Ajoutez trois tasses de café au traitement
20. Parle beaucoup ; très-éveillé ; n'a pas dormi dans la nuit. Mêmes paralysies . La contracture du bras gauche est complète au coude (il a la main immobilisée sur l'épaule gauche); la jambe gauche est raide, en extension. Il se plaint beaucoup de crampes partout, aux mollets surtout, des deux côtés. — Suspendez le café. Continuez l'iodure de potassium 4 gram., ajoutez 4 dragées de bromure de camphre.
22. Moins de crampes. Assez abattu. Coude gauche toujours absolument fléchi et jambe gauche raide ; face comme précédemment. Sensations toujours mal définies et mal localisées à gauche, mais très-douloureuses. Elancements douloureux spontanés, provoqués par les piqûres dans tout le côté gauche. Tendance au sommeil. — lodure de potassium 5 gram. Continuez le bromure de camphre.
24. La jambe est beaucoup mieux : le bras est dans le même état. L'anesthésie persiste. Le malade n'a pas conscience de la position de sa main et de son bras gauches.
31. I>e plus en plus affaissé. Ce matin paraît no pas connaître ; a parlé de tête. Pupille gauche plus grande que la di-oite.- M'ême état des membres, de la lace et des yeux à gaucho : bras
contracture (main sur l'épaule) et absoluinent immobile; remue mieux la jambe. Sorte d'hyperalgésie dans tout ce côté. Douleurs vives (toujours mal localisées) dès qu'on le touche. — Toux avec expectoration ; respiration un peu difficile. Signes de congestion pulmonaire en arrière.
5 février. Respiration redevenue libre. Même état des parties paralysées. Perte de la position des membres de ce côté.
6. Se lève ; parvient à marcher quand il est très-soutenu. Mais il fauche avec la jambe gauche et ne sent pas le sol de ce côté.
19. Même état. Sent mieux à la jambe qu'au bras; main toujours sur l'épaule; très-éveillé; état intellectuel redevenu satisfaisant ; souffre beaucoup du bras gauche, spontanément et quand on cherche à l'étendre ; a toujours froid dans le côté gauche ; petite excoriation sur le thorax, au point où le poignet gauche est en contact avec le tronc. — La nuit dernière, indigestion ; diarrhée.
21. Soutenu sous les deux bras, il va d'un bout de la salle à l'autre. Il sent au pied gauche, tandis qu'avant il croyait marcher sur des plumes (de ce côté). Bras dans le même état ; il y a souffert toute la nuit ; ce matin le perd. — Sirop deGibert.
24. Même état du bras; motilité graduellement revenue à la jambe ; marche presque comme avant, mais la sensibilité est toujours profondément troublée. On traverse la peau de la cuisse avec une épingle : il ne dit d'abord rien , puis il crie qu'il souffre beaucoup. — Où? — Il désigne le bras gauche ou même la cuisse droite : à la cuisse droite (et dans tout le côté droit) il sent très-bien. Une perd plus sa jambe gauche; mais il perd son bras gauche. Il sentie sol de plus en plus.
3 mars. Toujours mieux. Ne sent pas encore tout à fait le sol; il est obligé de regarder son pied gauche quand il marche, sans cela il s'entrave et tomberait. Le bras est dans le même état; il en souffre beaucoup et y a froid. — 3 cuillerées de sirop de Gibert. Gargarisme au chlorate de potasse. — Ulcération à la commissure des lèvres.
Le 16, la contracture du bras gauche commence à céder; il ramène lui-même peu à peu son avant-bras, qui est, le 21, à angle très-obtus avec le bras. Il souffre toujours beaucoup du bras et de la jambe gauches (plus qu'au début, dit-il).
24. L'angle de l'avant-bras sur le bras est de plus en plus grand. Mais il perd toujours ce membre. Il ne retrouve sa main gauche, quand il a les yeux fermés, qu'après des recherches; il ne sent pas les objets placés dans cette main et n'en apprécie
nullement la nature. Mais, dès qu'on le pique très-légèrement, il crie très-fort qu'on le brûle. Si on lui demande où, il désigne un autre doigt que celui qui a été piqué. Le membre supérieur gaucbe est donc toujours le siège d'hyperalgésie et eu même temps d'auesthésic, avec perte de la sensibilité musculaire.
