IV. — L'Hémichorée cérébrale et sa lésion
Une femme âgée de 44 ans est frappée d'une attaque apoplectique avec perte de connaissance ; revenue à elle, elle présente une hémiplégie avec jQaccidité complète du côté droit. Après six mois de cet état, la malade recommence à marcher, tant bien que mal ; les mouvements du membre inférieur reprennent peu à peu, mais en même temps ceux du membre supérieur correspondant, bien que redevenus possibles et assez étendus, sont gênés par un tremblement d'une espèce à part. Ge tremblement gagne ensuite le membre inférieur et épargne complètement la face. Voici la description plus exacte de ce tremblement, qui persiste sans modification pendant plus de dix ans.
Dans les mouvements intentionnels du membre supérieur, il se manifeste une agitation choréiforme tout à fait comparable à celle des malades atteints de sclérose en plaques. Tant que la femme est tranquille, au repos, il n'y a dans le membre loresque aucun désordre moteur ; par contre, dans l'acte de porter un verre à la bouche, le bras
Ml y a d'autres cas d'hémianesthésie dont la pathogénie est encore obscure et dont on ignore la lésion: ainsi, les faits d'hémianesthésie dans la fièvre typhoïde (Galraettes ; Union méd., 1876, et Gaz.mécL, 1876, 42. — Putman; Anal. Progrès méd., 1877, 25); dans l'intoxication mercurielle (Jean; R. S. M., X, 98); à la suite de vastes brûlures (Durot ; Gaz. méd., 1876, no 4), etc.
est saisi aussitôt de mouvements rhythmiquestrès-étendus et tels que, si l'on ne surveillait la malade, l'eau du verre serait violemment projetée de toutes parts. Mais si les phénomènes sont surtout accusés pendant le mouvement, ils existent encore à un certain degré pendant le repos. Alors même que la malade ne veut aucun mouvement, il y a toujours une remarquable instabilité des membres affectés. Ces membres sont animés par de petits mouvements involontaires, analogues à ceux qui, dans les mêmes circonstances, se voient dans la chorée ordinaire. Ces mouvements sont très-évidents au membre inférieur. On voit la rotule soulevée pour ainsi dire incessamment, d'une manière rhythmique, par la contraction brusque et involontaire des muscles antérieurs de la cuisse ; le pied est en même temps porté tour à tour, malgré la volonté de la malade, dans l'adduction et l'abduction, puis dans la flexion et l'extension. La main également ne peut rester tranquille, appliquée le long du corps ; elle est constamment agitée de secousses brusques et inattendues, en même temps que les doigts s'étendent ou se fléchissent sans motif.
Ces mouvements se présentent sous un jour nouveau lorsque la malade , s'aidant d'une canne, qu'elle porte de la main gauche, s'efforce de se tenir debout immobile ou se livre à la marche. Le corps tout entier est alors agité de secousses qui résultent de ce que des mouvements successifs de flexion et d'extension brusque se produisent involontairement dans le genou et dans l'articulation du cou-de-pied du côté droit. Le bras reste immobile, pourvu que la malade tienne sa main fortement appliquée le long du corps ou fourrée dans une poche, sans quoi elle serait, à l'exemple du membre inférieur, constamment en mouvement.
Cette malade, que Gharcot * présenta l'an dernier à la Clinique de la Salpêtrière, est un type de ce qu'on appelle
' Voir Gharcot; De l'hémichorée post-hémiplégique. {Pror/r. niéd., 1875, no» 4 et 6.)
la chorée post-hémiplégique. C'est Weir Mitchell qui a le premier attiré l'attention sur ce symptôme remarquable de certaines maladies cérébrales * . Mais c'est Gharcot qui, d'abord dans ses Leçons sur les maladies du Système nerveux, puis par les Cliniques que nous avons citées plus haut, et enfin par les travaux de ses élèves, a définitivement attiré l'attention sur ce symptôme et a commencé à en fixer la valeur séméiologique au point de vue des localisations.
