OBSERVATION XXI
Encéphalite syphilitique ayant détruit tout le lobe pariétal droit, de la frontale ascendante (comprise) à la scissure perpendiculaire externe (l'écorce restant seule intacte). — Première hémiplégie guérie; seconde hémiplégie persistante, avec contracture précoce et permanente du bras, atrophie musculaire et troubles variés de la sensibilité.
Mar... Etienne, né le 25 décembre 1827, est entré à l'Hôpital-Général le 24 septembre 1872.
Son père est mort d'apoplexie avec une hémiplégie droite.
Lui-même n'a rien eu dans son enfance. A 20 ans, étant soldat à Toulon, il contracte uneblennorrhagie qui passe à l'état chronique, puis disparaît. En 1850, apparition d'une hernie inguinale. Après une marche militaire de Perpignan à Pau, pendant laquelle il subit la pluie et fut très-fatigué, il eut une hématémèse (?). Il est réformé à l'hôpital de Pau.
Marié une première fois en 1854, il a trois enfants robustes; sa femme meurt après une fausse couche. En 1861, il a une fièvre typhoïde ; cette même année, il se remarie. En 1865, sa femme le quitte, se prostitue, puis revient avec lui et lui donne la vérole. Sept ou huit mois après le retour de sa femme, il s'éveille une nuit avec des douleurs dans la verge, du ténesme vésical; il rend un caillot en urinant ; ne constate pas de chancre, mais le prépuce était tuméfié quoique indolent; il ne pouvait pas découvrir le gland. Quelque temps après, des plaques cuivrées, delà dimension d'une pièce de I franc, apparaissent
sur le front et les avant-bras et deviennent plus tard grisâtres. En même temps il a des doulem-s le long de la crête du tibia et à la face interne de cet os, s'exaspérant la nuit et par la pression. Ace moment (1866), il entre à i'hupilal Saint-Eloi (service des vénériens), où il prend de la salsepareille et des pilules; pendant sou séjour, il a une hémorrhagie dans le tissu sousconjonctival de l'œil droit. Il sort après soixante jours. — En 1867, il a des furoncles (?) aux malléoles; il entre à l'hôpital de Marseille et en sort guéri trente-quatre jours après. A ce moment, sa vue baisse ; il a du larmoiement et de la photophobie. — En septembre de la même année , il rentre à Saint-Eloi: plaques muqueuses (?) aux commissures labiales ; desquamation blanchâtre de la moitié postérieure de la verge et d'une partie dn scrotum. — lodure de potassium. — Il sort. La vue est toujours faible. — En 1870, il est encore à Saint-Eloi : amputation du gros orteil, nécrosé (première phalange d'abord, seconde ensuite). — Depuis 1869, il a eu des adénites multiples, soit à l'aîne, soit au cou.
Etant à l'Hôpital-Général, le 26 mars 1873, après son déjeuner il ressent des fourmillements dans le mollet gauche ; il se lève et se frictionne la jambe avec la main ; puis il descend dans la cour ; il s'amuse à tailler un morceau de bois, mais celui-ci lui échappe de la main et le bras gauche tombe inerte. Il quitte la cour pour revenir à son lit, mais la jambe gauche traîne, et c'est avec beaucoup de peine qu'il parvient à la salle. L'intelligence est saine ; pendant la nuit, douleur frontale intense qu'un purgatif fait disparaître. Après un mois, l'hémiplégie est amendée.
État constaté au commencement de 1878. — Etat valétudinaire. Rien à la face; yeux ternes, mais non déviés; langue droite ; traits symétriques. Du côté des membres, le malade signale des crampes que l'on peut observera certains moments pendant le jour sur les doigts de la main, lesquels exécutent des mouvements alternatifs de flexion et d'extension. Du côté des membres inférieurs, alors que le malade a pris une mauvaise positioti ou qu'il veut s'étirer dans son lit, les crampes sont bien plus fortes, surtout dans les mollets, où les muscles se condensent en boule, dit-il. Pas de mouvements alternatifs de flexion et d'extension dans les orteils, mais ils s'arquent en contractures. C'est du côté gauche que les crampes sont les plus fortes. La marche est un peu embarrassée. Il fauche un peu et se fatigue très- vite. Quant à la sensibilité, môme dans les parties qui ont été le siège de l'hémiplégie, elle ne paraît
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pas atteinte : le malade sent très-bien quand on le pince ou qu'on le pique. La vue s'affaiblit de jour en jour ; les yeux sont ternes et un peu voilés. Il ne lit qu'avec des lunettes, et depuis huit à neuf mois a changé le n° 13 contre le n° 11. L'ouïe a perdu de sa finesse ; l'odorat est intact. La voix est habituellement rauque. De temps en temps, il a des picotements au gosier et tousse. — On avait noté antérieurement que la pupille gauche était plus étroite que la droite et la vue plus faible du même côté*.
