OBSERVATION XX
Ancieu foyer hémorrhagique dans le noyau lenticulaire : hémiplégie guérie. — Hémorrhagie récente dans la zone latente du centre ovale : pas de paralysie. — Hémorrhagies capillaires dans les régions symétriques de l'hémisphère opposé.
Le nommé Arn... a eu, dit-il, il y a cinq ou six ans, une attaque après laquelle il avait été paralysé du bras gauche et de la jambe du même côté (quoique à un moindre degré), et il avait gardé la langue embarrassée. Vers juillet 1878, il aurait eu un catarrhe de la vessie, qu'on guérit avec l'acide benzoïque.
La première fois que nous l'examinons (31 janvier 1879), il ne présente plus aucune trace de paralysie du côté gauche. Il a un embarras marqué de la parole et une légère parésie du facial à droite. Les réflexes de l'arrière-gorge sont complètement abolis. Il urine quelquefois sous lui, la nuit.
Le 6 mai 1879, parésie du facial inférieur droit plus marquée. Rien aux paupières ni dans les mouvements des yeux. 25 à droite et à gauche au dynamomètre. Il ne peut pas sifîler, mais avale très -bien. Perte toujours complète des réflexes pharyngés et laryngés.
Jusqu'au 19 août, même état. Il gâte, mais circule dans l'hôpital ; parle difficilement, mais parle, et sans déraisonner.
A partir du 19 août au soir (sans qu'on ait rien remarqué), il ne parle plus du tout. Il ne veut pas manger, a beaucoup de peine à marcher, les pieds semblent cloués au pavé. Il se tient debout, remue librement les jambes dans le lit, mais
n'avance pas. Si on le pousse, il traîao uti ps'i les jambes, mais ne les soulève pas. La jambe gauche paraît plus faible que la droite. Au dynamomètre, 12 à droite et 10 à gauche. Il avale bien, mais ne peut pas sortir la langue quand on lui dit de le faire. Il mâche très-bien (et longuement) le pain; à ce moment, la langue s'agite bien (et comme il faut) dans la bouche, et il avale. — 2 verres eau de Sedlitz.
1 1 septembre. — Il n'a plus parlé du tout. Il sort un peu la langue entre les dents. Déviation toujours marquée de la face (paralysie à droite) . Depuis deux ou trois jours, très-grandes difficultés pour avaler. Il avale un peu les liquides, lentement; au bout d'un certain temps, il va sous lui.
12. Il avale toujours très-difficilement; il ne remue pas; étendu sur le dos, abandonné dans son lit, il a l'air extatique, les yeux fixés à gauche et en haut; il les tourne cependant quand on le lui dit. Il obéit quand on lui parle, mais lentement. Affaiblissement des quatre membres, peut-être plus marqué au bras gauche, sans paralysie vraie. Déviation de la face plus marquée. Il ne sort pas du tout la langue. Quand il a les yeux fermés, l'œil gauche est peut-être un peu moins fermé que le droit. Les yeux sont portés à gauche, la tête un peu inclinée sur l'épaule droite; sans déviation.
13, Agonie. Elévation de température. Hier soir, 37°, 3 à droite et 37°, 4 à gauche, à la fosse temporale; 38°, 6 à droite et 38°, 9 à gauche, sous l'aisselle. Ce matin, 39°,4 à droite et 39° à gauche, sous l'aisselle; 68 respirations et 136 pulsations (hier soir 62 et 120). Sueur assez abondante. Face congestionnée. Bouche ouverte. Nystagmus horizontal, conjugué, à grandes oscillations. Yeux plutôt portés à droite qu'à gauche. Avant la mort, 40°, 3 à gauche et 40°, 4 à droite (sous l'aisselle); 38°,3 à droite et 38°,2 à gauche (à la fosse temporale), pouls à 146 et respiration à 60. Petites secousses dans les membres. Sueurs profuses. — Mort le 13, à 9 heures du soir.
Autopsie le 1 5, à 7 heures du matin. — Œdème sous-méningé et ventriculaire. Athérome artériel généralisé. Les méninges se détachent facilement. Ecoulement séro-sang'iinolent sous les méninges.
Hémisphère droit. — Foyer hémorrhagique récent ouvert en arrièredela scissure perpendiculaire externe (pli courbe intact); ce foyer considérable remplit tout le coin et a fait issue sous les méninges à la partie externe. — Sur la coupe frontale, ancien foyer hémorrhagique ocreux occupant tout ce qui est situé en
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dehors do la cnpsulc interne (qui est un peu infiltrée), sans atteindre la substance grise corticale, dont il est séparé par une mince lame de substance saine; il est limité en haut par les faisceaux de la troisième frontale restés intacts, et il est séparé en bas par 0,015millim. de substance blanche de l'écorce. Déjà, sur la coupe pédiculo-frontale, il y avait un petit point de coloration ocreuse dans la capsule interne. Sur la coupe pariétale, le foyer occupe toute la partie extérieure à la capsule interne (noyau lenticulaire, capsule externe et avant-mur). Le foyer forme comme un ventricule supplémentaire qui perfore complètement le segment de part en part et fait communiquer les deux coupes. Rien en arrière. Plus loin, en arrière, on retrouve le foyer récent (déjà décrit) du coin ; il a les dimensions d'un gros œuf de pigeon.
Hémisphère gauche. — Sur la coupe frontale, une dizaine de petits foyers capillaires occupant le corps strié seul, avec intégrité des capsules externe et interne; à la partie inférieure du corps strié, foyer un peu plus volumineux. Tout à fait en arrière, à la fin du ventricule latéral, hémorrhagies capillaires nombreuses, récentes ou anciennes, dans le silUon qui sépare les deux dernières occipitales, sur les faces correspondantes des circonvolutions qui bordent cette scissure et sur la jjartie correspondante du ventricule latéral.
L'hémorrhagie récente développée dans la zone latente et ayant perforé le cerveau ressemble à celle de notre Observation x ; et à ce titre le cas actuel doit être ajouté à ceux que nous avons cités dans le chapitre des lésions de la Zone latente. Un caractère qui sépare ce malade-ci du sujet de l'Observation x, c'est l'absence de phénomènes (paralysies ou convulsions) dus à l'irritation méningée.
L'ancien foyer hémorrhagique trouvé dans la partie externe de la région opto-striée présente ce fait trèsremarquable que, malgré son étendue , il n'a entraîné qu'une hémiplégie parfaitement curable. A ce titre, cett'e observation doit être rapprochée des Observations ii et xvii et opposée aux Observations vu et xvi.
Un autre point curieux à signaler, c'est la symétrie des altérations dans les deux hémisphères : à gauche, elles étaient beaucoup moins accentuées, plus rudimentaires
qu'à droite; mais elles siégeaient des deux côtés dans des parties entièrement analogues : région lenticulaire d'une part, région occipitale (artère cérébrale postérieure) de l'autre. Nous reviendrons sur ce fait, que nous avons déjà constaté dans les Observations ii et xvi.
Il y a enfin un côté resté malheureusement obscur dans notre observation : c'est tout cet ensemble symptomatique qui semblait être d'origine bulbaire (abolition des réflexes pharyngés et laryngés , troubles de la parole, de la déglutition, etc.), qui semblait indiquer une paralysie labio-glosso-laryngée, et qui n'a pas pu être mis en rapport avec sa lésion probable, l'examen microscopique du bulbe n'ayant pas été fait. C'est une lacune regrettable.