Quelquefois ces mouvements choréiques, au lieu d'être un phénomène tardif dans l'hémiplégie , se produisent de bonne heure, avant même que l'apoplexie se soit déclarée. Cette hémichorée pré-hémiplégique doit être rapprochée de la première, qui est post-hémiplégique.
Dans les cas nets et accentués de chorée pré-hémiplégique, « les malades sont atteints, à plusieurs reprises, de faiblesses et d'étourdissements qui peuvent entraîner des chutes. Après l'un de ces étourdissements, on remarque que la marche devient à la fois hésitante et désordonnée, en même temps que le membre supérieur est agité de mouvements choréiformes. Ces phénomènes peuvent durer plusieurs jours; après quoi, soit graduellement, soit brusquement, à la suite d'une nouvelle attaque , l'hémiplégie motrice survient, comme après une hémorrhagie cérébrale vulgaire^.»
Quel est le siège de la lésion cérébrale correspondant à l'hémichorée ?
Un fait excessivement remarquable et qui frappe immédiatement en clinique, c'est la coïncidence habituelle (pour ne pas dire constante ) de l'hémichorée et de l'hémianesthésie. La femme dont nous avons résumé l'observation au début de ce paragraphe, comme type de chorée post-hémi-
1 Weir Mitchëil ; American Journ. of the meJ. Sciences oct., 1874, pag. 342.
2 Rendu et Gombault; loc. cit., pag. 776.
DANS LES MALADIES CÉIiÉIiRALES. 57
plégique, présentait au plus haut degré la perte delà sensibilité cutanée et l'abolition des sens à droite, qui constituent l'hémianesthésic cérébrale. Les faits, qui se sont multipliés depuis, ont confirmé le rapprochement'.
Cette coïncidence, chez les mêmes malades, de l'hémianesthésie et de l'hémichorée, la connaissance du siège habituel de la lésion dans les cas d'hémianesthésie, faisaient déjà prévoir que la lésion , dans les cas d'hémichorée, devait porter sur la partie postérieure de la capsule interne ou dans le voisinage. Les autopsies sont venues directement démontrer l'exactitude de cette présomption.
A l'époque de ses Cliniques citées, Gharcot possédait trois autopsies établissant le siège de la lésion. Depuis lors, le nombre des autopsies s'est élevé à neuf, et toutes confirment la même localisation. Le travail le plus récent et le plus complet sur cette question est le Mémoire important de Raymond, que nous avons déjà cité. Nous reproduisons ici le résumé donné par Rendu et Gombault des autopsies concluantes.
A. Hémichorées post-hémiplégiques. — Observ. 1 . — Hémichorée datant de cinq ans. Foyer ocreux ancien siégeant dans la partie postérieure de la couche optique gauche et empiétant sur la substance blanche voisine. Corps strié intact.
Observ. 2. — Première attaque en 1870; hémichorée depuis lors. Foyer ocreux intéressant l'extrémité externe et postérieure de la couche optique et le tubercule quadrijumeau antérieur.
Observ. 3. — Même lésion, hémichorée depuis six ans.
Observ. 4. — • Hémianesthésie et hémichorée du côté droit : ramollissement lacunaire gauche au niveau du pied de la couronne de Reil et sur le faisceau postérieur de la capsule interne.
' Voy. notamment les faits de Hugo Hoffmann. Strasbourg, 1879. — Anal, in Progr. rnéd., 1879, pag. 786.
58 r>ES LOCALISATIONS
B. Hémiohorées pré-hémiplégiqites. — Observ. 5. — Hémicliorée pendant quarante-huit heures , puis hémiplégie gauche terminale. A l'autopsie, lésion limitée de l'hémisphère droit, delà grosseur d'une noisette, occupant exclusivement la région de la capsule interne à l'union du tiers postérieur avec les deux tiers antérieurs.
Observ. 6. — Étourdissement, mouvements choréiformes du bras gauche, hémiplégie. A l'autopsie, foyer hémorrhagique de la grosseur d'une amande dans la partie la plus postérieure de la couche optique droite.
