du langage dans les lobes antérieurs du cerveau (1808).

On peut dire que Bouillaud a commencé l'étude sérieuse et scientifique de cette question. Il contrôla et arriva à confirmer par la clinique les assertions de Gall; il communiqua à l'Académie une série de faits établissant dans les lobes antérieurs du cerveau l'existence d'un centre du langage articulé^ . Mais il ne faisait là que confirmer les idées de Gall. Il n'établissait aucune différence fonctionnelle entre l'hémisphère gauche et l'hémisphère droit.

C'est le D*" Dax (de Sommières) qui a le premier établi que les deux hémisphères ne jouent pas le même rôle dans la production de l'aphasie, que c'est le lobe antérieur gauche qui est tout spécialement lésé dans ces cas. C'est là un petit point historique négligé par tout le monde, et sur lequel on permettra facilement à un Montpelliérain d'insister un peu.

En 1836, le D'" Marc Dax lut au Congrès de Montpelher un opuscule qui portait le titre : Lésions de la moitié gauche de l'encéphale, coïncidant avec Vouhli des signes de la pensée. Ce travail, basé sur un grand nombre d'observations,

plexie qui lui paralysa le côté droit et lui enleva le libre usage de la parole. Il fallait deviner tout ce qu'il demandait, car jamais il ne se servait du mot qu'il avait dans l'idée. » (Rev. des Se. médic, .tom. VII, n° 1, pag. 149.)

1 Cité par Lépine ; Des localisations dans les maladies cérébrales. Thèse d'agrégation ; Paris, 1875, pag. 157.

2 Gall; Sur les fonctions du cerveau. Paris, 1825, tom. V.

3 Bouillaud; Rech. clin, propres à démontrer que la perte de la parole correspond à la lésion des lobules antérieurs du cerveau. [Amd. des Se, 1825 ; Arch. gén. de méd., 1''^ sér., tom. VIII, pag. 25.)

ne fit pas grand bruit. En 1863 (et non en 1865, comme le portent par erreur certaines bibliographies), en 1863, le D"" Dax fils envoya, le 24 mars, à l'Académie de Médecine, un Mémoire intitulé : Observations tendant à prouver la coïncidence constante des dérangements de la parole avec une lésion de V hémisphère gauche du cerveau, Mémoire très-important, dont le travail du D"" Dax père constituait une partie' .

Voilà les travaux qui établirent les premiers, cliniquement, que la faculté du langage articulé devait être spécialement localisée dans l'hémisphère gauche.

Et cependant tous les auteurs vont, les uns derrière les autres, répétant que c'est M. Broca qui, en 1861, affirma le premier la localisation à gauche de ce centre. Or, si l'on veut bien lire attentivement les observations et les réflexions présentées par lui à cette époque à la Société Anatomique de Paris^, on verra qu'il n'est nulle part question de cette localisation à gauche. Il insiste déjà sur la localisation dans la troisième circonvolution ; mais la localisation à gauche, il n'en dit pas un mot. Et il attribue à une pure coïncidence que, dans les deux observations qu'il cite, la lésion se soit trouvée exactement du même côté et au même point. C'est donc là une assertion absolument erronée et que tout le monde répète sans en vérifier peut-être l'exactitude ou la fausseté^.

*■ Voy. à ce sujet les lettres du D'" Dax fils dans le Montpellier méd., févr. 1866 et oct. 1877. — r,e Mémoire même du D"" Dax, qui avait été l'objet d'un Rapport à l'Académie, mais qui n'avait pas encore été publié in extenso, vient de paraître dans le Montpellier méd., 1877.

2 Broca; Rem. sur le siège de la faculté du langage articulé, suivies d'une observation d'aphémie [perte de la parole) [Bull, de la Soc. Anat., 1861, 2e sér., tom. VI, pag. 330). — Noiiv. observ, d'aphémie produite par une lésion de la moitié postérieure des deuxième et troisième circonvolutions frontales. (Mêmerec, même vol., pag. 398.)

3 Comme preuve que tous les auteurs qui font de la bibliographie ne vérifient pas toujours leurs assertions, il est intéressant de relever la coïncidence suivante : En mentionnant le travail de Broca, au lieu de dire tome VT, on trouve tome IV, c'est-à-dire la même erreur exactement

Broca, en 1861 , ne parle pas du tout de la localisation à gauche du centre de la parole. Et si l'on récuse le Mémoire de Dax père en 1836, à cause de l'insuffisance de publicité, on ne peut pas récuser le Mémoire de Dax fils, officiellement reçu à l'Académie de Médecine le 24 mars 1863\

Le fait ne me paraît donc pas douteux, malgré les assertions contraires que l'on trouve partout. Bouillauda, le premier, confirmé cliniquement l'assertion de Gall, qui localisait la faculté du langage dans les lobes antérieurs des deux côtés^; Dax a établi le premier que ce siège se trouve, non dans les deux lobes antérieurs, mais spécialement dans le côté gauche du cerveau; et enfin, Broca a établi le premier que c'était la troisième circonvolution frontale qui est le siège plus particulier de ce centre important.

Voilà, à mon sens, la vérité historique sur cette question, qui a été la première tentative de localisation cérébrale'.

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