OBSERVATION III
Atrophie cérébrale de l'enfance. — Hémiplégie gaucho, — Atrophie du côté gauche. — Hémianesthésie de la main gauche.
Mav..., 50 ans, homme de peine, entré à l' Hôpital-Général dans le courant du mois de mars 1879.
Antécédents. — Sa mère est morte d'une attaque d'apoplexie. Lui-même a eu des convulsions dans son jeune âge.
A l'âge de 2 ans, attaque convulsive à la suite de laquelle il se développe une hémiplégie gauche qui a rétrocédé par la suite en se limitant au membre supérieur. Consécutivement se produit une atrophie du côté paralysé, en même temps que commencent dans la main et les doigts du même côté les mouvements involontaires que l'on remarque aujourd'hui.
État actuel. — Intelligence peu développée.
La sensibilité paraît légèrement diminuée dans le côté gauche, mais elle n'est pas abolie. La sensibilité spéciale est intacte. Il y a exagération du réflexe tendineux du genou gauche.
La parole est peu nette, embrouillée, et cela, dit-il, depuis l'enfance.
Le malade paraît se troubler facilement; dans ce cas, il parle encore moins nettement ; de plus, ses lèvres, ses paupières et même sa tête sont prises d'une sorte de tremblement rhythmique qui disparaît au bout de quelques secondes.
Motilité. — Du côté droit, tous les mouvements sont normaux ; du côté gauche, l'épaule et le coude sont libres, mais l'avant-bras est immobilisé en demi-pronation, le mouvement de supination est absolument impossible. La main est fléchie à angle presque droit sur le poignet, si bien qu'au premier abord on croit avoir affaire à une contracture du poignet comme il n'est pas rare d'en rencontrer chez les vieux hémiplégiques : en effet, l'extension est impossible par l'effort seul
' Les quatre Observations qui suivent et les réflexions qui les accompagnent sont textuellement extraites d'un Mémoire présenté sur ce sujet au Congrès de Montpellier, par M. Brousse, interne distingué des Hôpitaux, et publié dans leMontp. médic, octobre 1879. ^
de la volonté. Mais si l'on prend doucement la main da malade, qu'on lui fléchisse les doigts, on arrive facilement à la placer en extension.
Les mouvements paraissent normaux au membre inférieur gauche ; cependant, quand il marche, il traîne un peu le pied.
Nutrition. — Atrophie des membres du côté gauche, surtout marquée au membre supérieur.
Gauche. Droit.
Longueur du bras 31 •='" 32 «"^
— de Tavant-bras (cubitus). 25 28,5 Circonférence du bras ( partie
moyenne )..... 22 28
Circonférence de l'avant-bras, au
dessous du coude 22 28
Main au niv. de l'art, mét.-phalang.
du pouce 20 23,5
Mouvements involontaires. — Quand la main gauche est au repos, fléchie sur le poignet, il ne se produit pas de mouvements. Mais si le malade étend ses doigts, alors se développent dans ceux-ci des mouvements très-lents que la volonté ne peut arrêter: les doigts sont agités de mouvements alternatifs d'adduction et d'abduction, surtout marqués à l'index ; l'abduction est plus prononcée aux deux derniers doigts. En même temps, mouvements de flexion et d'extension dans les dernières phalanges, avec extension prédominante ; ce phénomène est surtout prononcé au pouce, la dernière phalange fait avec la première un angle obtus du côté de l'extension. On dirait qu'il y a une véritable subluxation des articulations phalangiennes. Ce phénomène, sur lequel Oulmonta le premier attiré l'attenton, serait dû, d'après lui , à un relâchement des ligaments et même à des déformations articulaires, comme on en rencontre dans le rhumatisme noueux.
Au pied gauche, il n'y a aucun mouvement involontaire.
Bien que, dans cette observation, les mouvements involontaires ne soient pas continus, qu'ils ne se produisent qu'à l'occasion des mouvements volontaires, je crois pourtant qu'ils doivent être rattachés à l'athétose, car ils en présentent tous les caractères : ils sont lents, quasi-rhythmiques,
exagérés; enfin, ils donnent à la main cet aspect tout spécial qui frappe quand on en a déjà vu un premier exemple. Du reste, l'athétose n'est pas un phénomène invariable ; elle comporte plusieurs degrés, elle peut être plus ou moins complète sans cesser d'être elle-même. C'est donc à un cas à.^ hémiathétose -post- hémiplégique que se rapporte cette observation.