Observ. 7. — Attaques répétées, mouvements choréiformes. Foyers multiples à l'autopsie dans le lobe occipital, et aussi au niveau de la couche optique, vers son extrémité postérieure.
Observ. 8. — Attaques répétées, suivies de mouvements choréiformes; foyer ocreux à la partie postérieure de la capsule interne * .
Nous pouvons ajouter à ces faits un nouveau cas d'hémichorée préhémiplégique que nous avons observé à l'Hôpital-Général et dans lequel la capsule interne était lésée par une hémorrhagie ^ .
D'autre part, Raymond a cherché à réaliser les mêmes lésions pari' expérimentation ^
(( Nous nous sommes servi, dit Raymond, du même appareil que M. Yeyssière; voici comment nous avons procédé : Nous avons mis à nu, dans une étendue très-limitée, la surface externe de la paroi crânienne, au niveau de l'angle postérieur de l'apophyse zygomatique; avec un perforateur, nous faisons une petite ouverture de quelques
' Readu et Gombault ; loc. cz<., pag. 776.— Raymond; loc. cit,, pag. 35 et suiv.
2 Grasset ; Hémichorée pré-hémiplégique -, lésion de la capsule interne (Gaz. hebdom., 1879.)— Cette observation est reproduite dans notre troisième partie, Obs. ii.
^ Soc. deDiol, 22janv. 1876, et Mém. cité, pag, 119,
millimètres de diamètre seulement; par cette ouverture, nous introduisons le petit trocart. .. Nous lésons ainsi, quand l'opération a (3t6 bien faite, la partie postérieure de la couche optique, dans une très-petite étendue, et nous détruisons tout le faisceau de la capsule interne en rapport avec cette partie postérieure.
» Immédiatement après l'opération survient une sorte d'état apoplectique qui dure de cinq à quarante-cinq minutes; la respiration est entrecoupée; l'animal, sans mouvement, est dans le coma; puis, au bout de ce temps ou après une demi-heure, une heure, dans les membres du côté opposé à la lésion apparaissent des secousses involontaires, occupant surtout les muscles de la cuisse et de l'épaule; chez quelques-uns, il y a eu des mouvements de flexion et d'extension des pattes; ces mouvements ont duré de deux à six jours; nous n'avons pas encore pu garder un animal plus longtemps.
» ... Pendant le repos, ces contractions musculaires diminuent beaucoup ; elles augmentent au contraire pendant la marche,
» Sur six chiens qui ont présenté ces mouvements, quatre étaient anesthésiques du même côté.. .
» Nous fondant sur ces faits expérimentaux et sur le résultat des autopsies, nous croyons pouvoir conclure que la lésion de V ensemble du faisceau, qui dans le 'pied de la couronne rayonnante se trouve en avant^ en dehors des fibres sensitives, qui se compose destinasses blanches en rapport avec la partie postérieure de la couche optique^ produit^ par compression, par irritation ou par déchirure, l'hémichorée symptomatique . »
« Ici encore, comme le disent Rendu et Gombault, il ne s'agit pas d'un centre d'impulsion motrice, mais d'un centre de conduction, ce qui est tout différentV »
1 Loc. cit., pag. 777.
L'hémichorée a-t-elle une valeur séméiologique absolue; est-elle pathognomonique d'une lésion de la capsule interne ? Évidemment non ; on l'observe dans les lésions de la protubérance, du bulbeV Elle présente alors les mêmes caractères, seulement elle est associée à d'autres symptômes qui prouvent la lésion du mésocéphale, et qui par conséquent éclairent le diagnostic.
On peut maintenant rapprocher cette hémichorée à lésion centrale bien connue de la névrose chorée, qui peut affecter la forme hémi-latérale, de la même manière que nous avons rapproché l'hémianesthésie hystérique de l'hémianesthésie cérébrale. Mais ce rapprochement ne peut encore être fait qu'avec de grandes réserves.