Le 11 janvier 1879, au moment de la visite, il était sur sa chaise, l'œil fixe. Interrogé, il dit n'avoir rien, se lève, et tombe immédiatement, mais sans perdre connaissance ; il a l'air ahuri. Il se met à marcher : nouveau vertige ; il tombe. Il se couche et passe sa journée au lit sans incident. -— Lavement purgatif.
Dans la nuit du 1 1 au 12, il tombe de son lit, à gauche ; tendance continuelle à perdre l'équilibre de ce côté. — Une bouteille eau de Sedlitz le 12. — Rien de spécial dans cette journée, sinon qu'il reste au lit et bat un peu la campagne.
Le 13, il est couché sur le côté droit ; la tête lui fait mal; il a des vertiges ; air très-ahuri. — La face est fortement déviée à droite et la langue à gauche. Il ferme les deux yeux ensemble et l'œil droit seul, mais pas l'œil gauche seul (celui-ci est plus saillant). Paralysie à peu près complète du bras gauche: contractures au coude gauche, qui est maintenu en flexion. — Jambe incomplètement paralysée. Par moments, quelques mouvements dans tout le corps. A des crampes, dit-il, de temps en temps. — Temp. 37%2. — Sangsues.
14. Même état. Toujours endormi et affaissé. Quand on l'appelle, il ouvre les yeux et répond sainement ; il reconnaît trèsbien les personnes et les objets. Quand on l'interroge sur ce qu'il éprouve, il se plaint d'être brisé de partout. Il dort souvent l'œil gauche entr'ouvert ; léger catarrhe de la conjonctive de ce côté. Mêmes phénomènes de paralysie qu'hier. Mais il sent beaucoup moins dans le côté gauche, et surtout il sent plus lentement et localise fort mal; il accuse une douleur dans le bras gauche quand on le pique à la jambe du même côté. Tem-
^ Tous les détails l'apportés jusqu'ici n'ont pas été directement observés par moi ; ce soat des documents empruntés à l'observation du malade. Tout ce qui suit a été, au contraire, constaté par moi et noté sous ma direction.
DAXS LKS MALADIES CÉnÉfiRALKS. ;;i5
pérature toujours normale. Gonlracturcs dans Lout le membre supérieur gauche, pas dans le membre inférieur, qu'il meut du reste assez bien dans le lit. Paralysie surtout marquée au, bras et à la face (orbiculaire compris). — lodure de potassium 2 gram.
15. Mieux. L'état intellectuel paraît amélioré: il est plus éveillé, parle mieux. Il a encore failli tomber de son lit ce mntin. Môme état des paralysies. Mômes phénomènes pour la sensibilité : chaque piqûre provoque une sensation douloureuse assez vive, mais sans localisation de siège et sans rapport de nature. Rien de semblable à droite. — lod. de potassium 3 gram.
16. Même état. Tendance au sommeil. Se réveille quand on l'excite, puis se rendort. Mômes paralysies ; cependant il ferme mieux l'œil gauche et la face est moins déviée ; même état de la sensibilité à gauche: erreur d'intensité (ne se plaint pas comme à droite ; on peut traverser la peau de part en part) : erreur dans l'appréciation de nature (dit: brûlure, tiraillement, quand c'est piqûre) ; erreur de lieu (parle du bras quand c'est la jambe) , tandis qu'à droite, dès qu'on le pique, il porte immédiatement la main sur le point voulu et dit qu'on le pique. Quand on le pique à gauche, il sent bien quelque chose de douloureux, mais mal localisé et sans rapport physiologique avec la cause. — lodure de potassium 4 giam.