27. Nous constatons une atrophie très-marquée du deltoïde, du biceps et de l'éminence thénar à gauche.
31. Circonférence, au niveau du biceps, à gauche : 19 à 20; à droite: 22 à 23. Au-dessus du poignet, 14 à gauche, 15 à droite. Les mouvements un peu revenus dans les doigts de la main gauche. Le coude est encore immobilisé à angle obtus; on peut le fléchir davantage, mais on ne peut pas l'étendre tout à fait. La pupille gauche est toujours plus large que la droite; la face est déviée dans le même sens.
30 mai. Ne perd plus ses membres. Avant-bras gauche toujours immobilisé à angle obtus sur le bras. Main et doigts sans contractures. Fait quelques mouvements avec les doigts. Atrophie de l'éminence thénar et de l'ensemble des muscles du bras. Toujours hyperalgésie. Dès qu'on le pince légèrement, il souffre horriblement, non-seulement dans le point touché, mais dans tout le membre. Face moins déviée; pupilles presque égales. Se trompe toujours, quand il a les yeux fermés, sur les sensations au bras gauche; localise très-mal et dit être serré quand il est piqué. Le phénomène est très-marqué aussi à la jambe gauche.
9 juin. Hémiplégie dans le même état. Pupille gauche plus large. Perd encore sa main, n'en apprécie la position que par le poids sur le corps.
25. Même état. La contracture du bras gauche est revenue très-marquée. Ne perd pas ses membres, mais y souffre. Depuis quelques jours, agitation dans la nuit; il radote un peu de temps en temps, surtout le soir, pleure, rit, etc.— Bromure de potassium.
4 juillet. Plus mal. La main gauche est de nouveau maintenue sur l'épaule par une contracture fixe. Tout est en flexion dans ce membre supérieur, sauf les doigts, qui sont étendus et non contractures. Va quelquefois sous lui. Perd la salive. Pupilles toujours inégales (la gauche plus large que la droite). Souffre dans le côté gauche; hyperalgésie de tout ce côté. Se plaint qu'on le brûle quand on le pique légèrement ; localise mal. N'a pas la notion de la position de sa main gauche , la cherche avec la main droite quand il a les yeux fermés. L'intelligence a baissé; il perd la mémoire, notamment de ce qu'il a fait le malin, etc. — Vin de quinquina.
348 DES LOCALISATIOXS
A partir de ce moment, il tombe dans un marasme progressif, devient gâteux et ne sort pins de son lit, l'état de ses membres gauches restant du reste le même. Il s'affaiblit de plus en plus et succombe le 28 septembre 1879.
Autopsie. — La dure-mère enlevée, l'arachnoïde apparaît fortement tendue par du liquide et opaque; elle est épaissie et dépolie sur toute son étendue, surtout dans les deux tiers postérieurs du cerveau; exsudats blancs le long des vaisseaux et par places en dehors des vaisseaux. L'arachnoïde et la pie-mère forment une seule masse épaisse qu'on enlève d'un seul bloc et assez facilement. Quand les méninges sont enlevées, l'hémisphère droit s'affaisse et s'étale beaucoup plus que le gauche, qui reste plus ferme.
Atrophie manifeste du pédoncule droit et de la moitié droite de la protubérance, par rapport aux parties similaires du côté opposé. Coupe du pédoncule droit est grise, scléreuse.
Athérome généralisé des vaisseaux de la base.
Hémisphère gauche. — RieUi,
Hémisphère droit. — Rien à l'extérieur , mais l'hémisphère s'affaisse et s'étale; on sent, en le palpant, une sorte de fluctuation obscure. Rien en avant de la coupe frontale. Sur cette dernière, vaste foyer de ramollissement blanc ayant détruit tout le noyau lenticulaire, la capsule externe, l'avant-mur, jusqu'à l'écoroe de l'insula, et en dedans la capsule interne et la couche optique; en raclant un peu ce putrilage blanc, on retrouve celle-ci dessous. Sur la coupe pariétale, tout est détruit dans les mêmes parties; il n'y a d'intact que la partie supérieure de la coupe et un peu de la partie inféro-externe. De même sur la coupe pédiculo-pariétale. En somme, tout le lobe pariétal, jusqu'à la scissure perpendiculaire externe, est le siège d'une encéphalite diffuse qui a tout détruit et l'a transformé en matière pultacée.