Au point de vue clinique, la chorée ordinaire- ne reproduit pas la chorée cérébrale aussi exactement que l'anesthésie hystérique reproduit l'anesthésie cérébrale. Cependant on remarquera que la névrose chorée peut, comme la chorée symptomatique, rester, temporairement au moins, limitée à un côté du corps ; elle s'accompagne aussi souvent d'hémianesthésie ; elle peut être précédée ou suivie d'hémiplégie'^, etc., etc.
La véritable solution de la question d'identité ou de non-identité serait dans l'anatomie pathologique ; mais ici les documents sont encore bien incomplets et peu nombreux.
L'École anglaise a, depuis le commencement du siècle déjà, cherché à faire prévaloir l'origine cérébrale de la chorée. Todd, Aitken, n'ont que des preuves bien insuffisantes à l'appui de leur idée; Kirkes, en 1850, admet une lésion des valvules cardiaques, qui secondairement produit des troubles circulatoires dans l'encéphale. Avec Broad-
1 Voir notamment les faits publiés dans The Lancet (déc. 1871) et dans The American Jour n. (nov. 1874), etcités par Rendu et Gombault, pag. 779.
2 Gharcot ; Progrès méd., 1875, no 6.
DANS LES MAL/VDIES CÉRÉJJIIALES. Gl
bent, la question entre clans une phase plus positive ; d'une série d'autopsies, il conclut que le siège de la lésion dans la chorée est le corps strié et la couche optique, et il attribue surtout le développement de cette névrose aux embolies dans cet organe. Cette vue est admise par la plupart des médecins anglais, et progressivement établie sur un nombre croissant d'autopsies.
Tuckwel cite un cas de chorée développée dans le cours d'un rhumatisme chez un enfant de 13 ans, et chez lequel on trouva, à l'autopsie, un ramollissement de la couche optique et de la substance blanche adjacente. Gray a publié un cas analogue avec coagulation dans l'artère basilaire, les deux vertébrales et les deux cérébrales moyennes, avec ramollissement des lobes cérébraux moyens et antérieurs. Fox trouve, dans un cas de chorée aiguë, des embolies microscopiques dans le corps strié.
Romberg a vu également un cas de chorée avec hydrocéphalie interne et ramollissement dans le voisinage du ventricule\ Plus récemment, Golgi vient de signaler dans la chorée accompagnée d'aliénation mentale des îlots gris, gélatineux, dans les corps opto-striés, par conséquent au voisinage de la capsule interne^.
Tous ces faits constituent certainement des documents de quelque importance ; mais ce ne sont que des faits isolés et en bien petit nombre, en regard desquels on peut mettre une série d'autres contradictoires ou négatifs. Il y a des faits avec lésion des nerfs, des faits avec lésion de la moelle, des faits sans lésion appréciable. La question de la localisation de la chorée n'est pas faite le moins du monde ; les recherches de Gharcot et de ses élèves restreignent seulement le nombre des chorées essentielles, en augmentant le nombre des chorées symptomatiques, et indiquent par là même une voie dans laquelle il ne faudra
1 Voir la nomenclature et la discussion de tous ces faits dansZienissea-, lldb. der spec. Palhol.u Tlœrajne, Aux. Chorea, XII, ÎI, 2, 1875. Rev. du; Se. méd.,N, 636, et VII, 778.
jamais manquer de chercher spécialement et attentivement quand on aura à faire l'autopsie d'un choréique.
Quoi qu'il en soit du reste de ces généralisations prématurées, le fait qui reste acquis dans l'histoire des localisations cérébrales, c'est que l'hémichorée post-paralytique ou pré-paralytique correspond à une lésion de la capsule interne, dans une région très-voisine de celle qui produit l'hémianesthésie.
Appendice, — De l'Athétose'. — Avant de quitter ce sujet, je dois dire un mot d'un état dont on a beaucoup parlé dans ces derniers temps, et qui a de grandes analogies avec l'hémichorée : Vathétose.
«Je désigne sous le nom d'athétose («ôsroç, sans position fixe) une maladie qui n'a pas encore, que je sache, attiré l'attention des médecins, et dont j'ai recueilli deux observations. Cette affection est caractérisée par un mouvement incessant des doigts et des orteils, et par l'impossibilité de maintenir ces parties dans la position, quelle qu'elle soit, oii on cherche à les fixer. Le nom d'athétose m'a paru s'adapter aux symptômes, n'ayant pas encore eu l'occasion de constater par l'autopsie les lésions qui correspondent aux phénomènes que je vais décrire^.»
C'est ainsi que Hammond annonce et caractérise la nouvelle maladie qu'il a la prétention d'observer et de décrire pour la première fois en 1871. Depuis lors, un certain nombre de faits épars^ sont venus se réunir à ceux
* V, notre Revue sur VAthétose. [Montpellier méd., août et sept. 1877.) 3 Hammond : A Treatise of diseases of Ihenervous system. New-York, 1871. Trad. in Arch. gèn. de méd., 1871, vol. II, pag. 329.
3 Dans le travail cité plus laaut, j'ai pu réunir vingt-neuf Observ^ations dont voici l'indication bibliographique : Obs. i et ii : Hammond ; loc. cit. — Obs. m: Th. Fischer : Alhetosis. (Boston med. and surg. Journal, 30 mai 1872. Cit. Eulenburg. )— Obs. iv : Chfford Allbutt ; (7a5e5 of athetosis. {Med. Times and Gaz., 27 janv. 1872. Cit. Eulenburg.) — Obs. v : Currie Ritchie; Noie on a caseof athetosis. (Même recueil 23 mars 1877. Cit. Eulenburg.)— Obs. vi : Enlenhurg ; Athetosis, in Handhuch der spec.
de Hammond, et diverses théories se sont fait jour sur la nature de ce syndrome clinique.
« Les phénomènes observés, conclut Hammond, donnent à croire que les ganglions intra-crânions et la portion supérieure delà moelle sont affectés. Cette maladie, malgré ses ressemblances avec la chorée et la sclérose cérébrospinale, ne saurait être confondue avec elles ; peut-être le processus morbide a-t-il pour siège le corps strié. »
Eulenburg repousse cette idée de Hammond et penserait plutôt à une origine corticale, du côté des centres moteurs de l'écorce grise du cerveau. «La délimitation caractéristique à certains groupes musculaires, la coïncidence fréquente de mouvements associés sous forme de contractures (dans r avant-bras et dans le mollet), la présence d'attaques épileptiques : tels sont les arguments qui, après les re-
Pathol. u. Ther.,de Ziemssen, tom. XII, pag. 389. — Obs. vu : Gairdner; Journal of mental science, 1874, vol. XIX, pag. 311. (Cit. Bernliard:.) — Obs. VIII : Bernhardt; Ueber den von Hammond « Athetose » genannten Sympto7nen-Complex. (Arch. f. 'pathol. Anat. u. Physiol. u. f. klin. Med de Virchovir, 1876, tom. LXVII , pag. 1. ) — ^hs. ix : Rosenbach; Ist manherechtigt derm Athetose t) genannten Symjjtomen-Complex, durch (^inen besonderen Namen auszuzeichnen ? (Même recueil, 1876, tom. LXVIII, pag. 85.) — Obs. x, xi, xii, xiii, xiv, xv et xvi : Clay Shaw; De ^' athétosis ou imbécillité avec ataxie. (St. Bartholomew' s Hospital Reports, Vol. IV, 1873, pag. 130. Anal, ia Rev. des Se. méd., tom. III, pag. 268). — Obs. XVII : Purdon; Caseof athetosis. [Brit.med. Journ. 27 sept. 1873. R. S. M., m, 279.) — Obs. xviii : Dahl; Hospitals Tiddende, 1869. (Cit. R. S. M., Vni , 648. ) ( ? ) — Obs. xix et xx : R. Gowers; On athetosis and post-hemiplegic disorders of movement. (Commun, à la Soc. roy. méd.-chir. de Londres. The Lancet, pag. 709, 13 mai 1876. R. S. M.. IX. 596. ) — Obs. XXI et xxii : Charcot ; Leç. à la Salpêtrière , déc. 1876- Progrès méd. , 1877 , n» 17. ) — Obs. xxiii : 0. Berger; Un cas d'athétose. [Berl. Min. Wochenschrift, 3 et 4; Anal, in Gaz. méd., 1877, 23.) — Obs. xxiv : Liucoln ; Un cas d^affection athétoïde. ( Transact. of. the American neurological Association -, New- York ; 1875 , vol. I, Anal, in Progrès médic, 1877, 25. ) — Obs. xxv : Proust ; Soc. méd. des Hop., juin 1877. ( Gaz. hebd., 1877, 27. ) — Obs. xxvi, xxvii, xxvm et xxix : Gairdner; A Case of Hammond'' s athetosis. ( The Lancet, 9 juin 1877 et suiv.)