Nous n'avons pas pu malheureusement compléter l'autopsie et voir autre chose que le cerveau.
Cette longue observation d'encéphalite syphilitique est peu intéressante au point de vue proprement dit des localisations cérébrales, à cause de l'étendue du foyer. Cependant il est certains points curieux qui méritent d'être signalés.
Du côté de la motilité, c'est la paralysie frappant même le facial supérieur; ce sont les contractures rapides, véri-
tablement précoces, devenant cependant permanentes et se transformant ainsi insensiblement en contractures tardives ; c'est l'atrophie musculaire complétant le tableau symptomatique de la lésion spinale consécutive.
Du côté de la sensibilité, ce sont des troubles extrêmement curieux : sorte d'hyperalgésie mêlée d'anesthésie ; une vive douleur pour les excitations cutanées et en même temps du retard dans les perceptions, un grand défaut dans les localisations, la perte du sens musculaire, etc.
Au point de vue anatomique, c'était une encéphalite de tout le lobe pariétal, du lobe moteur par excellence, avec la dégénérescence descendante classique parfaitement nette et constatée.
Nous n'insisterons pas davantage sur les détails de cette observation, et nous reprendrons dans leur ensemble les faits relatifs à des lésions de la région opto-striée.
Aux six observations spécialement classées dans le présent chapitre, il faut en joindre deux autres déjà exposées (Obs. II et vu), dans lesquelles il y avait aussi lésion de cette région. Gela fait un total de huit malades. Ces huit malades ont présenté onze foyers.
Sur ces onze foyers, neuf ont trait à des hémorrhagies (chez six malades) ; un appartient au ramollissement et un autre à de l'encéphalite.
Sept de ces foyers étaient à droite et quatre à gauche.
Ceci ne se rapporte qu'aux faits de lésion des régions opto-striées. Nous pouvons faire le même travail de récapitulation pour les faits de lésion de l'écorce ou du centre ovale. Aux neuf observations du chapitre III, on peut joindre l'Observation xx, qui, outre les foyers de la région opto-striée, présente deslésions du manteau des hémisphères. Cela fait donc en somme dix observations, dont une de kystes hydatiques, que nous laisserons de côté dans ce résumé statistique.
Les neuf observations restantes contiennent quatorze
foyers, se décomposant en dix foyers de ramollissement ou d'encéphalite présentés par six malades, et quatre foyers d'hémorrhagie présentés par trois malades.
Au point de vue du côté, six de ces foyers étaient à gauche et huit à droite.
Le tableau suivant résume tous ces chiffres.
Région opto-striée.
Circonvolutions
et
faisceaux blancs.
Total.
Nombre des malades observés.
Nombre de foyers
Ramollissement
(inflammatoire
ou non).
Hémorrhaarie.
Côté gauche.
Côté droit.
2 (2 malades)
9 (ô malades)
RamoUiss. Hémorrh.
RamoUiss. Hémorrh.
10 (6 malades)
4 (3 malades)
RamoUiss Hémorrh
RamoUiss. Hémorrh.
12 (7 malades)
13 (8 malades)
RamoUiss. I Hémorrh.
RamoUiss . I Hémorrh
Gela dit, si nous en revenons aux lésions de la région opto-striée, nous diviserons les foyers en nouveaux et anciens.
Nous avons eu quatre foyers hémorrhagiques récents ayant entraîné la mort en quelques heures (Obs. xviii), en 27 heures (Obs. xvi), en 72 heures (Obs. xvi) et en 8 jours (Obs. II). Dans les trois premiers de ces quatre cas il y avait eu inondation ventriculaire, ce qui explique la rapidité de la mort.
Dans l'étude des foyers anciens, le fait le plus intéressant à mettre en lumière est celui de la curabilité ou de la non-
curabilité des hémiplégies produites. — Voici les régions détruites dans trois cas d'hémiplégie guérie et dans trois cas d'hémiplégie persistante.