cherches bien connues de Hitzig, font penser à un état d'excitation de ces centres corticaux. La délimitation à un seul côté du corps plaide encore dans le même sens. »
Bernhardt n'accepte pas cette théorie d'Eulenburg : les convulsions limitées que l'on observe dans les lésions des circonvolutions n'ont pas le caractère de l'athétose, et notamment sa durée. Pour lui, l'athétose doit être rapprochée des chorées, et tout spécialement de l'hémichorée posthémiplégique, décrite par Weir Mitchell et Gharcot. L'apparition de ce symptôme après des hémiplégies, sa coïncidence fréquente avec l'hémianesthésie, en font une simple variété de l'hémichorée, variété que l'on peut distinguer par un nom spécial.
Rosenbach publie le premier cas avec autopsie : c'est un cas d'ataxie locomotrice progressive. Dès-lors il ne peut plus admettre de lésion nécessaire des corps striés (Hammond), de l'écorce cérébrale (Eulenburg), ou du pied delà couronne rayonnante (Bernhardt). L'athétose est ici sous la dépendance directe de l'ataxie locomotrice progressive. Leyden signale en effet ce phénomène comme pouvant se produire dans la sclérose des cordons postérieurs, et il a été noté spécialement dans une observation de Gruveilhier et dans une observation de Leyden. L'athétose serait donc un trouble moteur que l'on peut observer, quoique rarement, dans le tabès. Ce n'est pas à dire cependant que dans tous les autres cas d'athétose il y ait eu ataxie locomotrice. Et Rosenbach en arrive ainsi à formuler cette conclusion: que c'est là un symptôme qui peut appartenir, comme le nystagmus, à un certain nombre de maladies nerveuses distinctes.
Gharcot considère l'athétose comme une variété d'hémichorée post-hémiplégique. Berger n'admet pas cette in ter prétation pour son fait, etc.
Quant à nous, nous croyons que le nombre des documents rassemblés est encore très-insuffisant, et ce n'est
que sous toute espèce de réserves que nous avons formulé les conclusions suivantes à la fin de notre Revue :
1° Il n'est pas sûr que dans tous les cas observés on ait eu sous les yeux absolument le même symptôme. Sur 26 Observations réunies, il n'y en a guère que 9 ou 10 qui soient accompagnées d'assez de détails pour être sainement appréciées. On ne s'appuie donc que sur un petit nombre de faits quand on essaye de formuler des propositions générales.
2o Ce qui paraît certain, c'est que l'athétoso n'est pas une maladie, ce n'est qu'un symptôme.
Il n'y a, dans les différents cas, ni identité de marche, ni identité de causes, etc., rien qui désigne une maladie nouvelle; ce n'est qu'un groupe symptomatique, un syndrome.
3** Ce syndrome est essentiellement caractérisé par des mouvements incessants et dans tous les sens, dans les doigts et les orteils, le plus souvent d'un seul côté du corps.
En même temps il y a fréquemment, mais pas toujours toutefois, des troubles de sensibilité du même côté (hémianestbésie) avec une légère paralysie (hémiparésie) ; souvent augmentation de volume des muscles convulsés. Ces accidents sont permanents, durent souvent pendant le sommeil. Ils ont toujours une longue durée et ne sont influencés par aucun de nos moyens thérapeutiques.
4° Ces troubles moteurs, qui forment le fond même de l'athétose, n'appartiennent pas à la classe des tremblements. Ils se distinguent formellement de la paralysie agitante, de la sclérose en plaques, etc.
Ce sont des mouvements désordonnés dans tous les sens, se produisant au repos, qui rentrent par conséquent dans la catégorie des mouvements choréiformes.
5" L'athétose étant une variété de la grande classe des chorées (en prenant ce mot dans son sens le plus général et purement symptomatique), on peut l'observer d'abord comme variété de l'hémichorée post-hémiplégique. On peut même dire que c'est là le cas le plus fréquent.
Ainsi, le second fait de Hammond, le fait de Bernhardt, les deux faits de Gharcot, le fait de Berger, le troisième fait de Gairdner, et peut-être le fait de Gurrie Ritctiie et celui de Proust, appartiennent à l'hémichorée post-hémiplégique.
Pour ces faits-là, nous nous rangeons complètement à l'avis de M. Gharcot: l'athétose n'est qu'une variété de l'hémichorée post-hémiplégique, et à ce titre elle avait été observée en France il y a assez longtemps, depuis que l'attention a été attirée sur ce symptôme par les travaux de Gharcot.
6° Mais tous les cas d'athétose sont-ils des cas d'hémichorée post-hémiplégique ? Je ne le crois pas.
L'athétose peut bien être la manifestation, de la névrose chorée. C'est ce qui doit être dans les observations où il n'y a pas de trace de lésion cérébrale, et où il y a des antécédents personnels ou héréditaires de névrose ou de rhumatisme. Tels devront être : le premier cas de Hammond, le cas de Lincoln, le premier cas de Gairdner et peut-être les cas de Glay-Shaw.
7** L'athétose peut-elle se présenter encore dans d'autres maladies du système nerveux, et notamment peut-elle être un symptôme de l'ataxie locomotrice progressive ? Le fait de Rosenbach et ceux qu'il cite de Gruveilhier et de Leyden semblent l'indiquer.
L'expérience ultérieure devra confirmer cette proposition.
8° L'existence de l'athétose dans la sclérose en plaques (Eulenburg) ne me paraît pas encore démoi^rée. Le fait d'Eulenburg est énoncé par l'auteur lui-même en des termes trop brefs pour être concluants.
Du reste, en l'absence de toute autopsie, on peut admettre, dans ces cas, qu'il y a une plaque de sclérose au niveau de la capsule interne, et alors l'athétose, sans être un symptôme direct de la sclérose en plaques, rentrerait dans les hémichorées symptomatiques.
9" D'après tout cela, on voit que l'athétose est un symptôme qui peut se présenter dans une série de cas. C'est une variété de la chorée, et par suite on peut la rencontrer dans toutes les circonstances dans lesquelles on observe des mouvements choréiformes.
Depuis notre dernière édition, Oulmont a publié un travail important sur l'athétose * . Il distingue avec soin l'hémiathétose, qu'il assimile, avec Gharcot, àl'hémichorée posthémiplégique de l'athétose double, qui est le plus souvent liée à un état congénital avec affaiblissement intellectuel.
Un assez grand nombre d'observations isolées ont été publiées depuis. Je citerai notamment celles deLandouzy^ (avec autopsie), Goldstein^, Dreschfeld*, Môbius^, etc.
Nous avons nous-même eu l'occasion d'observer en même temps à l'Hôpital-Général quatre cas d'athétose (deux d'hémiathétose post-hémiplégique et deux d'athétose double) dont notre interne, M. Brousse, a résumé l'histoire au Congrès de l'Association française de Montpellier , et dont il a publié les observations dans le Montpellier médical^.
Tous ces faits et tous ces documents ne nous font rien changer aux conclusions que nous avions formulées dès le mois d'août 1 877 et que nous avons reproduites plus haut.